Arts

Leçons de piano

Le prix Videre Reconnaissance a salué le travail de Jocelyn Robert, professeur à l’École des arts visuels

Par : Pascale Guéricolas
Des grandes vitres des studios d'Avatar, tout en haut du bâtiment de Méduse, les nouvelles constructions du quartier Saint-Roch prennent des allures de blocs Lego. Quelques mètres plus haut, la vision tend à paraître davantage géométrique, ce qui ne déplaît pas à Jocelyn Robert. Avant de choisir la carrière artistique, il a caressé le rêve de devenir architecte, jusqu’à obtenir un baccalauréat à l’Université Laval dans cette discipline en 1984. L’attirance pour les structures et leur variance mathématique caractérise d’ailleurs une grande partie de sa création. Tout comme sa propension à se moquer des étiquettes et à prôner la nécessaire démocratisation de l’art, permettant à tout un chacun d’exprimer son potentiel. La Ville de Québec lui a décerné récemment le prix Videre Reconnaissance. Ce prix est attribué en couronnement de la carrière d’un artiste s’étant distingué par l’excellence, l’originalité et la qualité de ses œuvres récentes.

Art audio, art informatique, performance, installation, écriture, vidéo, Jocelyn Robert met en pratique l’interdisciplinarité depuis longtemps. Sa carrière l’a mené aux quatre coins du monde pour présenter ses expositions, ainsi que sa quinzaine de disques. Oubliez cependant les clichés d'un artiste accroché à la stratosphère. Membre fondateur et directeur artistique de l’association de création et diffusion sonores et électroniques Avatar en 1993, l’artiste a repris au pied levé la présidence de Méduse à la fin des années 90. La coopérative de producteurs et de diffuseurs artistiques, culturels et communautaires affrontait à cette époque de grosses difficultés administratives. Avec l’aide de Gaëtan Gosselin du centre Vu, Jocelyn Robert a réussi à redresser la situation

Une discipline inclusive
Sous ses allures sages, Jocelyn Robert n’hésite pas à briser les conventions, à pousser la logique jusqu’à l’absurde. C’est là alors que l’art peut s’épanouir, à ses yeux. «Je reprends les mots de Pierre Bourgault, explique le professeur: on ne peut pas dire que ce n’est pas une œuvre d’art, on peut simplement dire qu’on ne l’apprécie pas.» À ses yeux, les arts visuels constituent depuis un siècle une discipline inclusive qui permet à chacun de s’exprimer quel que soit son savoir-faire. En témoigne un magnifique piano à queue qui trône dans un des studios d’Avatar. Un mécanisme électromagnétique lui permet de jouer les notes sans aide. Jocelyn Robert y a enregistré une série de pièces musicales, en jouant sur ses faiblesses de pianiste non virtuose à partir d'une partition originale.

Autre défi technique: faire jouer au piano des mots, chaque touche portant une lettre particulière. Une idée qu’il a développée avec son complice de toujours, Émile Morin, du centre d’artistes Recto-Verso. Cette «Leçon de piano» les a amenés à Paris, à Gand en Belgique et même à Berlin. «Avec Émile, on pousse l’idée de l’autre toujours plus loin, jusqu’à se retrouver au bout d’un territoire qu’on ne connaissait pas», raconte l’artiste. Au début, les phrases qui naissaient de l’enchaînement des lettres sur les touches évoquaient des lieux. Puis certaines instructions sont apparues, comme pour briser le rêve confortable.

Autre projet fou, celui réalisé pour un festival berlinois en 2007, qui permettait de plonger dans le passé fracturé de la capitale allemande en rappelant l’existence d’une église, située autrefois sur le tracé du Mur de 1961. Finalement détruite en 1985 pour satisfaire les adeptes des lignes droites, Notre-Dame de la Réconciliation a quand même retrouvé ses cloches en 1993, plusieurs années après la réunification. Jocelyn Robert a imaginé un parcours sonore pour le public dans le carré de rues concerné. «J’ai conçu une pièce de piano qui reprend le rythme des cloches, où chaque note revient avec sa propre vitesse, raconte-t-il. C’est une autre forme de géométrie, car il s’agit de cycles comprenant jusqu’à 18 notes.»

Éclectique dans sa création, l’artiste affiche aussi un intérêt marqué pour la recherche et prend plaisir à rencontrer ses étudiants depuis son arrivée à l’École des arts visuels en 2008. «Je les considère comme des artistes, et ils m’apportent beaucoup de connaissances techniques, raconte celui qui leur enseigne notamment l’art audio et l’art électronique. Une de mes étudiantes, par exemple, a coloré des images vidéo et produit un montage beaucoup plus riche que ce que j’aurais pu faire.»

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