Chroniques

Trois questions à James Woollett

Sur l'Homme de Florès

Par : Pascale Guéricolas
Une étude, publiée le 30 mars par la revue Nature, laisse entendre que l'Homme de Florès serait beaucoup plus vieux que les archéologues ne le pensaient. Selon de nouvelles datations, il aurait vécu entre 100 000 ans et 60 000 ans avant notre ère et non il y a 18 000 ans, comme on le pensait. Découvert en 2003 sur l'île de Florès, dans l'archipel indonésien, celui qu'on surnomme «le Hobbit», en raison de sa petite taille, pose beaucoup de questions aux archéologues. Voici les explications de James Woollett, qui dirige le Laboratoire de préhistoire et bioarchéologie de l'Université Laval


Que nous apprend cette découverte sur l'évolution des premiers hommes?


En 2003, lorsque les archéologues ont découvert l'Homme de Florès, il semblait clair que son squelette, la forme de son crâne et son implantation dentaire le classaient parmi les hominidés, comme l'Homo erectus et même l'Homo sapiens. Par contre, sa petite taille, un mètre environ pour 25 kilos, allait à l'encontre de toutes nos connaissances sur l'évolution de l'espèce humaine. Depuis l'Homo erectus (qui aurait vécu entre 1,5 million d'années et 100 000 ans avant aujourd'hui, NDLR), chaque espèce grandit au fil du temps, ainsi que ses capacités crâniennes. Un diagramme montre clairement que la taille du crâne grossit lentement, depuis l'Australopithèque jusqu'à l'Homo sapiens, en passant par l'Homo erectus. La présence de l'Homme de Florès en Indonésie, qui a côtoyé l'Homo sapiens pendant plusieurs milliers d'années sur une île aux ressources assez limitées, ressemblait donc à une anomalie. Avec les nouvelles datations, le scénario ressemble beaucoup plus à ce qu'on voit ailleurs sur la planète. Quand l'Homo sapiens arrive dans une région, les autres espèces d'hominidés disparaissent relativement rapidement.


Comment pourrait-on décrire l'Homme de Florès? Comme notre lointain cousin?


Il partage plusieurs caractéristiques des hominiens, notamment le fait d'être complètement bipède. La longueur de ses bras, l'anatomie de ses poignets et de ses mains se distinguent cependant des nôtres. Cela suggère qu'il partageait davantage de caractéristiques avec une espèce comme l'Homo erectus qu'avec nous. L'un des scénarios les plus crédibles, c'est que l'isolement sur une île l'aurait fait évoluer. Il est déjà arrivé que la taille d'espèces animales diminue au cours du temps, afin de s'adapter à des ressources limitées en nourriture. Ce phénomène de nanisme a été observé sur l'île Wrangel en Sibérie, par exemple, où des restes de mammouths pygmées ont été découverts. Jusqu'à présent, la traces de l'Homme de Florès se limitent à une île en Indonésie, mais il s'agit d'une zone archéologique très peu étudiée. L'archipel indonésien est immense et la forêt humide, extrêmement difficile d'accès, à cause de son relief très accidenté. Sans parler des guerres civiles dans la région. Il est donc possible que des traces de cette espèce se retrouvent ailleurs.


Nos connaissances sur nos lointains ancêtres évoluent beaucoup ces derniers temps. Il semble que l'humanité actuelle partagerait 20% de l'ADN de l'Homme de Neandertal. Qu'en pensez-vous?


Il y a quelques années, mon père avait participé à une vaste étude du National Geographic, qui comparait l'ADN de plusieurs citoyens avec celle de l'Homme de Neandertal, à partir d'un échantillon de salive. Effectivement, il avait quelques gènes en commun avec cet ancêtre! Cela devrait être le cas pour les populations hors d'Afrique, le continent d'origine de l'Homo sapiens qui n'aurait pas eu de contacts avec l'Homme de Neandertal. Si l'on s'intéresse à l'histoire de l'archéologie, c'est surprenant de savoir que chacun de nous conserve une petite partie des 20% du génome de cette espèce. À la fin du 19e siècle, les archéologues européens ne considéraient pas l'Homme de Neandertal comme un humain. Il leur semblait très peu raffiné, autant par son anatomie que par sa culture. Au paléolithique supérieur, l'Homme de Neandertal ne peignait pas les grottes. Pourtant, on sait maintenant que certains individus portaient des décorations personnelles et qu'ils taillaient des outils. Les études sur la génétique prouvent notre métissage avec cette espèce, même 40 000 ans plus tard. Certains échos résonnent d'ailleurs encore en nous, comme la capacité de l'Homme de Neandertal à constituer des réserves de gras pour les périodes de disette.

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