Chroniques

Trois questions à Michel Alary

Sur le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme

Par : Pascale Guéricolas
Réunis à Montréal les 16 et 17 septembre, des pays donateurs et des fondations privées ont promis de verser près de 13 milliards de dollars américains au Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette somme permettra de financer des programmes menés entre 2017 et 2019. Professeur au Département de médecine sociale et préventive et directeur de l'axe de recherche en santé des populations et pratiques optimales en santé du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval, Michel Alary est bien au courant des efforts que déploie cet organisme contre le sida.

Quelle influence a eu la création du Fonds mondial, en 2002, sur la lutte contre le sida?


La création du Fonds a eu un impact énorme. Par exemple, elle a permis un bien meilleur accès aux traitements antirétroviraux dans les pays en développement. Jusqu'en 2003, les malades des pays industrialisés étaient pratiquement les seuls à être traités pour le VIH. Les autres succombaient à la maladie. Depuis 13 ans, le Fonds finance l'accès aux médicaments et il prend en charge la moitié de la couverture médicale mondiale des personnes infectées, avec l'aide du President's Emergency Plan for AIDS Relief (PEPFAR). Ce plan d'aide d'urgence, financé par les États-Unis, à l'initiative de l'ancien président Georges W. Bush, concentre ses activités dans une quinzaine de pays. Pour sa part, le Fonds mondial intervient auprès d'une centaine d'États. Il aide directement les ONG ou les programmes mis en place par la société civile, sans toujours passer par les institutions gouvernementales. Cela prévient certaines tentatives de détournement d'argent. Depuis deux ans, avec l'arrivée du nouveau directeur, Mark Dybul, le Fonds a d'ailleurs assoupli ses règles de financement. Cela lui permet de mieux s'adapter aux situations sur le terrain. J'ai pu le constater avec les projets de recherche auxquels je collabore, comme celui sur les travailleuses du sexe au Bénin.

Comment cet organisme de financement peut-il intervenir efficacement dans des pays dont le système de santé est totalement désorganisé?


Les tests de dépistage du VIH sont rapides. Ils peuvent être effectués par des techniciens de laboratoire ou des infirmières assez aisément. Le patient obtient son résultat dix minutes plus tard. On peut aussi effectuer des radiographies pulmonaires dans les centres de santé, même dans les pays très pauvres, afin de diagnostiquer la tuberculose. Cependant, l'intervention du Fonds dans certains États crée des soins à deux vitesses. La situation s'améliore mondialement pour la prévention et la prise en charge du sida, de la tuberculose ou du paludisme, tandis que d'autres maladies ne bénéficiant pas d'un tel financement spécifique sont moins bien prises en charge. Néanmoins, plusieurs études concordantes démontrent qu'un meilleur traitement des trois pandémies renforce les systèmes de santé de nombreux pays. Le financement de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme contribue à améliorer les pratiques du personnel de la santé, qui les appliquent ensuite à d'autres maladies.

Selon l'ONUSIDA, le programme commun des Nations Unies sur le VIH/sida, il faudrait investir 6 milliards de dollars supplémentaires chaque année pour éradiquer cette maladie. En même temps, les sommes promises au Fonds mondial pour les trois prochaines années n'ont pas vraiment augmenté…


À travers le monde, l'ensemble des sommes consacrées à la lutte contre le sida s'élève à 17 milliards de dollars par an. Or, il faudrait disposer de 26 milliards de dollars annuellement pour atteindre les objectifs d'ONUSIDA. Pour l'instant, personne ne peut combler ce déficit de 9 milliards de dollars. Dommage, car on sait que si les différents organismes investissaient les sommes nécessaires, il n'y aurait plus de sida en 2030. Mais en attendant, il faut dire que les problèmes de gouvernance constituent un obstacle. Beaucoup de pays investissent très peu dans la lutte contre le sida, qui dépend en grande partie de fonds internationaux. Sans parler de la corruption ou de la mauvaise gestion. Certains pays n'ont pas la bonne approche pour la lutte contre le sida. En Russie, par exemple, la maladie est très liée aux drogues injectables, un mode de contamination cinq à dix fois plus présent qu'au Canada. Or, il n'existe pas là-bas de programme d'échange de seringues. La Russie aura beau investir des sommes importantes, elle ne pourra pas éradiquer la maladie si elle s'attaque aux mauvaises cibles. Le Fonds mondial ne peut remédier à tout.

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