Arts

Coronavirus: le milieu littéraire se retrousse les manches

Pour le professeur en littérature René Audet, la crise qui sévit est l’occasion de repousser les frontières de la création

René Audet est professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma.
René Audet est professeur au Département de littérature, théâtre et cinéma.

À l’instar de tous les autres secteurs culturels, le monde littéraire subit une pause forcée. Des lancements de livres ont été annulés, des événements littéraires ont été reportés et l’édition est au ralenti. Mais attention: n’allez pas croire que tous ces gens se tournent les pouces. C’est tout le contraire. «Depuis le début de la pandémie, la communauté littéraire est extrêmement résiliente et extrêmement dynamique», constate René Audet.

Directeur du Laboratoire Ex situ, ce professeur s'intéresse à l’utilisation du numérique dans le milieu littéraire. Avec son équipe de Littérature québécoise mobile, un projet de recherche et de diffusion consacré aux technologies, il était déjà à l’affut des plus récentes initiatives. Quand la pandémie a éclaté, ses collègues et lui ont créé une page Web afin de répertorier tous les projets littéraires lancés dans la foulée de la crise.

«Avec l’arrivée de la pandémie, plusieurs ont décidé ne pas abandonner et de transformer leurs façons de faire, raconte René Audet. Un des premiers organismes à avoir réagi est le Mois de la poésie, qui devait se tenir durant tout le mois de mars. Très rapidement, les organisateurs ont basculé leur calendrier d’activités en événements en ligne afin de donner une visibilité aux créateurs et aux intervenants qui avaient été mobilisés, mais aussi pour animer cet espace public différent qu’est le Web.»

Un autre bel exemple est la 4e Journée du poème à porter prévue le 30 avril. Cette année, il n’y aura pas de distribution de textes en format papier ni d’activités publiques, comme c’est le cas habituellement. En plus d’une programmation en ligne, les organisateurs proposent des idées pour participer virtuellement, le tout avec le mot-clic #poèmeàporter.

En réaction à l’annulation du Salon international du livre de Québec, qui devait se tenir la fin de semaine dernière, Septentrion a eu l’idée de créer un site pour présenter son catalogue. Ce «salon du livre virtuel» comprend non seulement des résumés de chacun des ouvrages, mais aussi des capsules vidéos. Les auteurs y parlent de leur projet, un peu comme ils le feraient dans un kiosque de salon du livre.

Les éditions Pow Pow, Mémoire d’encrier, les Éditions Alto, le Festival Metropolis Bleu, le Centre des auteurs dramatiques, l’Association des libraires du Québec, l’Académie de la vie littéraire et plusieurs autres organisations proposent, elles aussi, des initiatives fort intéressantes.

Quand la pandémie inspire les auteurs

L’isolement, la solitude, la distanciation sociale et l’ambiance anxiogène sont forcément des thèmes féconds pour les écrivains. Chaque jour, Wajdi Mouawad publie son journal audio de confinement sur SoundCloud. L’initiative attire des milliers d’auditeurs.

De son côté, Carol-Ann Belzil-Normand a créé un compte Instagram, Poèmes de la chambre, où elle partage des poèmes en images. On voit aussi apparaître des mots-clics sur Twitter, comme #CovidPoème et #PIV (un sigle pour «poèmes pour isolement volontaire»), et des pages Facebook comme Poésies confinées. À tout cela s’ajoutent des projets d’écriture collective, des lectures diffusées en direct et des contes improvisés à partir des propositions du public.


« Il y a toute une dimension collective qui se met en place et qui montre que les gens du milieu littéraire sont solidaires. »
René Audet

Pour le professeur, cet épisode marquera un jalon dans l’histoire littéraire en matière d’utilisation du numérique. «La crise aura certainement accéléré les apprentissages et bonifié les compétences des acteurs du milieu. On peut s’attendre à ce qu’il y ait une réorientation et une accélération de certaines pratiques ainsi qu’une conscientisation par rapport aux enjeux du rassemblement, qui peut être aussi virtuel.»

Le professeur, qui donne un cours sur la culture numérique et un autre sur la nouvelle québécoise, invite la relève littéraire à faire preuve de créativité. «La crise est l’occasion de montrer que la littérature n’est pas qu’une manifestation d’encre sur du papier. La littérature se diversifie dans ses modalités d’expression. Le livre est un possible parmi tant d’autres. Tranquillement, l’exclusivité médiatique est assouplie par d’autres pratiques qui viennent enrichir cette idée de littérature.»

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