Arts

Le doigt sur la détente

Entre deux prestations scéniques, le chanteur et guitariste Christian Roberge, du groupe de jazz manouche The Lost Fingers, fignole le dépôt de sa thèse de doctorat en biologie évolutive

Par : Renée Larochelle
Christian Roberge pourrait vous entretenir durant des heures de la microévolution chez le saumon de l’Atlantique, un sujet qui a occupé sa vie pendant cinq ans. Ce jeune scientifique est sur le point de déposer sa thèse, après l’avoir soutenue brillamment. Par les temps qui courent, l’homme a toutefois bien d’autres chats à fouetter, sa carrière musicale prenant le pas sur ses ambitions universitaires, du moins pour l’instant. Chanteur et l’un des guitaristes du groupe The Lost Fingers dont le disque sorti en avril dernier atteignait aux dernières nouvelles le nombre magique de 150 000 albums vendus, Christian Roberge se dit très heureux du succès remporté par cet ensemble qui fait du jazz gitan sur des chansons discos des années 1980. «Nous nous attendions à vendre 5 000 ou même 10 000 exemplaires, tout au plus, dit Christian Roberge. Mais là, ça dépasse pas mal nos espérances.»

De bons souvenirs
Nous, ce sont les autres membres de ce trio original formé d’Alex Morrissette (contrebasse) et de Byron Mikaloff (guitare), dont les doigts agiles font vibrer les cordes sensibles, non seulement des Québécois mais aussi des Canadiens, des Français et des Mexicains. En effet, l’album Lost in the 80s sortira dans quelques jours au Canada et en France, sans compter qu’il se vend actuellement comme des petits pains chauds au Mexique. Avec un agenda de tournées rempli jusqu’en juillet, le groupe The Lost Fingers (ainsi nommé en hommage à la légende du jazz gitan, Django Reinhardt, dont la perte de deux doigts ne l’a pas empêché de continuer à jouer de la guitare), le groupe fait un tabac partout où il passe, que ce soit au dernier Festival d’été de Québec ou encore au Festival International de Jazz de Montréal.  Il a aussi fait une apparition remarquée à la controversée revue de l’année présentée en décembre à Radio-Canada, certaines personnes ayant affirmé que ce bref passage aura constitué le seul moment intéressant de la soirée. «La surprise, c’est de voir que la radio commerciale joue nos chanson, dit Christian Roberge. Les gens ont le goût de découvrir la musique des années 1980 de façon différente. Cela leur rappelle de bons souvenirs.»
   
Tout jeune, Christian Roberge fait des études de violon et de piano, puis s’intéresse à la guitare, instrument qu’il étudiera au Conservatoire de musique durant sept ans. Attiré par les sciences, il effectue un baccalauréat, une maîtrise et un doctorat en biologie à l’Université Laval. Parallèlement à ses études, Christian Roberge continue de jouer et donner des spectacles pour le plaisir, développant une véritable passion pour le jazz manouche, une musique à ses yeux exceptionnelle. Le trio qu’il fonde avec Alex Morissette et Byron Mikaloff commence bientôt à faire des vagues. «Le choix des années 1980 pour le premier album s’est fait naturellement, explique Christian Roberge. En effet, toutes les pièces du disque ont marqué notre enfance, de You Give Love a Bad Name à Touch Me en passant par Billie Jean et Straight Up, avec les Bon Jovi, Samantha Fox, Michael Jackson et Paula Abdul.  À l’époque, je ne comprenais absolument rien aux paroles mais ce n’était pas important car c’était plutôt le rythme qui comptait. Et quand on grandit sur une musique, ça imprègne le cerveau.»

Un profil de chercheur
«Christian est complètement zen», dit Louis Bernatchez, professeur au Département de biologiem qui connaît bien Christian Roberge puisqu’il a notamment dirigé sa thèse de doctorat. «Il n’est pas prétentieux pour deux sous et il a toujours été très humble quant à ses contributions scientifiques. C’était d’ailleurs un des étudiants les plus réservés de son groupe de recherche. En même temps, il est brillant et il semble réussir tout ce qu’il touche. Il a vraiment le profil d’un chercheur.» Interrogé sur son avenir, Christian Roberge dit qu’il se voit très bien effectuer des études postdoctorales d’ici trois ou quatre ans. Mais pour l’heure, la ronde des spectacles et surtout, l’enregistrement d’un second album comportant des chansons en français, toujours à la sauce gitane, accaparent tout son temps. «Tout ce que je sais, c’est que j’aime ce que je fais et qu’on s’amuse bien tout le monde ensemble, dit-il. On verra plus tard.»

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