Arts

Changing Room

Alexandre Fecteau, étudiant à la maîtrise en littérature et arts de la scène et de l’écran, a conçu un docu-théâtre interactif qui décoiffe

Par : Yasmine Berthou
Passer d’un projet de recherche universitaire à une œuvre théâtrale présentée dans un festival réputé de théâtre, tel est le défi qu’a relevé Alexandre Fecteau, 27 ans. Avec Changing Room, un docu-théâtre interactif, présenté au Cabaret-club Le Drague les 11 et 12 mai, à l'occasion d’Altern’Art (Festival des arts de la diversité sexuelle), et les 1er et 2 juin, lors du Carrefour international de théâtre de Québec, il propose un voyage dans l’univers coloré des drag queens de la Vieille Capitale.
   
Habituellement, les créations artistiques qui voient le jour dans le cadre du programme de maîtrise avec mémoire en création sont peu diffusées. Changing Room entend bien faire le contraire. Ce spectacle, à mi-chemin entre cabaret et documentaire, part à la découverte de l’univers fascinant et festif des créatures qui peuplent la vie nocturne de Québec. Il entraîne le spectateur dans les loges du Drague, lieu incontournable de la culture homosexuelle, où les personnages se dévoilent au fil des témoignages et des conversations.
  
«C’est un spectacle en deux parties, précise Alexandre Fecteau. Il y a d’abord une portion cabaret qui se déroule sur scène et une seconde moitié au cours de laquelle un documentaire est diffusé sur grand écran alors qu’il est joué en direct à partir des loges.» Interprété par des comédiens professionnels, ce docu-théâtre offre une nouvelle dimension au spectacle puisqu’il reconstitue sur place une scène ou une entrevue déjà réalisée. Le jeu des comédiens se fonde sur l’imitation et l’appropriation de la gestuelle et du langage, sans toutefois tomber dans la caricature. «Nous nous trouvons à la frontière de la réalité et du spectacle puisque les comédiens répètent mot à mot ce que des drag queens ont dit dans ce même lieu lors du tournage l’automne dernier.» Pour ajouter au spectacle, les personnages sont interprétés par deux hommes et deux femmes. Généralement, même si l’illusion de la féminité fonctionne, les spectateurs savent toujours que c’est un homme qui se cache sous le maquillage outrancier, les plumes et les paillettes.

Un public différent
Dès le départ, Alexandre Fecteau a voulu s’adresser à un public différent de celui qui fréquente les salles de spectacles de l’Université. «Je visais des amateurs de théâtre qui oseraient l’aventure, mais aussi des habitués de show de drag queen qui ne vont pas au théâtre.» En exposant ces connaisseurs à deux formes théâtrales auxquelles ils ne sont pas habitués, le metteur en scène entend influencer leurs comportements. «Il ne s’agit pas ici de présenter une création à des spectateurs silencieux qui se contenteront d’applaudir à la fin, mais de les intégrer au spectacle, comme peuvent le faire les drag queens dans les cabarets.»
 
Lui-même amateur du genre, Alexandre Fecteau considère qu’il existe un lien fondamental entre la scène et la salle lors d'un spectacle de drag queen. «En tant que créateurs, nous avons beaucoup à retirer de cette façon de faire complètement libre et très ancrée dans le présent. Il y a là une véritable rencontre entre les acteurs et les spectateurs que l’on oublie souvent au théâtre.» C’est d’ailleurs davantage cette forme théâtrale qui l’a intéressé que la question identitaire que soulève l’existence même des drag queens. «Les drag queens ont l’habitude de faire monter des gens sur scène. Leur audace et leur absence d’inhibition ont un effet sur le show et sur le public. Parce que le spectateur participe et qu’il ne se contente pas d’assister à une représentation, il se passe quelque chose qui fait que le spectateur se sent réellement en vie.»
   
Alexandre Fecteau propose une nouvelle lecture du théâtre où les spectateurs ne seraient plus seulement des voyeurs incapables d’intervenir, mais des éléments mouvants ayant une influence sur le contenu scénique. Une approche innovante que ses professeurs ont saluée. «Globalement, ils ont bien reçu mon travail. Ce n’est pas tant le monde des drag queens qui est intéressant, mais la façon de le traiter et d’intégrer un travail de recherche dans cette création.»

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