Arts

Choses du monde

Des œuvres inédites de Marcel Jean à la Galerie des arts visuels

Par : Julie Bouchard
Nous avons rarement l’occasion de faire l’expérience de la couleur. Si elle nous entoure, si elle habille chacune de nos journées, elle n’apparaît jamais que brouillée par quantité d’autres signes. Et alors? Faudrait-il s’en alarmer? La méconnaissance ou l’ignorance relative de la couleur n’a sans doute aucune importance dès lors que la distraction gouverne l’ensemble de nos vies. Par contre, quelque chose dans notre rapport au monde change lorsque la couleur nous est donnée telle qu’en elle-même. Mais nous entrons alors dans l’ordre de l’indicible et surtout, dans Les Choses du monde de Marcel Jean, exposition présentée à la Galerie des arts visuels jusqu’au 20 décembre prochain.

Les Choses du monde comprennent trois toiles de grand format et trois petits dessins. Et si aucun ne semble avoir de titre propre, tous appartiennent à l’une ou l’autre de deux séries distinctes: les Aîtres et les Domus. Deux mots qui nous renvoient aux origines même de la langue moderne: le latin ou l’indo-européen. Quelle que soit l’acception qu’on leur reconnaisse, ces mots ouvrent des espaces, des maisons, des demeures, des lieux construits pour être habités. Les Aîtres comme les Domus sont des structures matricielles, mères de toutes nos habitations.

Des toiles hautes comme des horizons: telles sont les Aîtres. Au départ de chacune, il y a trois traits. Trois traits verticaux, égaux ou presque en hauteur comme en largeur, tirés d’un coup, au fusain. Trois traits premiers dans le temps comme dans l’espace autour desquels se sont construits tous les gestes. Le chiffre trois n’est pas innocent, bien sûr. Omniprésent dans l’histoire des idées et des mœurs, il l’est tout autant dans l’histoire de l’art, et c’est volontairement que Marcel Jean inscrit son travail pictural dans l’histoire. Un des Aîtres fait d’ailleurs écho à une série de bas-reliefs de Matisse: les Nus de dos, taillés entre 1909 et 1930. Toujours le même nu vu de dos, mais repris jusqu’à ce que la forme se libère du modèle, se fonde avec le fond, s’affranchisse de la représentation;  jusqu’à ce qu’elle n’échappe plus à la surface travaillée par l’artiste. Marcel Jean fait de ce dos nu schématisé une phrase musicale autour de laquelle la couleur trouve son équilibre. 
    
Les surfaces construites par Marcel Jean contiennent leurs propres repères. Nul besoin de chercher à l’extérieur pour en trouver le sens, l’histoire, la raison d’être. «Je donne tout», dit et répète Marcel Jean à une raison impatiente de sens et de réponses. Et ce «tout» est libre et absolu: chaque Aître est un «événement», un phénomène unique et inédit dont la connaissance ne peut venir que de l’expérimentation. 
   
Marcel Jean est professeur à l’École des arts visuels.  L’exposition Choses du monde est présente jusqu’au 20 décembre. La Galerie des arts visuels loge dans l’Édifice de la Fabrique, 295, boulevard Charest. Elle est ouverte du mercredi au dimanche, de 12 h à 17 h.

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