Chroniques

Trois questions à Claude Poirier

Trente ans après son adoption le 26 août 1977 par l’Assemblée nationale du Québec, la Loi 101 cristallise  toujours les passions. Les optimistes font valoir qu’elle a permis de donner un visage français au Québec en obligeant les commerces à afficher dans la langue de la majorité, que ce texte a facilité l’intégration des immigrants, jusque là absorbés par la communauté anglophone. Les pessimistes, eux, soulignent que les bannières commerciales en anglais se multiplient, que de nombreux Montréalais travaillent  encore en anglais et que l’école francophone perd des élèves chaque année. Malgré tous ces bémols, le linguiste Claude Poirier, responsable du projet Le trésor de la langue française, croit toujours à la pertinence de la Charte de la langue française.

Q : Qu’est-ce que cette législation a changé au Québec?
R : Selon moi, la Loi 101 a une portée  davantage sociale que linguistique. Avant son adoption, les francophones étaient considérés comme des citoyens de seconde zone, sans existence légale. Les promotions ne touchaient que ceux qui parlaient anglais. En affirmant que la langue française est la langue du Québec, on a reconnu du même coup que les francophones pouvaient accéder à des postes de direction. La Loi 101 a donné confiance aux gens. Même si les francophones ne représentent que 2 % de la population en Amérique du Nord, des gens d’affaires, des journalistes, des  penseurs, des artistes font partie désormais de l’élite nord-américaine. Les films, la chanson explosent, la culture  francophone s’exporte, mais, également, l’expertise technique.

Q : Quel regard portez-vous sur l’état de la langue depuis trois décennies?
R : Les puristes vont dire que les Québécois parlaient mieux avant. Dans les années 1960, j’ai eu des professeurs, par exemple, qui s’exprimaient comme des Français de France, ce qui n’est plus le cas du tout aujourd’hui. Cependant, il s’agissait d’une petite élite car le peuple, lui, parlait une langue populaire. Aujourd’hui, je pense qu’une majorité de la population a une bien meilleure connaissance du français, ils peuvent écrire et s’exprimer dans cette langue. J’estime que l’ensemble de notre société a fait des progrès considérables dans l’apprentissage de la langue française et dans l’utilisation des termes corrects. On évoque souvent les erreurs, les incompétences des gens en français, mais ces difficultés linguistiques se retrouvent aussi chez les anglophones, en France, en Allemagne.

Q : Pensez-vous que le jugement récent de la Cour d’appel du Québec invalidant la Loi 104 amoindrit la portée de la Loi 101?
R : La loi n’a rien de parfait, plusieurs immigrants essaient d’utiliser des stratagèmes pour que leurs enfants passent à la communauté anglophone. Je trouve difficile d’accepter que l'avenir d'une société soit déterminé par des juges, nommés par le gouvernement fédéral, dont les décisions varient selon leur niveau de juridiction, sans parler de leurs allégeances politiques. En ce qui a trait à la Loi 104, qui est en cause, elle a été votée à l'unanimité par l'Assemblée nationale, qui représente la population. Pour moi, c'est l'opinion du Canada anglais qui vient contrer la volonté d'affirmation du Québec.

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