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Les infirmières de la folie: l'animation pour démocratiser l'information

Des étudiants du BASA, avec la professeure Marie-Josée Saint-Pierre, ont participé à la production d'un webdocumentaire sur l'histoire des infirmières psychiatriques au Québec

Par : Alexandra Perron
Cette photographie du fonds Charlotte Tassé de la BAnQ, Centre d’archives de Montréal, a été modifiée par Aurélie Galibois, ancienne étudiante au BASA, pour la page d'accueil du webdocumentaire <em>Les infirmières de la folie</em>. 
Cette photographie du fonds Charlotte Tassé de la BAnQ, Centre d’archives de Montréal, a été modifiée par Aurélie Galibois, ancienne étudiante au BASA, pour la page d'accueil du webdocumentaire <em>Les infirmières de la folie</em>. 

Le titre capte l'attention: Les infirmières de la folie. Avec plus de deux heures de contenu sur l'histoire des soins infirmiers en psychiatrie au Québec, le nouveau webdocumentaire réalisé en collaboration entre l'Université d'Ottawa et l'Université Laval révèle une foule d'information sur celles qui soignaient les «déshérités de l'esprit». 

À travers des capsules interactives et documentaires, on suit le parcours de trois infirmières du XXe siècle basé sur des archives historiques. On retrace la carrière de Charlotte Tassé, qui a ouvert la toute première école de gardes-malades auxiliaires du Québec et dirigé le sanatorium du Dr Prévost pour en faire un grand centre neuropsychiatrique. 

Le webdocumentaire regorge de photos d'archives, comme ici pour illustrer l'époque où travaillait Charlotte Tassé.

Le personnage fictif d'Éméla nous plonge dans l'univers de l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu (aujourd'hui l'Institut universitaire en santé mentale de Montréal), avec sa petite locomotive électrique et son «char à bancs» qui transportait les passagers aussi bien que les repas dans les différents pavillons. On y relate la retentissante publication du livre d'un ancien patient, Les fous crient au secours, qui a conduit à une commission d'enquête sur les hôpitaux psychiatriques et au rapport Bédard, au début des années 1960. 

Le personnage fictif d'Éméla, à l'hôpital Saint-Jean-de-Dieu

Le récit de Rachel nous transporte quant à lui à Beauport, dans l'imposant asile de l'hôpital Saint-Michel-Archange, aujourd’hui nommé Institut universitaire en santé mentale de Québec.

Ces récits, comme celui de Rachel à l'asile de l'hôpital Saint-Michel-Archange, racontent l'histoire des soins infirmiers en psychiatrie, l'évolution de la formation et les démarches hors Québec des têtes dirigeantes pour aller chercher de nouvelles connaissances.

Donner vie aux archives

«Comparativement à un article scientifique ou à un texte dans un manuel scolaire, cet accès en ligne à une expérience ludique et interactive permet vraiment de démocratiser l'information des chercheurs, de rendre l'enseignement plus dynamique», estime Marie-Josée Saint-Pierre, spécialisée en animation documentaire.

Elle a été approchée par l'Unité de recherche sur l'histoire du nursing de l'Université d'Ottawa, qui a pensé et piloté ce projet dès 2016, sous la coordination d'Alexandre Klein. Son mandat en fin de processus: donner vie à tout ce qui a été découvert en amont dans les archives et qui méritait d'être raconté. 

Embauchée quelques mois plus tard par l'Université Laval à titre de professeure adjointe à l'École de design, Marie-Josée Saint-Pierre a offert aux étudiants du baccalauréat en art et science de l'animation (BASA) une occasion de goûter à la production.

Le projet de webdocumentaire a été élaboré dans le cours Studio 1, à l'automne 2020. «On avait trois personnages et peut-être cinq propositions visuelles pour chacun. Les étudiants ont fait une présentation de technique d'animation, d'esthétique visuelle et de palette de couleurs. Avec l'équipe d'Ottawa, on a fait nos choix et les étudiants retenus ont été engagés pour travailler avec moi», explique la professeure Saint-Pierre, en précisant qu'ils ont opté pour l'animation dite puppet, une technique extrêmement économique, le budget étant limité.

Les trois personnages ont pris vie grâce à l'animation dite <em>puppet</em>, une technique extrêmement économique, le budget étant limité.

Une équipe de rêve

Elle ne tarit pas d'éloges au sujet de la douzaine d'étudiants qu'elle a supervisés dans la réalisation et la production d'une vingtaine de capsules animées. Ils y ont consacré tout l'été 2021. «Je ne pensais pas qu'ils allaient y arriver, parce que c'est quand même 32 minutes d'animation à faire en très peu de temps. Mais ils ont été capables; ils ont vraiment vécu une production avec ses défis et ses problèmes», indique la professeure.


« Je ne pensais pas qu'ils allaient y arriver, parce que c'est quand même 32 minutes d'animation à faire en très peu de temps. Mais ils ont été capables; ils ont vraiment vécu une production avec ses défis et ses problèmes. »
Marie-Josée Saint-Pierre, au sujet des 12 étudiants qu'elle a supervisés

Elle salue au passage l'organisation et la gestion très serrée du calendrier par le coordonnateur Frédéric Blanchard, qui a dû jongler avec les vacances et les congés de maladie.

La grande difficulté était aussi d'arrimer deux disciplines différentes, soit la recherche historique et l'animation. «Quand on commence l'animation, on ne peut pas arrêter, reculer, recommencer. Ça coûte trop cher», poursuit-elle. D'où l'importance du story-board, le livre de bord illustré décrivant le scénario et qui devait être approuvé avant de lancer leur partie du travail. 

«Les étudiants du BASA sont fantastiques. Ce sont des jeunes allumés, intelligents, très investis, qui ont beaucoup de ressources et qui venaient même au-devant des problèmes», ajoute Marie-Josée Saint-Pierre, en parlant d'une «équipe de rêve».

Une expérience de travail qui porte fruit

Il s'agissait pour eux d'une première expérience de travail professionnel. Ils ont été rémunérés grâce au financement des Instituts de recherche en santé du Canada et à une subvention Connexion du Conseil de recherches en sciences humaines pour la diffusion de la recherche universitaire. 

«Pour le portfolio, pour le curriculum vitæ, ça aide. Ils sont tous placés, maintenant. Une à la maîtrise dans une école prestigieuse en Europe, un chez Squeeze Studios à Québec, un autre chez Happy Camper Média…», lance avec fierté leur professeure, qui a un autre projet du genre dans ses cartons pour l'an prochain.

Les chercheurs qui ont contribué au webdocumentaire Les infirmières de la folie sont Alexandre Klein, Marie-Claude Thifault et Sandra Harrisom de l'Université d'Ottawa, ainsi que Marie-Josée Saint-Pierre et Karine Aubin de l'Université Laval. Quant aux étudiants du BASA qui ont participé à sa production, ils sont Aurélie Galibois, Frédéric Blanchard, Nicolas Roy, Thomas Tanguay, Antoine Provencher, Catherine Létourneau, Océane Ambrosino-Brochu, Émiliane Pigeon, Amélie Durand, Adana Adrovic, Sarah Pelletier et Shanie Doucet. 

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