Arts

Le pouvoir des mains

Dans son premier roman, le professeur Christophe Roux-Dufort nous projette en 2030, à New York, alors qu’une maladie incurable nécrose les mains de ceux qui veulent transformer en or tout ce qu’ils touchent

Par : Claudine Magny

Ce n’est pas d’hier que Christophe Roux-Dufort, professeur à la Faculté des sciences de l'administration, spécialisé en gestion de crise et de conflits depuis 25 ans, s’intéresse aussi, dans sa vie, au pouvoir des mains. Lui qui enseigne depuis plusieurs années l’art martial appelé «La voie des mains».

«Il s’agit d’un art martial interne qui vise le dépassement et la connaissance de soi à travers 21 postures et mouvements des mains, explique-t-il. À ce jour, de nombreuses études ont démontré une forte interaction entre les mains et le psychisme. Plus précisément, cela signifie que tout dépendant de votre prise de main, elle déclenchera dans votre cerveau différentes émotions. Or, la pratique de “La voie des mains” permet de passer du poing fermé à la main ouverte, afin de se libérer de ses combats intérieurs et du coup, de s’épanouir. Bref, si on dit que les yeux sont le miroir de l’âme, les mains le sont aussi.»

Soucieux d'éveiller les consciences, le professeur décide, un matin de 2017, de prendre la plume et d’écrire sur cette pratique qu’il estime remplie de bénéfices. Un thriller en ressortira.

«Dans mon esprit, je commençais à écrire un essai sur la société en partant d’une réflexion sur l’évolution économique, le rapport à la propriété, le rapport à la consommation, etc., mais j'ai finalement mis ce projet de côté, car je ne me sentais plus inspiré. Puis, quelques mois plus tard, j’y suis revenu et j’ai décidé d’écrire un roman, en fait, un thriller

Une histoire qui portera sur une maladie qui touche les mains des puissants ou des riches. Où les personnages cherchent des solutions de remplacement à la fermeture et à l'ouverture des mains finalement.

C’est alors que le thriller Les manuscrits de la main morte prend forme peu à peu.

L’histoire

En 2030, à New York, une maladie incurable nécrose puis tue les mains de ceux qui cherchent, comme dans la légende du roi Midas à transformer en or tout ce qu'ils touchent. Pour éviter la panique et l'effondrement des marchés financiers, le gouvernement dissimule les victimes afin de leur faire greffer de nouvelles mains, les transformant en robots.

Éminent neurologue dont l'épouse a succombé à la maladie, William Stiegler conçoit un moyen révolutionnaire de guérir ce mal inédit. La paléoanthropologue Esther Merton, convaincue que des textes anciens récemment découverts soutiennent l'invention de Stiegler, ainsi que le journaliste controversé Carl Enderman le rejoignent. Ensemble, ils devront démontrer que seul un changement de valeurs radical permettra à l'espèce humaine de survivre. Ils ne sont pas au bout de leurs peines: il reste bien des obstacles, secrets d'État et complots sinistres à contourner pour y arriver.

La crise et l’évolution de l’humanité

Comme trame de fond, le professeur spécialisé en gestion des crises et des conflits a choisi une notion qu’il connaît plutôt bien: la crise. «Une pandémie, ça peut créer des bouleversements politiques, sociaux, économiques, etc., comme le redoute le gouvernement américain dans le livre. Or, je crois fondamentalement que dans toute mégacrise, comme la pandémie, il se dessine des humanités différentes, à savoir que certaines apportent des solutions nouvelles, tandis que d’autres restent sur des solutions plus officielles. Dans le livre, j’ai justement voulu faire coexister ces deux humanités: soit l’humanité un peu ancienne surnommée “les dinosaures”, c’est-à-dire tous ceux qui représentent ce qui nous a permis de créer ce qu’on est aujourd’hui, puis une forme plus évolutive, soit “l’humanité des mains ouvertes”, qui a une accentuation plus forte sur la solidarité, le partage, l’aide, le dépassement de soi, etc. Bref, le meilleur de l’homme en fait.»

Un sujet plutôt d’actualité

Une crise générée par une pandémie… Qui aurait dit que ce premier roman de Christophe Roux-Dufort, écrit bien avant la crise sanitaire mondiale actuelle, allait trouver autant d’échos aujourd’hui? «Il y a effectivement des résonnances. Tout comme dans le livre, la crise actuelle nous pousse aussi à nous questionner sur des fondements qui vont bien au-delà de l’aspect sanitaire: notre rapport à la santé, à la vie à la mort, à ce que nous possédons, à la consommation, etc. De plus, l’angle des mains que j’apporte dans mon livre est intéressant, car il s’agit d’un symbole fort qu’on retrouve dans de nombreuses traditions. Les mains sont très significatives dans ce que nous sommes capables de construire, de bâtir. Et elles le sont tout autant dans ce que nous sommes capables de faire en matière de destruction. Puisque, finalement, c'est toujours avec des mains que ça se fait.»

L'auteur

Christophe Roux-Dufort est professeur à l'Université Laval, où il enseigne et conduit des recherches sur la gestion en situation de crise. Ses travaux lui ont valu de nombreux prix. Il a publié une trentaine d'articles, de chapitres de livres et huit ouvrages en plus de collaborer régulièrement avec Le Devoir, La Presse, Le Soleil, The Gazette, Le Monde, Libération, etc.


« «Quand les mains se referment et retiennent aussi désespérément un objet, celui-ci a déjà pris le pouvoir sur nos vies. Quoi d’autre que ses mains pour lui procurer ce sentiment jouissif de vivre? Peut-on en vouloir à l’être humain de ne rien partager tant qu’il a le sentiment que s’il ouvre ses mains, il va y perdre une partie de sa vie?» »
Extrait de Les manuscrits de la main morte
La légende du roi Midas illustre les effets négatifs d'un désir trop ardent ainsi que la recherche du bonheur par l'accumulation des richesses.
Christophe Roux-Dufort est professeur à l'Université Laval où il enseigne et conduit des recherches sur la gestion en situation de crise.

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