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Romans, nouvelles, essais, poésie: voici de quoi faire le plein de lecture pour la Journée du livre québécois

Par : Matthieu Dessureault

Chaque été, la journée du 12 août est consacrée à la promotion de l'achat d'un livre québécois. Pour ceux qui sont à la recherche de suggestions, ULaval nouvelles présente 10 titres publiés ces derniers mois par des auteurs issus de la communauté universitaire.

Jardin radio (Le Quartanier), par Charlotte Biron

Charlotte Biron, chargée de cours et professionnelle de recherche à la Faculté des lettres et des sciences humaines, voit son premier livre sélectionné pour la 10e saison du prix des Rendez-vous du premier roman. C'est la maladie, plus précisément une tumeur à la mâchoire, qui l'a amenée à se lancer dans ce projet d'écriture qui s'est étalé sur plusieurs années.

Jardin radio est un roman autobiographique sur ce qu'elle a vécu, depuis le coup de fil qui lui annonce la terrible nouvelle jusqu'à sa convalescence, en passant par les nombreuses opérations pour retirer la tumeur et reconstruire l'os de sa mâchoire. À travers les épreuves, la radio et les voix enregistrées d'artistes connues lui offrent un certain réconfort, une présence qui remplit le silence auquel elle est contrainte.

Écrit sous forme de fragments, Jardin radio est une œuvre intime et remplie d'authenticité qui fait réfléchir sur la santé, le rapport au corps, la féminité, la douleur, la peur, la solitude, la vulnérabilité et la résilience.


« Devant le miroir, j'essaie d'articuler la liste des voyelles en détachant les sons, en forçant l'ouverture de ma mâchoire, en fixant le mouvement de mes lèvres, mais je n'y parviens pas. Le miroir reflète mon visage enflé. »
Extrait

Nous sommes poésie (XYZ), par Jean Désy

Plus que jamais, le monde a besoin de poésie pour affronter les défis environnementaux, éthiques et humains qui ne cessent d'augmenter et de se complexifier. C'est l'esprit dans lequel a été écrit le dernier essai de Jean Désy, Nous sommes poésie. Le poète, médecin et enseignant à la Faculté de médecine a fait appel à des confrères écrivains, des peintres et d'autres artistes pour discuter du rôle de l'art et de la poésie dans nos vies. En tout, 31 collaborateurs se sont prêtés au jeu, dont Anne-Marie Desmeules, poétesse et doctorante en études littéraires, Thomas Langlois, slameur et doctorant en littérature et arts de la scène et de l'écran, et plusieurs diplômés de l'Université dans différents domaines.

Chaque entrevue, réalisée dans un chalet dans la vallée Bras-du-Nord, est présentée sous forme de textes questions-réponses, le verbatim permettant de conserver la spontanéité de ces échanges au cœur de la forêt. Elle est précédée d'un paragraphe de mise en contexte dans lequel Jean Désy détaille sa rencontre avec l'artiste.

Au fil des entrevues, un message on ne peut plus clair se dégage: la poéticité est primordiale pour amener une richesse et un regard sur le monde qui diffèrent de ceux de l'approche cartésienne.


« Entrer en poéticité, c'est accepter qu'une portion de l'essentiel du monde nous imprègne, nous transforme, nous transporte, nous ouvre les portes d'un univers auquel nous rêvions. »
Extrait

L'oiseau-grenade (Leméac), par Anne Guilbault

Explosions, hôpitaux et écoles bombardés, rues défigurées, civils contraints de se cacher ou de prendre la fuite… En lisant L'oiseau-grenade, le plus récent roman d'Anne Guilbault, il est difficile de ne pas faire de lien avec ce qui se passe en Ukraine depuis plusieurs semaines. Cette docteure en littérature ignorait que son livre, publié au tout début de la guerre, résonnerait autant avec l'actualité.

L'histoire, qui se déroule en Syrie, traite des effets qu'ont les guerres sur ceux qui les subissent. On suit le parcours d'Assia, qui s'accroche à la poésie et à une poupée abimée, souvenir de son enfance, pour survivre. Autour d'elle gravitent d'autres personnages tout aussi marquants: son amoureux qui travaille comme secouriste dans une organisation humanitaire, son père qui est médecin, sa mère d'origine québécoise, son jeune frère et un ami qui entreprend de documenter ce qu'il voit. À travers leur parcours, Anne Guilbault dresse un portrait poignant des ravages de la guerre, mais rappelle aussi qu'il y peut y avoir de l'espoir malgré la tragédie.


« Les enfants et même les bébés ne pleuraient pas. […] Ils restaient silencieux comme si leurs voix cristallines avaient eu le pouvoir de rameuter les avions. Les hommes priaient. Les femmes priaient. Pas moi. Il y a longtemps que mes prières se sont épuisées. »
Extrait

Seize temps noirs pour apprendre à dire kuei (Mémoire d'encrier), par Philippe Néméh-Nombré

Comment réhabiliter l'histoire du Québec en incluant la voix et le vécu des populations autochtones et afro-descendantes? Cette question à la fois simple et complexe est au cœur d'un essai signé Philippe Néméh-Nombré, chargé de cours au Département de sociologie.

