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Double standard?

La prescription d'aspirine aux diabétiques pour prévenir les problèmes cardiovasculaires ne reposerait pas sur des preuves scientifiques solides

Par : Jean Hamann
Il faudrait reconsidérer la prescription d'aspirine comme traitement préventif standard des accidents cardiovasculaires chez les personnes diabétiques, estiment quatre chercheurs de la Faculté de pharmacie. En effet, avancent Caroline Sirois, Paul Poirier, Jocelyne Moisan et Jean-Pierre Grégoire, dans le numéro du 26 septembre de l'International Journal of Cardiology, si les lignes directrices émises par les autorités médicales incluent la prescription d'aspirine aux diabétiques, ce n'est pas parce que ce médicament a fait la preuve de son efficacité dans cette population, mais plutôt parce qu'on espère que les effets positifs rapportés chez d'autres groupes de personnes à risque se produiront également dans leur cas.  «La médecine fondée sur les données probantes ne devrait pas admettre un pareil double standard», font-ils valoir.

Les chercheurs ont passé au crible deux bases de données (Medline et Embase) pour en extraire les études réalisées depuis 1990 qui lient diabète et aspirine. Le résultat de leur démarche révèle d'abord que la question a été peu étudiée puisque seulement quatre études répondaient à leurs critères de sélection. L'examen détaillé de ces études indique qu'aucune recherche faite dans les règles de l'art ne permet de conclure avec certitude à l'efficacité de l'aspirine dans la prévention des maladies cardiovasculaires chez les personnes diabétiques.

Les vertus antiplaquettaires de l'aspirine sont bien documentées chez les personnes non diabétiques jugées à risque de maladies cardiovasculaires. En prévenant la formation de caillots sanguins, l'aspirine abaisserait d’environ 20 % le risque de crises cardiaques ou d’accidents vasculaires cérébraux. De là à penser que l'aspirine peut également aider les diabétiques — 80 % d’entre eux décèdent de causes liées aux maladies cardiovasculaires —, il n'y a qu'un pas qu'auraient franchi, sans réclamer de preuves, les autorités médicales qui émettent les lignes directrices de soins, supposent les quatre chercheurs.
   
«Nous ne disons pas qu’il faut arrêter de prescrire de l’aspirine aux diabétiques, insiste Jean-Pierre Grégoire. Nous suggérons toutefois aux experts qui rédigent les lignes directrices de soins d’apporter les nuances qui s’imposent quant au degré de certitude qui entoure l’efficacité de l’aspirine pour les diabétiques, jusqu’à ce que des données probantes soient disponibles.»

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