Société

Parti québécois, Scottish National Party, Sinn Féin: une analyse comparative

Pour son mémoire de maîtrise, Katryne Villeneuve-Siconnelly reçoit le Prix de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant

Par : Yvon Larose
Pascal Bérubé, député et chef intérimaire du Parti québécois, Nicola Sturgeon, cheffe du Scottish National Party et première ministre d’Écosse, et Michelle O’Neill, cheffe du Sinn Féin d’Irlande du Nord et vice-première ministre de l’Assemblée nord-irlandaise. Dans le mémoire de maîtrise de Katryne Villeneuve-Siconnelly, ces partis politiques sont étiquetés, dans l’ordre, d’instable, de réaliste et de radical.
Pascal Bérubé, député et chef intérimaire du Parti québécois, Nicola Sturgeon, cheffe du Scottish National Party et première ministre d’Écosse, et Michelle O’Neill, cheffe du Sinn Féin d’Irlande du Nord et vice-première ministre de l’Assemblée nord-irlandaise. Dans le mémoire de maîtrise de Katryne Villeneuve-Siconnelly, ces partis politiques sont étiquetés, dans l’ordre, d’instable, de réaliste et de radical.

Qu’ont en commun le Parti québécois (PQ), le Scottish National Party (SNP) d'Écosse et le Sinn Féin (SF) d’Irlande du Nord? Rappelons tout d’abord que le Québec est l’une des treize provinces et territoires du Canada et que l’Écosse et l’Irlande du Nord font partie des quatre nations constitutives du Royaume-Uni. Premièrement, ces trois partis sont nationalistes. Ensuite, ils sont considérés comme «antisystème». Les deux premiers prônent l’indépendance politique, l’un par rapport au Canada, l’autre par rapport au Royaume-Uni. Le troisième parti vise lui aussi l’affranchissement du Royaume-Uni, mais en vue d’une réunification avec l’Irlande, le pays voisin occupant la majeure partie de l’île du même nom. Un autre point en commun est que ces partis évoluent à l’intérieur du même système parlementaire de gouvernement, celui de Westminster.

«Ces partis aux contextes historiques et politiques différents, aux méthodes et agendas également différents, sont de par leurs objectifs initiaux des groupes exerçant une forme radicale d’opposition avec les autres acteurs ou avec le système politique, explique Katryne Villeneuve-Siconnelly. Ils sont toutefois reconnus des autres joueurs et s’inscrivent durablement dans le temps et l’espace politique qui les accueille.»

L’étudiante, aujourd’hui doctorante en science politique, a consacré son mémoire de maîtrise à une analyse comparative de ces trois partis. Son directeur de recherche était le professeur Éric Montigny. Pour la qualité de son travail, l’Assemblée nationale du Québec lui décernait, le 28 mai, l’un des Prix du livre politique 2020, plus précisément le Prix de la Fondation Jean-Charles-Bonenfant remis chaque année au meilleur mémoire de maîtrise sur la vie politique au Québec.

Dans sa recherche, Katryne Villeneuve-Siconnelly a comparé l’évolution des trois partis au fil des ans sous l’angle d’événements, internes et externes, survenant sous la forme de chocs et pouvant expliquer pourquoi ils ont choisi de s’intégrer, à des degrés divers, au système politique en place. «Ma proposition de départ s’est trouvée validée, souligne-t-elle. Cette proposition voulait que plus un parti antisystème s’intègre institutionnellement, moins le contenu de ses plateformes électorales sera antisystème.»

L’impact de deux référendums

Le Parti québécois a vu le jour en 1968. De solides chocs ont ébranlé cette formation politique dans son histoire, à commencer par le résultat, négatif, du référendum de 1980 sur le projet de souveraineté du Québec.

«Les référendums de 1980 et celui de 1995 ont eu un grand impact sur le parti, affirme-t-elle. Les résultats négatifs, en particulier celui de 1995, ont forcé le PQ à se réorienter, à considérer des “conditions gagnantes” avant de tenir un éventuel prochain référendum.»

