Société

Le mystère Guy Turcotte

Le droit n’est pas infaillible, mais il faut continuer à faire confiance à la justice, croit Julie Desrosiers, professeure à la Faculté de droit

Par : Renée Larochelle
«Guy Turcotte fera toujours l'objet d'un contrôle social.»
«Guy Turcotte fera toujours l'objet d'un contrôle social.»
On ne saura jamais en détail les raisons qui ont incité le jury à rendre un verdict de non-responsabilité criminelle à l’endroit de Guy Turcotte, accusé d’avoir tué ses deux enfants le 20 février 2009. Car si le juge est tenu de motiver sa décision, le jury, lui, ne l’est pas. «Dans un procès avec jury, le jury est maître des faits et il se fait une idée sur l’ensemble de la preuve, explique Julie Desrosiers, professeure à la Faculté de droit. La justice fonctionne comme cela partout dans le monde démocratique. Habituellement, l’accusé doit soulever un doute raisonnable chez le jury pour que celui-ci rende un verdict de non-responsabilité criminelle. Or, dans l’affaire Guy Turcotte, le jury a plus que douté, il a été fortement ébranlé, à tel point qu’il a jugé qu’il était plus que probable que l’accusé souffrait d’aliénation mentale au moment du meurtre et, donc, qu’il n’était pas responsable de ses actes.»

Des gens en colère
Cela dit, Julie Desrosiers comprend très bien que le verdict rendu envers Guy Turcotte suscite un tollé auprès de la population. Car cette affaire sort des sentiers battus à plusieurs égards, à commencer par le statut de l’accusé, de rappeler la juriste lors d’une conférence organisée récemment par la Chaire La philosophie dans le monde actuel et l’Institut d’éthique appliquée (IDÉA)  sur le thème de la responsabilité morale et criminelle.

«Dans notre société, constate Julie Desrosiers, il est plus difficile d’avoir de la compassion pour un homme désespéré qui tue ses enfants parce que sa femme l’a quitté, que pour une mère qui pose le même geste et qui souffrirait, par exemple, de détresse psychologique et d’épuisement.» Par ailleurs, les gens sont en colère parce que le cardiologue Guy Turcotte, comme individu, possédait ce que plusieurs n’ont pas: une profession extrêmement valorisante et respectée, des moyens financiers très au-dessus de la moyenne et, enfin, un contexte de vie offrant la possibilité d’une aide psychologique en cas de détresse. En somme, Guy Turcotte ne correspond en aucun point au prototype de l’homme violent. Mais c’est justement parce que cet homme ne correspond pas à ce profil qu’on s’identifie davantage à lui. Bref, le phénomène joue autant en sa faveur qu’en sa défaveur, note Julie Desrosiers.

Malgré tout le débat entourant le verdict de ce procès hautement médiatisé, il faut continuer à faire confiance en la justice qui, soit dit en passant, n’a pas dit son dernier mot, le Directeur des poursuites criminelles et pénales du Québec ayant interjeté appel. «Oui, il se peut qu’il y ait eu une mauvaise décision car le droit n’est pas infaillible, dit Julie Desrosiers. Mais ce ne serait pas une bonne idée de légiférer sur la base d’un cas comme celui-là et qui pourrait mener à des projets de loi plus répressifs. Quant à l’individu lui-même, il est faux de penser qu’il n’a pas été puni et qu’il s’en sort indemne. Outre l’interjection en appel, Guy Turcotte restera toujours un meurtrier dans la tête des gens. Il fera toujours l’objet d’un contrôle social.»

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