Arts

Jeu de pouvoir

Le Comité d'exposition des étudiants en histoire de l'art propose une expérience enrichissante permettant d'affiner notre compréhension de l'œuvre d'art

Par : Renée Larochelle
Vue de l'installation de l'artiste Gabrielle Brochu, <i>Stérile</i> (2018).
Vue de l'installation de l'artiste Gabrielle Brochu, <i>Stérile</i> (2018).
Découvrir des œuvres d'étudiants en arts ou d'artistes tout en profitant des commentaires éclairés de futurs historiens de l'art: voilà l'invitation lancée aux visiteurs de l'exposition Jeu de pouvoir par le Comité d'exposition des étudiants en histoire de l'art de l'Université Laval. L'événement en est à sa quatrième année et regroupe le travail de 10 créateurs et créatrices. «Avec cette exposition, nous souhaitons faire le lien entre deux disciplines. Dans cet esprit, les étudiants en histoire de l'art ont été invités à écrire leurs textes en collaboration avec les artistes,» explique Raphaël Ouellet, co-commissaire de l'exposition avec Charlotte Guérin. L'exposition a pour but de mettre en lumière les rapports de force qui régissent les relations entre l'artiste et son œuvre, son public et son monde, d'affirmer le co-commissaire. D'où le titre: Jeu de pouvoir.

Avec sa série intitulée Blood Venus, peinte avec du sang menstruel, Mathilde Bois brise un tabou. L'artiste a choisi de reproduire des figurines féminines datant de l'époque paléolithique, des Vénus, nommées en hommage à la déesse de la beauté romaine. Selon Alexandra-Élisabeth Bérubé, «Mathilde Bois nous offre une parfaite catharsis de notre relation ambiguë avec la sexualité féminine, par une réappropriation de ce sang détritus au rang de médium. Le pouvoir séducteur du corps féminin se voit contaminé par la violence et la douleur liées à la fécondité. C'est une prise de pouvoir féminine par une mise en valeur de ce qui provoque l'abjection.»

Stérile, œuvre de Gabrielle Brochu, composée de photographies et d'une délicate broderie, témoigne des fortes tensions au cœur des relations amoureuses. «Complexifiées au contact du monde virtuel et des réseaux sociaux qui incitent à l'immédiateté, les relations sont consommées de manière chronique, souligne Annabelle Vieux Francoeur. (…) Ces rapports dénués de véritable intimité demeurent affectivement stériles. Les individus affamés d'amour instantané naviguent dans le néant à la recherche de la prochaine conquête qui saura peut-être combler leur vide.»

La couleur des paupières, collage de Mathieu Bouchard, nous plonge dans le monde du fameux magazine érotique Playboy. Dans son commentaire, Julia Caron-Guillemette explique que cette œuvre est l'occasion pour l'artiste de dévoiler les rapports de puissance qui sous-tendent le magazine, exposant la transformation de la femme en véritable objet, en bien de consommation. «Mathieu Bouchard donne à voir de façon évidente la mise à nu du désir des acquéreurs du fameux magazine et marque la proximité avec la pornographie. Ces images ne laissent aucune ombre planer sur la forme du désir dont elles sont à l'origine.»

Les photos d'Élie Dubois-Sénéchal présentent l'ambiguïté de la mise en scène au quotidien. «Avec Identité, l'artiste met de l'avant la fluidité identitaire, le queer, tout en remettant en question la binarité rigide des normes sociales, commente Alexandrine Marcoux. (…) L'artiste impose la différence, son identité: elle choisit de s'ancrer dans le monde et de s'y inscrire, mettant en lumière les masques que nous nous imposons pour ensuite les reconsidérer, puis les faire tomber.»

Les autres artistes exposés sont Carolanne Bélanger, Cassandre Boucher, Marie-Ève Fréchette, Lana Greben, Anne-Marie Proulx et Marion Schneider.

L'exposition est présentée jusqu'au 6 avril, au local 2470 du pavillon Alphonse-Desjardins. Les heures d'ouverture sont de 9h à 16h30, du lundi au vendredi, et de 12h à 16h, le samedi.

Blood-Venus-credit-Mathilde-BoisBlood Venus
Photo : Mathilde Bois

Université Laval

2325, rue de l'Université
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Téléphone: 418 656-2131 1 877 785-2825

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