D’autres chocs ont été le rapatriement de la Constitution du Canada, en 1982, et l’échec subséquent des projets de réforme constitutionnelle de Meech et de Charlottetown en 1987 et 1992.

«Aujourd’hui, poursuit-elle, le Parti québécois déplaît aux nationalistes modérés comme aux purs et durs. L’arrivée de Québec solidaire et de la Coalition avenir Québec sur la scène politique n’est pas étrangère au réalignement du PQ. Avant leur création, les forces de gauche comme de droite convergeaient vers le Parti québécois. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.»

Dans son mémoire, Katryne Villeneuve-Siconnelly met en lumière le rôle décisif du chef de parti. «J’ai répertorié une quinzaine de chefs ou figures importantes au PQ durant la période étudiée, dit-elle. Il y a eu maintes fois un changement dans les buts visés. Chaque chef a mené l’enjeu de la souveraineté à sa manière. Pour toutes ces raisons, et en raison de résultats électoraux très variables, je qualifie ce parti d’instable.»

Un SNP réaliste

Le Scottish National Party, une formation de centre gauche fondée en 1934, subit un important choc lors de la création du premier gouvernement écossais, en 1998, à la suite de la promulgation de la Loi sur l’Écosse par le Parlement du Royaume-Uni. «Le SNP a dû faire le choix de la voie constitutionnelle pour pouvoir entrer au nouveau Parlement écossais, rappelle la doctorante. Il suit les règles du jeu et participe pleinement aux activités parlementaires. Son option indépendantiste a une grosse couleur économique. Dans son histoire, ses chefs ont démontré beaucoup de cohérence.»

Le SNP prend le pouvoir en 2007. Il est réélu en 2011 et tient un référendum sur l’avenir politique de l’Écosse en 2014. Le non à l’indépendance l’emporte avec 55% des voix. Réélu en 2016, le SNP est toujours au pouvoir.

«Former le gouvernement, ensuite tenir un référendum ont été des chocs pour ce parti, indique-t-elle. Globalement, ses résultats électoraux ressortent plus stables et cohérents, au fil des années, que ceux du Parti québécois. Cela étiquette le SNP de réaliste, tant dans ses propos que dans les moyens préconisés pour faire valoir ses objectifs.»

L’enjeu du Brexit, soit la sortie maintenant officielle du Royaume-Uni de l’Union européenne, représente un autre choc. «Depuis 2016, ajoute Katryne Villeneuve-Siconnelly, la première ministre Nicola Sturgeon est revenue régulièrement sur la nécessité de l’indépendance dans cet enjeu.»

La radicalité du Sinn Féin

Quant au Sinn Féin d’Irlande du Nord, il a longtemps été associé au groupe paramilitaire de l’Armée républicaine irlandaise provisoire, l’IRA. Depuis les élections législatives de février 2020, il constitue le deuxième parti politique d’Irlande du Nord. À l’Assemblée nord-irlandaise, la cheffe du SF, la candidate élue Michelle O’Neill, occupe désormais le poste de vice-première ministre.

«Le cas du Sinn Féin d’Irlande du Nord est un peu particulier, explique la doctorante. Son objectif de réunification créé beaucoup de tensions à l’Assemblée nord-irlandaise. Il est le plus antisystème parmi les trois partis étudiés. Il continue à prôner des valeurs, moyens et propos plus radicaux. Il continue à s’opposer au régime politique dans lequel il évolue. Il le fait notamment par l’abstention. Ses membres élus aux élections générales britanniques refusent systématiquement de siéger au Parlement du Royaume-Uni. C’est fascinant. Cela fait partie des chocs qui ont façonné l’histoire du SF. Considérant ses affiliations passées, sa participation active dans la provocation et ses revendications générales, celui-ci se voit désigné comme radical.»

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