Dans cette plaquette de 120 pages, l'auteur s'intéresse aux proximités et aux solidarités entre les communautés noires et autochtones, soit le sujet d'une thèse qu'il a réalisée à l'Université de Montréal. D'entrée de jeu, il met en lumière la place de la violence dans leur histoire. De la première capture d'esclaves par des Européens en Afrique en 1441 à la disparition de Sindy Ruperthouse à Val-d'Or en 2014, de nombreux faits méconnus ou oubliés se côtoient, se recoupent, se font écho.

En seconde partie de son essai, le sociologue s'intéresse aux mythologies, aux traditions et aux savoirs ancestraux. Le tout est présenté en seize courts chapitres, «seize fragments comme autant d'improvisations musicales, pour réimaginer à partir d'une perspective noire, l'histoire et les possibilités de la rencontre des peuples au-delà de la violence coloniale».

En plus de ses travaux de recherche, Philippe Néméh-Nombré est vice-président de la Ligue des droits et libertés et siège au comité de rédaction de la revue Liberté.


« La modernité occidentale […] doit son existence à la production de l'abjection noire et à la production de l'absence autochtone. J'occupe et suis occupé par la première de ces productions. Et je veux tendre, là où je suis, vers celles et ceux qui occupent et sont occupés par la seconde, pour devenir ensemble en excès de ce qui nous occupe. »
Extrait

Bizarreries du banal – 13 histoires étranges (Les Éditions Sémaphore), par Éric C. Plamondon

L'un des avantages du format de la nouvelle, c'est qu'il permet d'entrer en peu de mots dans des univers aux antipodes l'un de l'autre. Éric C. Plamondon l'a bien compris. Son recueil, Bizarreries du banal, propose treize histoires qui plairont aux amateurs de revirements inattendus. On y suit, entre autres protagonistes, un réparateur de télévision en visite chez des clients taiseux, un anthropologue à la recherche d'un reliquaire mystérieux et un journaliste qui enquête sur une actrice populaire. Chacun de ces personnages se retrouvera malgré lui dans une situation pour le moins étrange.

Bizarreries du banal est le premier livre d'Éric C. Plamondon. Cet auteur a fait ses premières armes avec le Cercle d'écriture de l'Université Laval alors qu'il était étudiant en communication.


« Ici et là, dans la noirceur pâlissante, des villageois marchaient dans la même direction que moi, certains me regardant subrepticement du coin de l'œil, la plupart m'ignorant. »
Extrait

En marge de l'apocalypse (Éditions Alire), par Jean-Jacques Pelletier

Voilà plus de 35 ans que Jean-Jacques Pelletier écrit des thrillers, des polars et des intrigues accompagnés de réflexions sur les grands enjeux de société. Avec son plus récent recueil de nouvelles, il redonne vie aux personnages de ses romans précédents. C'est ainsi que l'on retrouve l'inspecteur Théberge, l'écrivain Victor Prose et la tueuse à gages Natalya, en plus de découvrir de nouveaux protagonistes.

Chaque nouvelle, accompagnée d'un court texte d'explications sur son contexte de création, porte sur l'apocalypse. Ce thème, cher à l'auteur, est explorée de diverses façons, qu'il s'agisse de l'effondrement de la société ou de personnages qui voient leur vie s'écrouler. En conclusion du recueil, Jean-Jacques Pelletier explique de quelles façons l'apocalypse est liée à son œuvre et partage ses réflexions sur la fin du monde.

Jean-Jacques Pelletier est titulaire d'une maîtrise en philosophie, qu'il a enseignée au cégep Lévis-Lauzon. Dans ses romans, il s'intéresse notamment à l'embrigadement idéologique, à la manipulation des individus et des foules ainsi qu'aux différentes formes d'exploitation. On lui doit aussi une série d'essais consacrés à la montée des extrêmes dans les sociétés occidentales.


« En état de choc, elle se regarde dans le miroir. Comme une étrangère. Elle refuse de se reconnaître dans la masse de chair flasque et approximative qui prétend être son corps. »
Extrait

Une auberge où personne ne s'arrête (Écrit des Forges), par Michel Pleau

Ce recueil ne fait pas exception à l'œuvre poétique de Michel Pleau, intimement liée à la Basse-Ville de Québec. En plus de sa plume sobre et sensible, ses fidèles lecteurs reconnaîtront son amour du quartier Saint-Sauveur, où il est né.

Dans une suite de courts poèmes, l'auteur nous amène dans des lieux qui l'ont marqué, de la rue Châteauguay au parc Durocher, en passant par la rue Saint-Vallier et la taverne Jos Dion. C'est dans ce décor urbain qu'il nous partage ses réflexions les plus intimes sur des thèmes comme l'enfance, le temps qui passe, la mort, la solitude.

