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L'envers de la pilule

Des médicaments prescrits contre l'anxiété et l'insomnie augmentent le risque de déclin cognitif chez les personnes âgées

Les benzodiazépines sont des molécules puissantes qu'il faut prescrire avec prudence aux personnes âgées. «Il existe des interventions non pharmacologiques pour traiter les problèmes d'anxiété et d'insomnie. Idéalement, il faudrait privilégier ces approches, surtout pour les personnes âgées dont l'état de santé est fragile», estime Danielle Laurin.

La prise de benzodiazépines n'augmenterait pas le risque d'alzheimer ou d'autres formes de démence, mais elle entraînerait une hausse substantielle du risque de souffrir d'une forme de déclin cognitif. Voilà la conclusion à laquelle arrive une équipe de la Faculté de pharmacie, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec-Université Laval au terme d'une étude qui vient de paraître dans The Annals of Pharmacotherapy. «Nos résultats rappellent l'importance de faire montre de beaucoup de prudence avant de prescrire ces médicaments aux personnes âgées», souligne la responsable de l'étude, Danielle Laurin.

Les travaux de ces chercheurs constituent un nouvel élément du dossier portant sur le lien entre les benzodiazépines et différentes formes de démence, notamment l'alzheimer. Ces médicaments, qui servent principalement à traiter l’anxiété et l’insomnie, sont présentement prescrits à près de 8% des personnes âgées de 65 ans et plus. Les nombreuses études portant sur les effets de ces médicaments sur le développement de différentes formes de démence n'ont pas encore permis de dégager de conclusions nettes.

Pour y voir plus clair, la professeure Laurin et ses collaborateurs ont utilisé des données provenant de l'Étude sur la santé et le vieillissement au Canada, qui avait suivi pendant une décennie plus de 10 000 Canadiens de 65 ans et plus. Les chercheurs ont constitué un sous-échantillon de 5281 personnes qui étaient bien portantes sur le plan cognitif au début de l'étude. Ils ont subdivisé les participants en deux groupes, ceux qui prenaient des benzodiazépines – 477 personnes – et ceux qui n'en prenaient pas.

Leurs analyses révèlent que la prise de benzodiazépines n'a eu aucun effet sur le risque de recevoir un diagnostic d'alzheimer ou d'autre forme de démence dans les années subséquentes. Par contre, le risque de déclin cognitif sans démence est 36% plus élevé dans le groupe de sujets qui avaient pris ces médicaments.

«Le déclin cognitif sans démence est un trouble qui peut conduire à diverses maladies psychiatriques et neurologiques, précise la professeure Laurin. Dans l'Étude sur la santé et le vieillissement au Canada, 30% des gens atteints de déclin cognitif sans démence ont développé une forme de démence dans les 5 années qui ont suivi. Il est donc très important de cerner les facteurs de risque du déclin cognitif sans démence pour mieux prévenir le développement de troubles neurologiques plus graves.»

Les benzodiazépines sont des molécules puissantes qu'il faut prescrire avec prudence aux personnes âgées, poursuit la chercheuse. «Il existe des interventions non pharmacologiques pour traiter les problèmes d'anxiété et d'insomnie. Idéalement, il faudrait privilégier ces approches, surtout pour les personnes âgées dont l'état de santé est fragile.»

Les auteurs de l'étude parue dans The Annals of Pharmacotherapy sont Mohamed Nafti, Caroline Sirois, Edeltraut Kröger, Pierre-Hugues Carmichael et Danielle Laurin.

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