Arts

De Botticelli à Chagall

Dans son récent ouvrage, Guy Bonneau pose un regard neuf sur des tableaux de maître inspirés de récits bibliques

<i>La Madone à l'enfant avec cinq anges</i>, également appelée <i>Madone du Magnificat</i>. L'œuvre de Sandro Botticelli, réalisée entre 1480 et 1481, se trouve à la Galerie des Offices, à Florence.
<i>La Madone à l'enfant avec cinq anges</i>, également appelée <i>Madone du Magnificat</i>. L'œuvre de Sandro Botticelli, réalisée entre 1480 et 1481, se trouve à la Galerie des Offices, à Florence.
«Grâce créatrice de beauté.» C'est le titre que donne le professeur Guy Bonneau, expert du texte biblique à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, au chapitre consacré au tableau de Botticelli, Madone à l'enfant avec cinq anges, dans son récent ouvrage La Bible dans la peinture. Sous-titré Images, narrations et émotions, ce livre de près de 300 pages vient d'être publié aux éditions Fides.

«Tout Botticelli est formidable, affirme-t-il. Mais ce tableau-ci est tellement beau, j'ai ressenti un vrai coup de cœur en le voyant à Florence. Je suis peut-être resté une heure devant lui, à ne pas bouger, à me laisser imprégner. On ne peut pas ne pas aimer cette œuvre. Une lumière céleste rayonne du tableau. L'or est partout présent. Cet or, c'est la beauté de Dieu venue se perdre dans la vie humaine.»

La Madone à l'enfant avec cinq anges figure parmi 20 œuvres picturales, plusieurs de grands maîtres de la peinture, choisies par le professeur pour son livre. Des années 1400 aux années 2000, celui-ci fait découvrir ou redécouvrir au lecteur de nombreux récits tirés de la Bible, des récits marquants qu'il présente à la fois sous l'angle de l'histoire de l'art et de la théologie. Parmi eux, mentionnons Adam et Ève au Paradis (Cranach l'Ancien), Samson et Dalila (Rubens) et La Pentecôte (le Greco).

Sandro Botticelli a peint la Madone à l'enfant avec cinq anges en 1480-1481. Deux anges tiennent une couronne d'étoiles au-dessus de la tête de Marie. L'Enfant-Jésus guide la main de sa mère, qui tient une plume, pour écrire les derniers mots du Magnificat, le cantique chanté par celle-ci après avoir appris sa maternité divine par l'archange Gabriel.

«Cette œuvre d'art est un hommage à la Vierge Marie, explique Guy Bonneau. C'est aussi un hommage à la beauté et à la sagesse qui habitent cette femme. Tout en elle est gracieux et élégant, notamment son humble attitude, son visage penché sur Jésus et la délicatesse de ses traits. L'expression de l'Enfant-Jésus, elle, est chargée d'intelligence et de tendresse.»

Guy Bonneau n'est pas historien d'art. Cependant, durant sa carrière d'exégète de plus d'une trentaine d'années, il s'est longuement intéressé à la réception de la Bible dans la culture, plus particulièrement dans l'art, surtout la peinture.

«Pourquoi s'intéresser aux récits bibliques? écrit-il dans son avant-propos. Qu'apportent les reprises en peinture de ces récits à notre compréhension du monde, de la vie, de la croyance, des autres? Selon moi, le but de ces récits et des œuvres d'art d'inspiration biblique est de mettre le lecteur en marche, de lui montrer le chemin.»

En Occident, les récits bibliques font partie des récits premiers. Ils servent au renforcement de l'identité narrative des personnes et des groupes. Ils forment une grande part de l'îlot de mémoire primitive partagée entre les peuples. Ces récits étonnent par leur diversité et leur originalité. Pensons, entre autres, aux eaux de la mer Rouge fendues par le bâton de Moïse, à Judith qui séduit et tue le chef de l'armée ennemie, à Jésus de Nazareth marchant sur l'eau. Des récits de meurtres, de trahisons, de guerres, mais aussi d'amour, de pardon, d'espoir.

«Livre religieux, mais aussi livre de culture, la Bible a un aspect profondément humain qui nous rejoint par différentes facettes», soutient l'auteur.

