Société

À votre santé, messieurs

Une politique de santé des hommes, qui dépasserait les problèmes de prostate et la dysfonction érectile, profiterait à l'ensemble de la société

Par : Jean Hamann
Le concept de santé des hommes est souvent réduit à un problème de plomberie masculine. Résultat: l'image qu'on s'en fait souffre d'une hypertrophie des problèmes de prostate et de dysfonction érectile. Autre erreur commune: si les hommes ont des ennuis de santé, c'est en raison de mauvais comportements relevant de leur masculinité plutôt que dus à des déterminants sociaux. Une politique de santé des hommes qui s’articulerait autour de telles impressions, opinions et fausses prémisses aurait peu de chances de produire des résultats significatifs. Pour lui assurer des fondations solides, elle doit reposer sur des données probantes sur la santé des hommes, a rappelé John MacDonald, professeur à l'University of Western Sydney, à l'occasion d'une conférence prononcée sur le campus le 31 octobre. À l'invitation du CRI-VIFF (Centre de recherche interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes), ce spécialiste de la santé masculine est venu témoigner de son expérience comme conseiller du ministère de la Santé d’Australie dans l'élaboration de sa future politique sur la santé des hommes.
   
Après s'être dotée d'une politique sur la santé des femmes qui a donné de bons résultats, l'Australie a décidé d'appliquer un modèle d'intervention similaire ciblant les hommes. Présentement en phase d'élaboration, cette politique devrait être implantée d'ici la fin de 2009. Gilles Tremblay, professeur à l’École de service social et membre du CRI-VIFF, estime que le Québec gagnerait à s'inspirer du modèle australien. «Une approche axée sur le genre permettrait de rejoindre les hommes de façon plus spécifique dans les lieux qu’ils fréquentent, que ce soit dans leurs milieux de travail ou de loisir, et d'adapter les services en fonction de leurs besoins particuliers, explique-t-il. Il ne s'agit pas d'opposer santé des hommes et santé des femmes, mais d'offrir des services mieux adaptés à tous. Lorsqu'une intervention est axée sur la famille, c'est souvent les mères qui y répondent parce que les hommes se sentent moins interpellés.»
   
Les facteurs de risques spécifiques aux hommes ne manquent pas. Les hommes sont surreprésentés parmi les gros fumeurs, les gros buveurs, les victimes de traumatismes physiques et les suicidés. Leurs problèmes de santé psychologique seraient aussi sous-diagnostiqués, et pas uniquement parce qu'ils sont moins enclins à parler de leurs émotions. «Par exemple, parmi les critères qui servent à diagnostiquer une dépression, on trouve la baisse de libido et la perte d'appétit. Chez beaucoup d'hommes en dépression à la suite d'une rupture amoureuse, on observe exactement l'inverse, signale Gilles Tremblay. Il faudrait nuancer les façons d'aborder les problèmes ainsi que les interventions en tenant compte du genre.»
   
Pour les gens qui œuvrent dans le domaine de la santé, une politique sur la santé des hommes permettrait d'avoir une meilleure vision globale de la direction à suivre, ajoute le professeur. «Des interventions plus efficaces auraient des effets positifs non seulement sur les hommes, mais aussi sur tout leur entourage. Parce que les problèmes de santé physique ou psychologique non diagnostiqués chez un homme peuvent avoir des répercussions importantes sur toute sa famille.»

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