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Festival de cinéma de la ville de Québec
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Arts

Le cinéma, un art infidèle?

En adaptant une œuvre littéraire, le réalisateur doit choisir son chemin entre la copie conforme et l’adaptation très libre

Par : Renée Larochelle
Les acteurs Victor Trelles Turgeon et Laurence Leboeuf dans le film Le torrent du cinéaste québécois Simon Lavoie, adaptation au cinéma d'une nouvelle d'Anne Hébert.
Les acteurs Victor Trelles Turgeon et Laurence Leboeuf dans le film Le torrent du cinéaste québécois Simon Lavoie, adaptation au cinéma d'une nouvelle d'Anne Hébert.
Depuis sa sortie au grand écran le 26 octobre, le film Le torrent du cinéaste québécois Simon Lavoie récolte d’excellentes critiques. Pourtant, l’adaptation au cinéma de cette nouvelle d’Anne Hébert n’allait pas de soi, ne serait-ce qu’en raison de l’extrême intériorité du personnage principal. Dominé par une mère complètement folle, dépossédé de lui-même, François se bat pour exister. Le grondement du torrent qui coule près de sa maison constitue la seule force qui le relie à la réalité. Ses pensées, ses tourments, son délire finissent par le mener au bord du gouffre...  C’est là qu’entre en scène tout le talent du cinéaste qui a dû traduire et montrer la complexité du protagoniste. Mais toutes les bonnes histoires ne font pas nécessairement de bons films, c’est bien connu. 

Elspeth Tulloch, professeure au Département des littératures et conférencière, a abordé la question lors d’une rencontre sur l’adaptation au cinéma organisée par la Chaire pour le développement de la recherche sur la culture d’expression française en Amérique du Nord. Selon elle, le public s’attend généralement à ce que le film soit fidèle au texte original. Il est souvent déçu quand ce n’est pas le cas. En même temps, le concept de fidélité demeure ambigu. Un réalisateur est fidèle à quoi au juste? Et qui peut se targuer de connaître exactement les intentions de l’auteur?

Devant une œuvre qu’il souhaite adapter à l’écran, le réalisateur a plusieurs options. Il peut décider de marcher résolument dans les traces de l’écrivain, d’où résultera une adaptation fidèle. Il peut aussi choisir de s’écarter un peu de la voie originalement tracée tout en gardant les personnages principaux. La troisième option consiste à reformuler complètement le récit original, ce qui risque de déstabiliser fortement le spectateur qui s’attend à voir à l’écran une copie conforme du récit. Ces adaptations plus libres et « subversives » peuvent toutefois attirer un public plus averti. À ce sujet, Elspeth Tulloch convient qu’une adaptation trop fidèle peut manquer d’intérêt.

Il existe des œuvres quasi inadaptables au cinéma en raison de leur longueur ou de leur complexité. Pensons au monumental À la recherche du temps perdu de Marcel Proust. Le réalisateur allemand Volker Schlöndorff s’y était cassé les dents en tournant  Un amour de Swann en 1984. On imagine aussi difficilement une adaptation du roman Ulysse de James Joyce, qui relate les pérégrinations d’un homme qui arpente les rues de Dublin durant une journée. L’histoire prend la forme d’un long monologue intérieur où le lecteur suit les pensées du marcheur telles qu’elles apparaissent et se transforment. Tout un défi que personne n’a osé relever jusqu’à ce jour…

Pour la petite histoire, soulignons que certaines histoires portées à l’écran ont totalement éclipsé leur provenance littéraire. Parmi les plus populaires figurent trois films d’horreur : Rosemary’s Baby (1968) de Roman Polanski, d’après une œuvre d’Ira Levin, The Exorcist (1973), tiré du roman de William Peter Blatty et, enfin, The Shining (1980) de Stanley Kubrick, un roman de Stephen King.

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