Arts

Les voyages extraordinaires

Le célèbre écrivain français Jules Verne a écrit trois romans dont l'action se passe au Canada

Par : Yvon Larose
Le Pays des fourrures, Famille-sans-nom et Le Volcan d'or: autant de titres évocateurs de romans que l'écrivain français Jules Verne a écrits sur le Canada au 19e siècle. Le premier ouvrage a paru en 1873, les autres respectivement en 1889 et 1906. «Verne a été l'un des rares auteurs français importants à avoir autant parlé du Canada dans ses livres, indique le professeur Guillaume Pinson, du Département des littératures. Ses oeuvres permettent de voir comment les Français se représentaient le Canada à l'époque.»

Le 27 avril, à la Maison de la littérature de Québec, le professeur Pinson prononcera la conférence d'ouverture d'un colloque international consacré à celui qui a écrit pas moins de 62 romans. Son exposé portera sur l'intérêt de l'écrivain pour le Canada, son «pays de prédilection», comme il l'a écrit dans une lettre à son éditeur. Coorganisé par Guillaume Pinson, le colloque réunira 15 spécialistes de l'oeuvre vernienne en provenance de France, de Belgique, de Suisse, de l'Ontario et du Québec. Ils échangeront sur le rapport entre Jules Verne et les médias de son temps.

L'action du Pays des fourrures se déroule dans le nord du Canada autour d'un fort de la Compagnie de la Baie d'Hudson construit sur un cap. À la suite d'un tremblement de terre, ce cap, qui est en fait un énorme amas de glace, se détache et fond en dérivant. Il entraîne avec lui les occupants du fort, ainsi que des ours polaires. Dans Famille-sans-nom, un roman historique et politique, Verne fait revivre les soulèvements armés des Patriotes canadiens-français de 1837 et 1838 au Bas-Canada contre le gouvernement colonial britannique. Enfin, le roman d'aventures Le Volcan d'or porte sur la ruée vers l'or du Klondike à la fin du 19e siècle dans le territoire du Yukon, voisin de l'Alaska. Sur fond de ruée vers l'or, Canadiens et Américains se disputent le tracé de leur frontière.

«Dans Famille-sans-nom, explique Guillaume Pinson, Jules Verne fait écho à l'un des grands imaginaires du Canada, celui de la France d'Amérique en situation de résistance identitaire, culturelle et politique. Il était impressionné par l'esprit de résilience des Canadiens français.»

L'écrivain avait un intérêt manifeste pour les luttes menées par certaines minorités, et pour les mouvements de résistance ou d'affirmation nationales. Un intérêt qui remonte à la création du personnage du capitaine Nemo, dans 20 000 lieues sous les mers. «Dans cet immense roman qui met en valeur l'imaginaire maritime, précise-t-il, l'apatride qu'est Nemo a renoncé au monde pour des raisons politiques et vit dans son sous-marin au fond des mers.»

Selon le professeur, Verne a construit des stéréotypes très forts sur le Canada de son époque. Certaines de ces images puissantes présentent la nature canadienne comme une formidable pourvoyeuse de ressources. Grandiose mais souvent hostile, la nature sert de toile de fond à des romans comme Le Pays des fourrures et Le Volcan d'or. On imagine sans peine le décor dramatique des montagnes Rocheuses enneigées du Yukon dans lequel avancent les chercheurs d'or.

D'autres stéréotypes concernent les premiers occupants de ce très vaste territoire, les peuples amérindiens. «Jules Verne est très sympathique à leur cause, affirme le professeur Pinson. Son regard est plutôt favorable, et pas seulement dans les trois romans canadiens. Il fait de même dans ses récits qui se déroulent aux États-Unis et en Amérique du Sud.» Dans Famille-sans-nom, les Amérindiens sont représentés par les Hurons. Cette nation était une alliée des Français du temps de la Nouvelle-France. «Dans ce roman, indique-t-il, Verne leur donne beaucoup d'importance.»

L'écrivain a appliqué à ses trois romans canadiens la même méthode qu'à ses autres ouvrages. Bien qu'il n'ait pas vraiment visité le Canada, il a su recréer un pays à distance où des identités culturelles se côtoient, s'hybrident ou se heurtent dans un immense espace naturel.

«Les médias de son époque, journaux et revues, ont contribué puissamment à nourrir son imaginaire, explique Guillaume Pinson. Verne était très attiré par l'exotisme, lui qui voyageait très peu.» Cet auteur était assoiffé de connaissances. Il lisait plusieurs journaux chaque jour et était abonné à plusieurs revues. Il lisait aussi les bulletins des sociétés scientifiques. Il tirait des notes de ses lectures et a ainsi constitué des milliers de fiches pour son travail. «Comme écrivain, dit-il, Jules Verne s'appropriait la réalité et recréait un pays avec ses moeurs, sa nature et son actualité, dans une représentation qui faisait place à beaucoup de créativité.»

Le colloque «Jules Verne et la culture médiatique» aura lieu le 28 et le 29 avril à la Maison de la littérature (40, rue Saint-Stanislas). Entrée libre. Pour information: 418 641-6797 ou info@maisondelalitterature.qc.ca.

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