Société

On ne badine pas avec l'éloge

Décrite comme «une femme intègre, haute en couleur et bonne mère de famille», l’ex-mairesse Andrée Boucher aura fait couler beaucoup d’encre lors de son décès

Par : Renée Larochelle
Lors des funérailles de l’ex-mairesse de Québec Andrée Boucher, qui ont eu lieu le 1er septembre à la basilique Notre-Dame de Québec, une seule personne s’est permis de faire de l’humour sur la fameuse robe que portait Mme Boucher lors d’un voyage à Paris, et c’était son petit-fils. Provenant d’une autre personne qu’un membre de la famille, cette remarque aurait été considérée comme tout à fait déplacée. Car l’éloge funèbre possède des règles précises à ne pas enfreindre sous peine d’être ramené à l’ordre. Et l’ordre consiste à parler en bien de la personne décédée et de respecter sa mémoire.

C’est le constat qu’a fait Diane Vincent, professeure au Département de langues, linguistique et traduction, au terme d’un colloque sur l’analyse du discours entourant la mort de l’illustre politicienne. À cette fin, les étudiants à la maîtrise en linguistique ont analysé des dizaines d’articles parus notamment dans Le Soleil, le Journal de Québec, La Presse, Le Devoir et Voir Québec. «Beaucoup d’éléments qui se seraient apparentés au blâme dans un autre contexte ont été présentés comme un éloge, explique Diane Vincent. On a ainsi parlé d’une “femme autoritaire”, d’une “femme de caractère”, de “sa poigne de fer”. Mais les gens - politiciens comme journalistes - se sont bien gardés de l’attaquer.»

Tout, sauf une révolutionnaire
Prenons le cas de Jean-Paul L’Allier, adversaire de Mme Boucher, qui a compris qu’il devait respecter certaines règles sous peine d’être mal vu, rapporte l’étudiante France Brûlé. «Si L’Allier avait louangé la mairesse avec exagération, il aurait perdu la face, dit-elle. “Nous étions en opposition mais pas en chicane”, a-t-il dit. Les gens ont donc retenu qu’ils n’étaient pas des ennemis et L’Allier a atteint son but. La concession permet d’atténuer un jugement négatif envers la personne. L’honneur est sauf.» Autre exemple tiré d’un texte d’Alain Dubuc dans La Presse du 25 août 2007: «Elle était tout sauf une révolutionnaire, même qu’on pourrait lui reprocher son absence de vision. Cependant, son engagement avec la chose publique municipale était total.» Là encore, la concession permet d’émettre un jugement négatif tout en sauvant les meubles. 

Pour sa part, Annie Houle a relevé les propos teintés d’ironie que certains journalistes utilisaient en parlant de la mairesse Boucher, question de faire passer leur message. «Un politicien pleurait comme une Madeleine. C’est tout Québec qui pleurait avec lui», écrit l’un. «Elle était comme une mère de famille couvant son trésor», écrit l’autre. «Elle était haute en couleur. Pas étonnant qu’elle soit en quelque sorte notre carte de visite, conclut un autre. Sincèrement, elle nous manquera.» Même si les propos du genre «fonceuse ayant ouvert des portes à d’autres femmes» ont plu sur Andrée Boucher, Geneviève Bernard Barbeau a pour sa part été étonnée du nombre élevé d’expressions faisant référence à une image traditionnelle de la femme et qui contrastait avec le côté féministe associé à la mairesse. «C’est l’éloge de la bonne cuisinière, souligne-t-elle. On a beaucoup insisté sur le côté “bonne mère de famille qui confectionnait de bons muffins”. Fait à noter, les textes vantant la carrière politique de Mme Boucher étaient en majorité écrits par des journalistes de sexe féminin.»

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