
Les nouvelles recrues ont pu assister à plusieurs conférences et ateliers d'information lors des journées d’accueil des nouveaux membres du corps professoral, qui se sont tenues du 19 au 21 août 2026.
— Université Laval
C'est une première rentrée à l'Université Laval pour plusieurs centaines d'étudiantes et étudiants remplis de frénésie. C'en est également une pour quelques dizaines de personnes qui se joignent au corps professoral afin de contribuer à l'enseignement et à la recherche. Parmi leurs champs de spécialisation figurent le droit du travail, la robotique, la cartographie, l'orthophonie, la création littéraire, la biologie cellulaire, la philosophie de l'environnement, l'arthrose du genou, la diplomatie scientifique, les géomatériaux et la gestion de la cybersécurité. Avec des domaines aussi variés, les nouvelles recrues se trouvent réparties dans 12 facultés différentes.
Entre le 1er septembre 2025 et le 31 août 2026, 77 professeures et professeurs sont entrés en fonction à l'Université Laval. Neuf autres se joindront à eux au cours du mois de septembre, ce qui porte à 86 le nombre total d'embauches associées à cette cohorte. Parmi les 77 personnes déjà en poste, 15 ont franchi un processus d'immigration pour venir enseigner et faire de la recherche à Québec.
Derrière ces chiffres se trouvent surtout des parcours inspirants et des personnes passionnées qui contribueront à former les générations futures. Parmi elles, quatre chercheuses et chercheurs illustrent bien la variété des parcours et des talents qui intègrent le corps professoral.
Karine Awashish, Faculté des sciences de l'administration
Développer la fibre entrepreneuriale chez les Premiers Peuples
«Rien ne me prédestinait à devenir professeure d'université», confie d'entrée de jeu Karine Awashish, membre de la communauté atikamekw d'Opitciwan. Créative et entrepreneure dans l'âme, elle s'inscrit d'abord à un baccalauréat en administration des affaires, puis retourne auprès de sa communauté avec le sentiment de devoir redonner aux siens les connaissances acquises. Quelques années plus tard, elle entreprend une maîtrise en loisir, culture et tourisme pendant laquelle elle s'intéresse à la création d'une coopérative d'artisanat atikamekw. Cette expérience marque un tournant. Elle y découvre la recherche, mais aussi le potentiel de l'entrepreneuriat collectif comme levier de développement pour les communautés autochtones.
Pendant près de 10 ans, elle sillonne le Québec comme conseillère en économie sociale, accompagnant des initiatives autochtones et fondant elle-même une coopérative. Son expérience de terrain nourrit ensuite son projet doctoral en sociologie, qui s'intéresse aux modes d'expression culturelle et aux pratiques d'autodétermination socioéconomique en coopération autochtone.

Adorant la nature et fière de ses origines autochtones, Karine Awashish espère que son parcours inspirera les jeunes de sa communauté. La professeure s'implique d'ailleurs depuis longtemps dans la cause de la persévérance scolaire chez jeunes Attikamewk.
— Karine Awashish
«Le surnom de mon grand-père, raconte-t-elle, était Ohomisiw, qui signifie "hibou". Moi aussi, je suis un ohomisiw. Dans le monde des sciences, c'est important de ne pas regarder les choses avec une lunette, d'avoir un regard qui couvre 360° comme le hibou. C'est ce que je veux transmettre à mes étudiants. Et aussi l'humilité intellectuelle. On ne sait jamais tout.»
La professeure Awashish souhaite que ses connaissances enracinées dans le territoire puissent non seulement enrichir les approches contemporaines en gestion, en innovation et en développement durable, mais également produire des approches pédagogiques novatrices.
Olivier Corbeil, Faculté de pharmacie
Mieux comprendre les besoins et les solutions en santé mentale
Pour Olivier Corbeil, la trajectoire vers la carrière professorale n'était pas tracée non plus. «En fait, je n'aimais pas beaucoup l'école», témoigne-t-il. Au cégep, il prend d'ailleurs une longue pause, pendant laquelle il occupe plusieurs emplois, dont celui qui lui donne le goût des études: commis dans une pharmacie.
Inscrit à l'Université Laval avec l'ambition de devenir pharmacien propriétaire, il découvre au fil de ses stages en milieu hospitalier une autre facette de la profession, qui l'amène à bifurquer vers la recherche.

