Arts

Kerouac, fils de Montaigne

Par : Pascale Guéricolas
Sur la route, de Jack Kerouac, a marqué plusieurs générations de lecteurs, séduits par le souffle de liberté effrénée de ce roman publié en septembre 1957. Le récit de ces voyages à travers l’Ouest américain, sur fond de beuveries, d’auto-stop et de rencontres de hasard a inspiré un mouvement, celui de la «Beat generation», avide de renverser l’ordre établi et de braver les interdits. On aurait tort cependant, de considérer ce livre uniquement comme un porte-étendard de la contre-culture à en croire Clément Moisan. Ce professeur retraité du Département des littératures  a rédigé un essai sur l’œuvre littéraire de Jack Kerouac, un manuscrit encore en quête d’éditeur. Selon lui, Sur la route constitue une histoire bien plus structurée que la légende sur sa mise au monde ne le laisse croire.

«Ce manuscrit  tient sur un immense rouleau de papier, comme si Kerouac l’avait tapé la machine d’une seule traite, raconte t-il. Or, il s’est écoulé plusieurs années avant qu’il ne soit publié.» En étudiant soigneusement le récit des errances de Sal Paradise en route vers San Francisco ou le Mexique, Clément Moisan a découvert que l’auteur suivait un plan. L’histoire en effet se découpe en quatre parties, chacune débutant par une rencontre entre Paradise, autrement dit Kerouac lui-même, et un ami connu sur la route, Dean Moriarty, ancien pensionnaire d’une maison de redressement. «Au fond, ce roman parle de la quête de l’amitié, de la recherche de  la rencontre parfaite, ce n’est pas seulement une épopée de vagabondage, fait remarquer Clément Moisan. C’est une métaphore aussi de ce que vivait l’auteur à l’époque avec  des  écrivains comme William Burroughs et Allen Ginsberg.»  Du coup, le chercheur en littératures établit un parallèle entre cette recherche symbolique de l’amitié version 1957 et le propos d’un auteur comme Montaigne, qui lui aussi au 16e siècle recherche cet ami idéal. Enfant de deux cultures, l’une francophone par ses parents d’origine québécoise, l’autre américaine par ses rencontres et sa scolarité, Jack Kerouac a sans doute bénéficié d’une liberté pour la langue propre aux produits de métissage.

Comme Jackson Pollock
Sa description des paysages de l’Ouest américain ou du Mississipi a frappé, par exemple, Clément Moisan. «Au début, le traitement est très classique, puis cela dérape, devient presque surréaliste. Cela me fait penser aux œuvres du peintre Pollock qui jette des éléments sur le tableau, presque au hasard.» Il souligne par ailleurs que l’écrivain procède souvent par juxtaposition d’images, en évitant les structures syntaxiques compliquées pour privilégier les phrases énumératives. Une façon sans doute de donner l’impression d’un récit continu, nourri par une inspiration spontanée.  C’est d’ailleurs ce vent de liberté qui a séduit Rémi Ferland lorsqu’il a découvert Sur la route dans la vingtaine. «Quand j’étais jeune, je pétrissais le livre qui représentait pour moi un véritable appel à la sensualité», raconte ce professeur de français aux études libres, membre du Club Kerouac de Québec, aujourd’hui disparu. «Cela donnait envie de s’approprier le continent, ou plus modestement pour ma génération de faire le tour de la Gaspésie en stop!» Né en 1957 et cousin au cinquième degré de Jack Kerouac, Rémi Ferland a dévoré par la suite le reste de l’œuvre de l’auteur, en se rendant même trois fois dans sa ville natale de Lowell au Massachusetts. Aujourd’hui c’est avec nostalgie qu’il reprend Sur la route, pour se souvenir du jeune homme qu’il était.
   

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