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Une molécule bien de chez nous

Deux chercheurs du Département de chimie réalisent la synthèse d'un polyphénol rare et précieux contenu dans le sirop d'érable

Par : Jean Hamann
La molécule québécol apparaît pendant la fabrication du sirop. «Le procédé de condensation entraîne des réactions chimiques qui transforment les polyphénols présents naturellement dans la sève», explique Normand Voyer.
La molécule québécol apparaît pendant la fabrication du sirop. «Le procédé de condensation entraîne des réactions chimiques qui transforment les polyphénols présents naturellement dans la sève», explique Normand Voyer.
Le Québec a une fleur, un arbre et un oiseau emblèmes. S'il décidait d'ajouter une molécule à cette collection, les chercheurs Normand Voyer et Sébastien Cardinal ont un candidat tout désigné à proposer. Il s'agit du québécol, une molécule présente dans un produit bien de chez nous, le sirop d'érable, et qui, en plus, aurait des vertus pour la santé. Les deux chercheurs du Département de chimie connaissent intimement cette molécule puisqu'ils sont devenus cet été les premiers à rendre publique une méthode expliquant comment en réaliser la synthèse complète en laboratoire.

Preuve que nul n'est prophète en son pays, le québécol a été découvert en 2011 par des chercheurs de l'Université du Rhode Island. Le nom qu'ils ont donné à cette molécule se veut un coup de chapeau au coin de pays qui produit 70% du sirop d'érable mondial et aux organismes québécois qui ont soutenu leurs travaux. «Lorsque nous avons appris la découverte de cette molécule, nous nous sommes dit qu'il faudrait bien que sa première synthèse totale soit réalisée par une équipe québécoise», raconte Normand Voyer. L'occasion était belle de montrer qu'au Québec aussi on sait faire de la chimie.

La course était lancée, mais les chercheurs américains avaient plusieurs mois d'avance. En décembre 2012, ces derniers ont déposé un brevet en vue de protéger le procédé qu'ils ont élaboré pour synthétiser le québécol. Le tandem Cardinal-Voyer a quant à lui publié son procédé en juillet dans les pages de la revue scientifique Tetrahedron Letters. «L'équipe américaine nous a battus de vitesse, admet le professeur Voyer, mais notre solution offre un rendement plus élevé et elle permet de produire des dérivés du québécol qui pourraient avoir une activité biologique plus intéressante que la molécule originale.»

Fait à signaler, l'eau d'érable ne contient pas de québécol. La molécule apparaît pendant la fabrication du sirop. «Le procédé de condensation entraîne des réactions chimiques qui transforment les polyphénols présents naturellement dans la sève, explique Normand Voyer. La quantité de québécol produite pendant la condensation de l'eau d'érable est toutefois très faible. Il faut environ 20 litres de sirop d'érable pour obtenir quelques microgrammes de cette molécule.»

La très faible abondance du québécol constituait un frein important à la conduite d'études portant sur ses vertus santé. La mise au point d'un procédé de synthèse vient régler ce problème. «Nous avons déjà été contactés par deux équipes qui veulent mener des travaux sur les propriétés du québécol et nous sommes prêts à collaborer avec les autres chercheurs qui s'adresseront à nous», assure le professeur Voyer.

La synthèse totale d'une molécule naturelle constitue encore aujourd'hui une réalisation dont peut s'enorgueillir un chimiste, souligne-t-il. «Il y a quelque chose de très valorisant au fait de réussir à recréer en laboratoire, à l'aide de nos connaissances, une molécule en tous points identique à celle produite par la nature.»

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