Chroniques

Trois questions à Claire Lapointe

Sur le palmarès des écoles

De plus en plus de parents visitent les écoles secondaires en octobre et en novembre pour choisir l’établissement où ils enverront leur enfant l'année suivante. D'ailleurs, le palmarès des 466 écoles publiques et privées du Québec vient de paraître pour une huitième édition dans le magazine L'actualité. Claire Lapointe, directrice du Centre de recherche et d’intervention sur la réussite scolaire (CRIERES) et professeure au Département des fondements et pratiques en éducation, analyse ce phénomène.

Q    Quel effet ce classement a-t-il sur le choix de l’école secondaire qui s’effectue généralement à cette période de l’année?
R    Le palmarès a une influence sur certains parents dont l’aisance financière leur permet d’investir plusieurs milliers de dollars dans une école privée, ou de transporter leurs enfants vers une école publique offrant une spécialité qui les intéresse. La majorité des gens ne peut faire ce choix. Le classement s’adresse aussi à des parents qui ont une approche de la scolarisation très utilitariste, et individualiste. Ils considèrent que telle école permet à l’enfant d’avoir un meilleur diplôme, pour avoir la chance d’aller dans telle université. C’est une attitude très américaine qui se développe au Québec et qui constitue un retour d’avant les années soixante. Avant l’instauration du système public, l’élite envoyait ses enfants, en particulier les garçons, au cours classique pour qu'ils continuent ensuite en droit ou en médecine, et ce, afin de maintenir le rang social supérieur de la génération suivante.

Q    Dans ces conditions, la survie du système public est-elle menacée?
R    Le système d’éducation ne sera jamais privé à 100 %; notre population ne nous le permet pas. Cependant, dans un contexte de baisse démographique, l’érosion vers le privé met en danger la capacité du système scolaire public à offrir une éducation de qualité à tous les enfants, de manière démocratique. Cela a amené aussi l’école publique à développer ses propres programmes sélectifs pour attirer les parents-clients, des programmes qui choisissent les élèves et demandent souvent de payer un supplément. Certains jeunes sont donc favorisés au détriment d’autres, on n'a qu'à penser notamment aux enfants d’immigrants. Des études démontrent qu’on recule par rapport aux gains effectués depuis les années soixante-dix. Actuellement, une première sélection des élèves se fait par le privé, puis une seconde s’effectue à l’intérieur du public. Je crois pourtant que la majorité des enfants ont les mêmes capacités et devraient donc réussir leurs études secondaires avec certaines conditions, qui disparaissent toutefois avec la mise en place d’un système privé au sein du système public. La réussite scolaire ne dépend pas du choix de l’école, mais repose en grande partie sur le milieu familial. De récentes recherches effectuées en Alberta et aux États-Unis démontrent que des enfants issus de milieux socioéconomiques semblables réussissent aussi bien dans le public que dans le privé.

Q    Que faudrait-il faire pour corriger la situation?
R    Il faudrait revenir à un meilleur équilibre entre l’individualisme et le bien commun, ramener une notion de conscience sociale dans la population. Le ministère de l’Éducation devrait aussi éliminer la notion d’approche client du système public pour revenir à celle de citoyens égaux auxquels sont offerts des services de la meilleure qualité possible. L’école publique pourrait continuer à proposer des programmes enrichis ou avec des thématiques particulières, mais comme le recommandait au printemps dernier le Conseil supérieur de l’éducation, sans être sélectifs. Certaines écoles utilisent ce type de programme pour inciter les élèves à améliorer leurs résultats scolaires. Par exemple, on aide un élève à avoir de meilleures notes en français et en mathématiques, ainsi il peut continuer les sports-études. Du coup, le jeune développe son estime de soi et sa motivation augmente.


Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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