Société

Les fablabs dans la loupe d’une chercheuse

Mouvement en plein essor, les fablabs sont décryptés par une doctorante en anthropologie, Sandrine Lambert

Les fablabs sont des laboratoires ouverts à tous où il est possible de fabriquer et de réparer des objets de toutes sortes à l’aide des technologies numériques, comme des imprimantes 3D.

Une question s’impose d’emblée; qu’est-ce qu’un fablab? Ce terme – contraction de fabrication laboratory («laboratoire de fabrication») – fait référence à ces lieux où il est possible de créer et de réparer des objets de toutes sortes à l’aide des technologies numériques. Le principe repose sur la collaboration et l’accessibilité. Imprimante 3D, découpe laser, fraiseuse et autres outils du genre sont mis à la disposition de tout un chacun.

«Au Québec, certains comparent les fablabs aux anciens cercles de fermières; bien qu’il s’agisse de numérique, ce sont avant tout des lieux physiques de sociabilité. L’ouverture à tous et le partage de connaissances et de savoir-faire sont au cœur des valeurs de ce mouvement. Plus que le do it yourself, c’est la culture du do it together qui est mise de l’avant», explique Sandrine Lambert.

Pour son projet de recherche, la doctorante s’intéresse à la participation citoyenne dans les fablabs. Comme quoi le sujet suscite de l’intérêt, ses premiers résultats ont fait l’objet de communications dans plusieurs événements scientifiques, dont le 87e congrès de l’Acfas, le colloque «Avenirs numériques» de l’Institut technologies de l’information et sociétés et le colloque étudiant de l’Institut d’éthique appliquée.

Rappelons que l’idée des fablabs provient d’un chercheur américain du célèbre Institut de technologie du Massachusetts (MIT), Neil Gershenfeld. Depuis les années 2000, environ 1 300 laboratoires ont vu le jour un peu partout dans le monde. À Québec, on en trouve au moins trois, dont un à l’École d’architecture.

Sandrine Lambert explique ce succès par un ensemble de facteurs. «D’abord, le MIT a fait un travail de promotion important. Ensuite, la charte des fablabs n’est pas contraignante; il est plutôt facile de répondre aux critères pour porter cette appellation. En plus de cultiver le sentiment d’appartenance de leurs membres, qui considèrent qu’ils font partie d’une grande famille, les fablabs sont gratuits et proposent des conditions d’apprentissage qui peuvent séduire plusieurs publics.»

Autre aspect important: ces laboratoires permettent de repenser la fabrication de biens matériels en cette ère d’obsolescence programmée. Les consommateurs peuvent désormais produire et réparer des objets jadis importés ou construits par des multinationales. La philosophie des fablabs est étroitement liée à celle des Fab Cities, un mouvement né à Barcelone qui vise à créer des villes autosuffisantes. À l’heure actuelle, 28 villes se sont jointes à ce groupe.

Pour Sandrine Lambert, il importe de se pencher sur le sujet par l’entremise de l’anthropologie. «Comme chercheur, on peut découvrir beaucoup de choses à une petite échelle qui est celle des fablabs. Pour moi, ces lieux sont des laboratoires d’expérimentation de nouvelles formes de participation citoyenne. Je crois qu’il sera possible de produire des résultats de recherches autour d’une éthique sociale qui pourrait servir aux réflexions sur l’intelligence artificielle et ce genre de développement numérique et technologique», dit-elle.

De la France au Québec

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, Sandrine Lambert n’est pas issue du milieu des technologies. Française d’origine, elle a étudié les relations entre culture et politique en Afrique de l’Ouest et a obtenu un diplôme d’études approfondies, l’équivalent d’une maîtrise, à l’École des hautes études en sciences sociales, à Paris. Elle a travaillé pendant plus de dix ans dans le domaine culturel en France et au Québec dans des fonctions de coordination de projets et de communication.

À l’Université Laval, un établissement qu’elle a choisi pour la qualité de son programme en anthropologie, elle est encadrée par les professeurs Isabelle Henrion-Dourcy et Martin Hébert. «Le Département d’anthropologie a accueilli à bras ouverts mon projet un peu fou de reprendre les études supérieures à 38 ans, raconte-t-elle. Je viens de terminer ma première année de doctorat, toujours aussi heureuse de mon choix. J’ai eu l’occasion d’assister à des séminaires passionnants, de raffiner mon projet de recherche, d’agir à titre d’auxiliaire d’enseignement et de recherche, de recevoir des bourses et d’être invitée comme conférencière dans plusieurs événements. L’Université Laval favorise pleinement le rayonnement de ses étudiants et a à cœur leur insertion professionnelle. Étudier à Québec, c’est aussi avoir la chance d’étudier en français en Amérique du Nord, au carrefour de deux traditions universitaires variées, ce qui constitue, d’après moi, une grande richesse.»

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