Dans La Bible dans la peinture, Guy Bonneau dégage le sens d'un tableau à partir de sa narrativité propre sans délaisser le texte qui en est l'origine. Son choix, le professeur l'a fait sur la base d'un sentiment, celui d'être «très interpellé» par telle œuvre plutôt que par telle autre. «C'est une question de coup de cœur, dit-il. Il faut que le tableau me parle, me rejoigne. Ainsi en est-il de l'Autoportrait en saint Paul. Rembrandt a une manière particulière de peindre l'humain. Il montre un saint Paul vieux, ridé, peut-être malade. Ce tableau est beau et touchant par le regard que porte le personnage sur sa vie qui fut bien remplie, parfois lumineuse, parfois faite de clairs-obscurs.»

Autre critère de sélection: Guy Bonneau a vu ces peintures sur place dans différents musées d'Europe et il a les a étudiées dans le centre de recherche et de documentation desdits musées. Quant au contenu théologique, il est bien là. «Les tableaux, dit-il, répondent à mes attentes de théologien. Ils me parlent. Ils correspondent aux récits tirés de la Bible que j'ai recomposés dans mon esprit. Cela dit, je préfère que ce rapport au spirituel se fasse par l'émotion chez celui qui regarde l'œuvre, qu'il se sente interpellé émotionnellement par la beauté de l'image et l'histoire qu'elle raconte. L'originalité de mon livre vient peut-être de là.»

L'auteur insiste sur les notions de beauté et de sagesse. «Ces notions me touchent, souligne-t-il, elles viennent me chercher. Mon livre dit: regardez, des humains ont su capter et rendre cette beauté sur une toile.»

Le professeur a choisi Le jugement de Salomon, peint par Nicolas Poussin en 1649, pour représenter la notion de sagesse. Le jeune roi Salomon, reconnu pour sa sagesse, laquelle lui vient de Dieu et que l'on dit grande, doit rendre un jugement concernant deux prostituées qui disent être la mère d'un même bébé. Dans un moment dramatique, le roi ordonne à un soldat de partager en deux le corps de l'enfant. L'astuce réussit. La vraie mère réagit aussitôt en consentant à abandonner son bébé, pourvu qu'il vive. L'enfant, vivant, lui est alors remis. «Poussin joue avec le spectateur, explique Guy Bonneau. En peignant la bonne mère avec un teint verdâtre et le doigt accusateur, et l'autre mère à genoux avec le teint plus clair, il donne l'impression que la première est la fausse mère.»

La lutte de Jacob avec l'ange, de Marc Chagall, est l'une des œuvres préférées de l'auteur. Peint dans les années 1960, le tableau montre la fin du long combat mené, une nuit durant, par Jacob avec un ange. Chagall a représenté Jacob tombé à genoux après avoir reconnu celui contre qui il se bat, Dieu. Dans l'œuvre, l'ange semble bénir l'humain en le touchant au front. Il lui annonce que son nom sera désormais Israël, soit «Celui qui a lutté avec Dieu». Né en Biélorussie, issu de la communauté juive de Vitebsk, le jeune Chagall a appris très tôt à aimer la Bible. Ce livre sera au cœur de la production de l'artiste. «Pour Chagall, écrit le professeur, la Bible, poétique et littéraire dans sa forme, contient une révélation de l'essence humaine. […] Plus que quiconque, Chagall sait lier dans son œuvre foisonnante les récits bibliques à sa réflexion personnelle et à sa vision du monde.»

En 2016 et 2017, Guy Bonneau a signé chez Fides deux romans inspirés de personnages bibliques: La femme au parfum et La marchande de pourpre. Après La Bible dans la peinture, il a comme projets futurs un livre sur la musique et un autre sur la littérature. Titres provisoires: La Bible dans la musique et La Bible dans la littérature.

Poussin-jugement-de-Salomon Poussin a peint Le jugement de Salomon en 1649. L'œuvre se trouve au musée du Louvre, à Paris.

Emmaus-Caravage

Dans son ouvrage, Guy Bonneau consacre un chapitre au Souper à Emmaüs, une œuvre réalisée en 1606 par Le Caravage. On peut voir l'œuvre à la National Gallery de Londres. Le tableau montre le moment où le Christ ressuscité, imberbe et aux traits rajeunis, se révèle à deux disciples.

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