Arts

Poète engagé, avenir dégagé

De sa découverte de la poésie à L’Homme rapaillé, Gaston Miron a été une voix vive du Québec    

Par : Renée Larochelle
Marie-Andrée Beaudet, professeure au Département des littératures: «L'entretien est un genre formidable pour connaître la pensée d'un auteur».
Marie-Andrée Beaudet, professeure au Département des littératures: «L'entretien est un genre formidable pour connaître la pensée d'un auteur».
Gaston Miron avait 14 ans lorsqu’il a composé ses premiers vers, sans savoir qu’il écrivait de la poésie. C’est un de ses professeurs qui, l’ayant vu griffonner des phrases sur une feuille de papier au lieu d’étudier comme les autres élèves en classe durant l’heure de l’étude, lui a révélé que ces quelques rimes faites sur le coin du bureau constituaient l’ébauche d’un poème. Ce même professeur lui fera d’ailleurs connaître les grands poètes canadiens-français comme Octave Crémazie et Pamphile Le May, toute une découverte pour le jeune pensionnaire au Mont Sacré-Cœur de Granby dans les années 1940, où les seuls vers étudiés étaient les fables de La Fontaine. C’est ce genre de confidences qu’on trouve dans L’avenir dégagé. Entretiens 1959-1993 de Gaston Miron, publié aux Éditions de l’Hexagone. Ces entretiens sont présentés par Marie-Andrée Beaudet, professeure au Département des littératures, et Pierre Nepveu, spécialiste de Gaston Miron et jusqu’à tout récemment professeur au Département d’études françaises de l’Université de Montréal.

«L’entretien est un genre formidable pour connaître la pensée d’un auteur, explique Marie-Andrée Beaudet, qui connaît bien Gaston Miron puisqu’elle en a été la compagne. Il cerne bien la vérité du moment en même temps qu’il dégage un itinéraire et montre l’évolution et la maturation. Nous avons retenu les entretiens les plus éloquents qu’il a accordés durant sa carrière d’écrivain et d’éditeur. Il y parle de son enfance dans les Laurentides, de sa démarche poétique, en plus de s’expliquer sur de grands thèmes comme l’amour et la religion. C’est un Miron de vive voix, très animé, qui donne des points de vue neufs sur des thèmes et des enjeux déjà abordés dans ses écrits en prose.»

Certains entretiens donnent une idée de l’état d’esprit qui régnait au Québec à la fin des années 1960, comme cette entrevue remplie d’humour avec Gérald Godin et Gaston Miron menée par Hugues Desalle. La suprématie de la langue anglaise, l’utilisation du joual et le sentiment de culpabilité que ressentent les Québécois à employer cette langue mal parlée qui les déclasse et qui les distingue à la fois: c’est comme si on était. Gérald Godin y lit des fragments du Cantouque de l’écœuré («je prends des suées / je cherche ma talle / je tourne en rond / je la trouve pas») tandis que Gaston Miron récite des extraits de son plus célèbre poème La marche à l’amour («je marche à toi / je titube à toi / je meurs de toi jusqu’à la plus complète anémie»). S’il y avait un entretien à retenir, selon Marie-Andrée Beaudet, ce serait celui que le poète a accordé en 1981 à son traducteur brésilien, Flavio Aguiar. «Miron y commente mot à mot les poèmes de son maître ouvrage  L’Homme rapaillé, en plus d’en éclairer certains passages, dit-elle. Cet entretien illustre à quel point il était méticuleux et impitoyable envers lui-même.» Par ailleurs, Marie-Andrée Beaudet se réjouit de l’immense succès remporté par l’album Douze hommes rapaillés depuis sa sortie en 2008. «Il y a une redécouverte de Gaston Miron par les jeunes, souligne-t-elle. Tous ces chanteurs qui font pourtant une belle carrière en solo et qui mettent leur talent au service de sa poésie, je trouve cela très bien.»

Université Laval

2325, rue de l'Université
Québec (Québec) G1V 0A6

Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

Demande d’information

Suivez nous!