Chroniques

Trois questions à Stephen Gordon

Sur la hausse inattendue du chômage au Québec

Les dernières statistiques sur le chômage au Québec surprennent. Selon une enquête sur la population active, la province aurait perdu 25 700 emplois entre novembre et décembre 2011. Le taux de chômage au Québec s’établit maintenant à 8,7 %, soit un peu plus qu’aux États-Unis pourtant davantage frappés par la récession. Tentative d’explication du phénomène avec l’économiste Stephen Gordon.

Quelle est l’ampleur de cette hausse du chômage au Québec?

C’est une augmentation importante, qui dépasse même celle qui a suivi la récession en 2009. Le chômage avait connu une augmentation de 1,5 % au Québec il y a deux ans, alors qu’aujourd’hui il s’agit d’une hausse de 2 %. Tous les secteurs sont touchés, comme le secteur manufacturier, les services, qui emploient beaucoup de personnes. On ne peut pas vraiment pointer du doigt un type d’activité pour l’instant comme on a pu le faire lors de la crise financière en septembre 2009.

Ce qui m’intrigue beaucoup, c’est que l’Ontario a un taux de chômage moins élevé de 1 % que le Québec. Difficile alors d’attribuer les difficultés du Québec au fait que le dollar soit fort et que cela nuit aux exportations, car les entreprises ontariennes auraient les mêmes problèmes. Ces chiffres du chômage m’inquiètent beaucoup, mais je me demande toutefois s’il ne pourrait pas s’agir d’une erreur statistique, car cela concerne seulement deux mois dans l’année. Il faudrait croiser cette information avec d’autres indicateurs qui ne sont pas encore disponibles, comme le nombre de demandes présentées à l’assurance-emploi ou les chiffres sur l’exportation.

Les données dont on parle pour l’enquête sur la population active viennent d’un panel de quelque 55 000 personnes à travers le pays. En principe, c’est un échantillon représentatif de la population, mais il y a toujours une possibilité d’erreur.

Comment expliquer que l’emploi diminue malgré le programme d’infrastructures?

Au Québec, ce programme n’a pas vraiment été nécessaire, car la province a peu été touchée par la récession. En plus, l’emploi dans le secteur public a continué à augmenter. Il est donc difficile de dire que la politique fiscale du gouvernement est liée à cette augmentation du taux de chômage. Si cette minirécession se confirme, et qu’elle s’explique par un manque de demande, un tel programme d’investissement peut aider cependant.

Dans la région de Québec, où il y avait plusieurs ministres conservateurs, on a d’ailleurs plus profité des dépenses fédérales qu’à Montréal, puisqu’elles ont équivalentes à celles de la métropole pour une population bien moins importante. Ce qui est étrange dans le cas de la récente hausse du chômage, c’est qu’en général la diminution des emplois est le dernier signe d’une récession, pas du tout le premier comme ici. Les employeurs tentent de conserver le plus longtemps possible leur main-d’œuvre dans laquelle ils ont beaucoup investi en formation.

Le Plan Nord du gouvernement du Québec pourrait-il contribuer à la relance de l’emploi?

À court terme, non. Les investissements pressentis sont envisagés sur plusieurs décennies. Ce programme-là n’aura pas de retombées immédiates pour la conjoncture. Avant de construire des routes vers le Nord, il faut déterminer des territoires bien précis, faire des études d’impact, d’environnement. Ce n’est donc pas une solution pour l’emploi dans les prochains mois.

Dans l’Ouest, l’Alberta, le Manitoba et la Saskatchewan ont beaucoup profité des ressources naturelles, qui restent un secteur de croissance, en tout cas bien plus que le secteur manufacturier, en déclin depuis très longtemps.

Même si la région de Québec vient de perdre 600 emplois avec la fermeture de la papetière White Birch, la région reste dynamique. On peut compter ici sur des PME compétitives, plusieurs compagnies d’assurances bien établies, des entreprises de haute technologie. L’avantage de l’économie de Québec c’est qu’elle est bien diversifiée.

Propos recueillis par Pascale Guéricolas

 

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