Olivier Corbeil entend promouvoir le rôle et l'expertise du pharmacien dans la société.
Appelé à travailler avec de jeunes adultes aux prises avec un trouble psychotique, il s'intéresse rapidement aux comorbidités et aux dépendances chez cette patientèle. «Les tests cliniques, explique-t-il, sont souvent faits sur des patients idéaux, c'est-à-dire présentant seulement des symptômes de psychose. Mais dans la réalité, les patients psychotiques peuvent aussi avoir un TDAH et des problèmes de jeu. Ce sont ces zones grises où les données sont insuffisantes qui m'attirent. Comment adapter le traitement pharmacologique en considérant tous les aspects de la santé mentale?»
Son programme de recherche évolue donc selon les cas rencontrés en clinique, où il adore travailler en équipe. «J'ai toujours pratiqué des sports d'équipe, comme le soccer et le basketball, parce que j'aime la coopération et c'est aussi ce qui m'anime en recherche. Je veux sensibiliser les étudiants au rôle important que peut jouer un pharmacien dans un réseau de professionnels de la santé», révèle le professeur Corbeil.
Audrey Desjardins, Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design
Penser nos relations avec les technologies de demain
Enfant, Audrey Desjardins adorait bricoler et fabriquer toutes sortes de choses. C'est donc tout naturellement qu'elle a choisi d'étudier en design industriel, une discipline consacrée à la conception des objets du quotidien. Toutefois, la fin de son baccalauréat coïncide avec une innovation importante: la création du premier iPhone. Soudainement, les objets ne sont plus seulement physiques; ils deviennent interactifs, capables de capter des informations et de réagir à leur environnement.
«J'ai commencé à me poser plein de questions. Je me suis donc inscrite à une maîtrise en design d'interaction à Vancouver. Au bout de deux ans, il restait trop de questions, j'ai donc enchaîné au doctorat», raconte celle qui a tant aimé la vie sur la côte ouest qu'elle a ensuite été professeure à l'Université de Washington, à Seattle, pendant près de 10 ans.

La technologie s'est souvent développée autour d'un idéal de productivité et d'efficacité, que la professeure de design Audrey Desjardins aime questionner et nuancer.
Aujourd'hui maman d'un jeune bambin, elle souhaitait se rapprocher de sa famille, en plus d'avoir à cœur de faire profiter la société québécoise de ce qu'elle a appris à l'extérieur. «En outre, remarque-t-elle, l'Université Laval accorde une grande liberté d'expression et une grande liberté de choix dans les projets de recherche qu'on y mène.»
Audrey Desjardins désire transmettre à ses étudiantes et étudiants le goût de la nuance et de l'esprit critique face aux nouvelles technologies. Pour elle, l'enjeu n'est pas de choisir entre l'enthousiasme aveugle et le rejet systématique, mais de réfléchir à la place que ces technologies occupent dans nos vies et aux valeurs qu'elles véhiculent.
Dominic Pfister, Faculté des sciences sociales
Investiguer les causes mondiales des inégalités en santé
Embauché par l'École supérieure d'études internationales, l'Américain Dominic Pfister arrive à Québec bien déterminé à apprendre le français. Spécialiste de la gouvernance mondiale de la santé, il a choisi ce domaine en partie en raison d'une conjoncture mondiale: la pandémie de COVID-19 qui est survenue au début de son parcours aux cycles supérieurs. Il s'est alors intéressé à la manière dont les pandémies passées ont influencé la gouvernance de la santé à l'échelle internationale.
«Je suis passionné par l'histoire et son pouvoir. Elle permet vraiment d'aider à mieux comprendre le monde actuel et à élaborer des solutions. Même si je m'occupe de problèmes contemporains, une grande partie de mon travail consiste à rechercher les racines historiques des inégalités en santé*», explique-t-il.

L'Américain Dominic Pfister veut répondre à cette grande question de recherche: pourquoi les inégalités en matière de santé persistent-elles à l’échelle mondiale?
Le professeur Pfister aimerait d'ailleurs encourager ses étudiantes et étudiants à porter un regard critique sur le monde et à réfléchir aux raisons pour lesquelles il est tel qu'il est aujourd'hui.
Avant d'accepter le poste à l'Université Laval, Dominic Pfister avait déjà visité la province à l'occasion de vacances familiales et de conférences universitaires. Il dit avoir choisi de s'installer dans la capitale pour le dynamisme de sa communauté universitaire et la beauté de son architecture, à proximité des montagnes. «J'ai toujours habité dans des régions où le paysage était très plat; m'installer ici représente donc un changement des plus appréciés», souligne celui qui a notamment déjà vécu au Wisconsin. «D'ailleurs, l'État est réputé pour ses fromages, particulièrement le fromage en grains. Je suis donc arrivé au Québec avec une admiration déjà bien établie pour l'excellence des fromages d'ici», conclut-il.
* Les réponses originales de Dominic Pfister sont en anglais. Ses propos ont été traduits.

























