Chroniques

Trois questions à Daniel-Mercier Gouin

Sur la crise commerciale dans l'industrie porcine

Les producteurs québécois et canadiens font face aux conséquences de la guerre commerciale entre les États-Unis et le Mexique ainsi qu'avec la Chine. Ces pays imposent en effet une surtaxe de 20 à 25% sur le porc américain, en représailles aux barrières douanières érigées par les autorités américaines. Les exploitants d'ici ont même vu diminuer le prix du porc vendu aux abattoirs comme l'explique Daniel-Mercier Gouin, professeur au Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation.

Pourquoi les producteurs québécois subissent-ils les représailles commerciales que les autorités chinoises et mexicaines réservent aux agriculteurs américains?


Il faut savoir que la production porcine relève d'un marché ouvert et non protégé contrairement au lait, à la volaille et aux œufs. Depuis 2009, les producteurs de porc et les abattoirs au Québec ont convenu d'utiliser le prix américain comme référence dans leurs échanges. C'est le ministère américain de l'Agriculture qui détermine ce prix par enquête auprès des abattoirs de porc des États-Unis. Il publie chaque jour la valeur de la marchandise payée aux producteurs américains. Ce prix devient ensuite une référence pour le marché québécois au sein d'un contrat collectif. Les producteurs de porc du Québec ont crié victoire en 2009 en obtenant le prix américain, car jusque-là, les abattoirs d'ici leur donnaient moins. Cependant, ce marché encaisse actuellement deux chocs différents. Premièrement, les producteurs de porc américains ont vu baisser le prix du porc versé par les abattoirs. En effet, ceux-ci tournent à plein régime depuis que l'agriculture américaine a augmenté sa production. Second choc, des tarifs douaniers sont imposés par les autorités chinoises et mexicaines sur les importations de produits agricoles, notamment le porc. Les producteurs québécois vont d'ailleurs demander à la Régie des marchés agricoles, le 20 novembre, que les abattoirs d'ici n'utilisent plus le prix américain.

De quelle façon les abattoirs américains font-ils face aux taxes imposées par la Chine et le Mexique?


Les abattoirs qui exportent dans ces pays ne peuvent se permettre de vendre leur production 20% de plus. En effet, ils se trouvent en concurrence avec des abattoirs d'autres régions du monde qui n'ont pas à subir une telle taxe. Les abattoirs américains n'ont donc pas le choix de réduire le prix payé aux producteurs des États-Unis. La même chose va se produire au Québec puisque la valeur de référence est américaine. Les producteurs québécois subissent donc les conséquences de la guerre commerciale Mexique–États-Unis et Chine–États-Unis. Les abattoirs québécois et canadiens pourraient par contre profiter de ce conflit pour prendre leur place sur le marché chinois ou mexicain. Leur marge de profit pourrait alors s'accroître. Ce type de fluctuations a moins d'impact sur les entreprises agricoles intégrées, autrement dit celles qui regroupent sous une même entité la production animale et l'abattage, car leurs profits s'établissent sur l'ensemble de leurs activités.

Quels types de producteurs risquent de s'en tirer plus difficilement?


Certains intégrateurs pourraient être affectés. Il s'agit d'entités regroupant à la fois la production d'aliments pour le bétail et la production porcine. Les intégrateurs qui disposent d'abattoirs vont, pour leur part, mieux tirer leur épingle du jeu en faisant plus de profits sur l'abattage. De leur côté, les exploitants indépendants vont subir la baisse du prix à la production. Notre dernière enquête, menée en 2012, indiquait qu'environ 60% de la production porcine québécoise se définissait comme intégrée. Cependant, nos données ne nous permettent pas de savoir quelles entités possèdent des abattoirs. Les 40% de producteurs indépendants, quant à eux, font face à une baisse radicale des prix depuis cet été. En 10 semaines seulement, la valeur du porc est passée de 210 dollars du 100 kg à 110 dollars. Le prix est monté ensuite à 150 dollars pour 100 kilos. La valeur moyenne sur l'année reste relativement faible. Comme le coût de revient tourne autour de 200$, il s'agit d'une situation très difficile pour les producteurs. L'assurance stabilisation, financée aux deux tiers par les exploitants, va les aider à surmonter cette crise, sans éponger cependant toutes les pertes. Ils n'ont donc aucune marge de manœuvre. Les exploitants ne disposent pas des liquidités pour d'éventuels remboursements en capital. Tout cela arrive après une série de mauvaises années, de 2006 à 2011, et une très bonne année de prix en 2014, puis 2017, où l'on arrivait juste. Bon nombre de producteurs n'ont donc pas pu moderniser leurs équipements et leurs bâtiments comme ils l'auraient souhaité. Certains pourraient donc être confrontés à un choix difficile: devenir des producteurs intégrés ou simplement cesser leurs activités.

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