Chroniques

Trois questions à Anne Pasquier

La demande de pardon que le cardinal Marc Ouellet a adressée aux Québécois à propos de certains comportements de l’Église avant 1960 a provoqué une véritable onde de choc dans la province. Anne Pasquier, professeure de littérature chrétienne ancienne à la Faculté de théologie et de sciences religieuses, réagit à son tour aux propos du primat de l’Église canadienne.

Q Pourquoi plusieurs représentants de groupes d’intérêt, comme les femmes, ou les homosexuels, ont-ils accueilli plutôt fraîchement les excuses de l’archevêque de Québec?

R Je me sens mal à l’aise face ce geste très unilatéral. Il faudrait d’abord se demander ce qu’est le pardon. Cela fait penser à l’exemple récent de l’Église polonaise  qui a demandé à ses fidèles de pardonner aux anciens dirigeants communistes pour passer à autre chose. Pourtant, certaines personnes, dont la vie a été détruite, n’étaient pas prêtes à un tel geste. Pour demander pardon, il faut aller voir les gens, discuter avec eux, et réfléchir à l’avenir, ce qui ne s’est pas passé dans ce cas précis. Aux yeux de plusieurs, cette demande de pardon ressemble plutôt à une tactique pour les amadouer. C’est bien de se tourner par le passé et de s’excuser, mais cela ne signifie pas nécessairement que les problèmes soient réglés et que tout va bien  aujourd’hui. Les gens se demandent ce que donne d’accorder ce pardon. Est-ce pour continuer dans le même processus? C’est sans doute cela qui les a blessés.

Q Que pensez-vous du plaidoyer du Cardinal Ouellet en faveur du maintien d’un enseignement du catholicisme à l’école?

R  Nous sommes dans un État laïque. Cela implique une neutralité face aux religions, tout en les respectant et en leur permettant de s’épanouir. À l’école, lieu public par excellence, il faut donc être cohérent pour accueillir aussi bien les enfants juifs, musulmans, chrétiens ou incroyants. Les catholiques pourraient continuer à donner des cours confessionnels, à condition qu’ils se prennent en main et fassent appel aux laïcs par exemple. Par ailleurs, on dit qu’avant on enseignait le catholicisme. Pas du tout! Les programmes incitaient à l’ouverture aux autres, à la tolérance, mais sans expliquer les fondements du catholicisme, ni montrer ce que le différencie des autres confessions chrétiennes. Finalement, dans certains cas j’ai l’impression qu’on a produit des athées. Actuellement, des étudiants arrivent ici sans savoir que la bible se compose de deux parties…. Au moins, avec le nouveau cours de culture religieuse et d’éthique, les élèves auront accès à des notions de base qu’un grand nombre ignorent, sur la religion musulmane, le bouddhisme, la façon dont le christianisme a eu une influence sur l'architecture, la musique, la culture et tout cela permettra de valoriser la religion, en sortant peut-être des idées reçues. Ce genre de cours peut favoriser aussi une culture commune dans un contexte de constante diversité.

Q La lettre de Marc Ouellet peut-elle aider l’Église québécoise à évoluer?

R  C’est possible. À la faveur de la Commission Bouchard-Taylor, les Québécois ont pris conscience que la religion les définissait en partie, car ils se sont trouvés confrontés à des étrangers, dont des musulmans, pour lesquels la pratique religieuse occupe une grande place dans leur vie. De plus, les gens ont besoin d’une réflexion profonde sur autre chose que le quotidien, ce que la religion peut apporter. Le catholicisme pourrait aider à réfléchir sur ce qu’est l’humain ou à des enjeux comme le clonage. À condition, cependant, que des débats et des échanges très libres aient lieu à l’intérieur même de l’Église. C’est loin d’être le cas aujourd’hui où règnent la langue de bois et une fausse unanimité de surface.

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