En plus de sa pratique d'écriture, Michel Pleau enseigne la poésie. Il a donné son premier atelier à l'Université Laval en 1992, alors qu'il était doctorant en création littéraire. Depuis, il partage son amour des mots aussi bien à l'Université du 3e âge que dans les écoles secondaires, en plus d'avoir été poète officiel du Parlement du Canada.


« ce matin le ciel / est le résumé / d'un ciel entrevu / il y a longtemps / ciel rongé de rouille / ciel que les bêtes ruminent / je ne sais pas répondre à mes souvenirs »
Extrait

Quatre histoires de famille (Leméac), par Bernard Émond

Cinéaste mainte fois primé, Bernard Émond fait de plus en plus sa marque dans le milieu littéraire. Le réalisateur de La femme qui boit et de La neuvaine signe un quatrième ouvrage, un recueil de nouvelles sobrement intitulé Quatre histoires de famille.

À l'instar de ses films, l'écriture est dépouillée de tout artifice et les personnages, remplis de zones grises. Il y a Françoise, une femme qui revient au Québec pour enterrer son frère avec qui elle avait coupé les ponts, Mathieu, dont la retraite est chamboulée par le retour de son ex-conjointe gravement malade, Paul, qui découvre qu'il a un demi-frère en Ontario, et Charles, un vieil homme bourru qui s'apprête à rencontrer sa petite-fille pour la première fois.

À travers ces récits familiaux, Bernard Émond montre une fois de plus son intérêt pour les gens «ordinaires» et son amour des petits villages. Celui qui a reçu récemment un doctorat honoris causa de l'Université Laval en anthropologie y explore des thèmes récurrents dans son œuvre comme la fragilité des relations humaines et la coupure avec le passé.


« Il y a longtemps que je n'ai plus le sentiment de rentrer chez moi lorsque je reviens à Montréal. J'ai quitté le Québec il y a près de quarante ans, et je n'y reviens que de loin en loin. La ville que j'ai connue n'existe plus. »
Extrait

Horoscopiques (L'instant même), par Gilles Pellerin

Un célibataire qui ment sur sa date d'anniversaire pour gagner le cœur de sa dulcinée, un employé fraîchement licencié qui retourne à son ancien bureau pour tout saccager, une femme qui suspend son mari sur une corde à linge… avec Horoscopiques, Gilles Pellerin donne vie à une galerie de personnages tout sauf ordinaires. Chaque nouvelle de ce recueil est associée à un signe astrologique qui influence d'une certaine manière le comportement du narrateur, Bélier, Taureau, Gémeaux et ainsi de suite.

L'auteur a pris un plaisir évident à s'inspirer des croyances et des pratiques entourant l'astrologie. À l'instar des traits de personnalités liées aux signes du zodiaque, on pourrait dire que son recueil a plusieurs personnalités littéraires, passant d'un style à l'autre, tantôt drôle, tantôt surréaliste ou touchant.

Gilles Pellerin est titulaire d'une maîtrise en littérature (et Taureau, pour ceux qui ça intéresse). Horoscopiques est son septième recueil. Son œuvre, qui comprend aussi des romans, des essais et des anthologies, a été traduite dans plusieurs langues et lui a valu moult récompenses. Il est par ailleurs le cofondateur des éditions de L'instant même.


« On a dessiné ma carte du ciel, autrefois. J'ai aujourd'hui l'impression de l'avoir oubliée sur le rebord de la fenêtre: ce qu'il en reste est identique – des constellations immobiles –, mais décoloré. Dans le langage de la photographie, je suis devenu un être surexposé. »
Extrait

La tolérance pervertie (Les Belles Lettres), par Raymond Massé

Voilà un essai sur un thème brûlant d'actualité. Professeur associé au Département d'anthropologie et spécialiste de l'éthique, Raymond Massé propose Tolérance pervertie, un plaidoyer pour rétablir la tolérance comme valeur clé du vivre-ensemble.

Plus que jamais, la liberté d'autrui est menacée par plusieurs acteurs qui n'hésitent pas à afficher leurs frustrations à l'égard de groupes qui incarnent la diversité sexuelle, religieuse ou ethnique, s'inquiète l'auteur d'entrée de jeu. Son ouvrage porte non pas sur ces intolérants, mais plutôt sur ceux de l'autre côté du spectre, ces «militants du diversitaire et de la rectitude politique», qui, selon lui, pervertissent le sens profond de la tolérance. Du militantisme à la laïcité de l'État, en passant par le multiculturalisme, le cosmopolitisme et la liberté de religion, plusieurs thèmes sont abordés par cet auteur qui n'a pas la langue dans sa poche.

Raymond Massé compte à son actif plusieurs ouvrages sur les rapports entre culture, éthique et santé publique. Il a mené diverses recherches dans les sociétés créoles postcoloniales des Antilles françaises et anglaises et sur les contributions des sciences sociales à l'éthique et à la morale.


« Alors que le sens premier de la tolérance est d'être une valeur rassembleuse qui favorise les rapprochements entre des groupes sociaux antagonistes, des versions radicales en font indirectement un ferment de division et d'exacerbation des tensions ethnoculturelles et religieuses. »
Extrait

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