
La professeure Claudia Després et le chargé de cours Jahel Côté, tous deux de l'École de design, ont repensé l'offre de cours en design pour intégrer l’étude de l’intelligence artificielle générative dans le cheminement des étudiantes et étudiants de la Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design.
— Olivier Laflamme
Droits d'auteur bafoués, homogénéisation des productions au détriment de l'audace, mais aussi amplification du geste créatif en quelques secondes… L'intelligence artificielle générative (IAG) polarise: elle dégoûte ou fascine bien des créatrices et créateurs. Mais surtout elle permet d'interroger la nature même de la création.
À la Faculté d'aménagement, d'architecture, d'art et de design (FAAAD), l'IAG a déjà fait son entrée dans les salles de cours, notamment dans le programme de design de produits, encadrée par une approche pédagogique et critique. L'objectif: amener les étudiantes et étudiants à découvrir les outils issus de cette technologie et à tester leurs promesses et leurs limites parce qu'ils seront possiblement appelés à les utiliser sur le marché du travail. De plus, dès septembre, la Faculté innovera en offrant un cours à option transversal qui aura pour but de réfléchir aux bonnes pratiques et aux enjeux éthiques de l'IAG.
Comment intégrer l'IA dans la formation en design?
«La genèse du projet vient vraiment de la nécessité de former des designers à un univers numérique transformé par l'intelligence artificielle générative», raconte le chargé de cours Jahel Côté qui, en compagnie de la professeure Claudia Després, a réfléchi aux façons d'intégrer l'étude de l'IAG dans le cheminement des étudiantes et étudiants en design de produits. «L'idée première, c'était de créer un nouveau cours sur l'intelligence artificielle pour le bac en design de produits. Mais la Faculté, qui souhaite qu'on mutualise les ressources, nous a proposé de créer un cours qui pourrait être suivi par des étudiants de toutes les disciplines de la FAAAD, par exemple des étudiants en architecture, en design graphique, en science de l'animation ou en arts», explique la professeure Després.
Jahel Côté et Claudia Després ont donc commencé l'élaboration du cours Enjeux et usages de l'IA générative en design, qui sera offert pour la première fois à l'automne prochain. Toutefois, en cours de conception, ils se rendent compte qu'ils n'atteignent qu'à moitié leur objectif de départ. «Dans un cours qui rassemble plusieurs disciplines, on a l'obligation de rester généraliste. L'ambition est noble, mais on ne pouvait pas approfondir les processus de design propres au design de produits», souligne Claudia Després.
En parallèle, ils adaptent donc un cours qui existait déjà, Design et transfert technologique. «C'est un cours qui se prêtait déjà aux innovations technologiques. C'était pertinent d'y intégrer les outils d'IA. Ces nouveaux contenus ont occupé la moitié de la session environ», précise Jahel Côté, qui a donné la nouvelle mouture de ce cours obligatoire dans le baccalauréat en design de produits à l'hiver 2026.
Avec ces deux axes, ils croient avoir trouvé une bonne formule pour explorer les outils et réfléchir au processus de création assistée par l'intelligence artificielle en design et, plus précisément, en design de produits.
Un cours qui a changé des perceptions
«C'est important de développer une littératie sur l'intelligence artificielle. Si on a une compréhension de l'IA en surface, on va aussi utiliser les outils d'IA en surface. Je voulais que les étudiants soient conscients du fonctionnement des modèles statistiques à la base des outils et qu'ils aient une pensée nuancée en évitant de tomber dans les préjugés ou les raccourcis intellectuels», indique Jahel Côté, qui refuse que les étudiantes et étudiants perçoivent l'IAG uniquement comme une panacée ou une calamité.
Dans le cadre du cours, la classe a notamment utilisé des générateurs de textes pour structurer des idées ou rédiger des cahiers de charge ainsi que des outils de génération d'images pour explorer des concepts ou produire des rendus.
«L'objectif premier était d'acquérir une maîtrise technique des outils, mais on en a aussi profité pour développer une pensée critique. J'ai demandé aux équipes d'évaluer les projets des autres équipes afin de prendre conscience des limites, des biais et des failles de l'IAG», raconte le chargé de cours.
Pour l'étudiant Gabriel Lincourt, le cours a effectivement permis d'affiner sa réflexion critique sur l'IAG. «Ça m'a ouvert les yeux sur de nouvelles façons de travailler, mais ça a aussi suscité des réflexions chez moi. Par exemple, y a-t-il un véritable gain de temps avec l'IA ou est-ce une illusion d'efficacité? À partir de quand est-on le créateur de l'œuvre ou ne l'est-on plus? J'ai réalisé qu'il est facile de développer une dépendance à ces outils, qui sont super efficaces et pertinents. Tranquillement, on commence à les utiliser un peu plus à toutes étapes du processus de création, et c'est une pente glissante», remarque-t-il, avant de confier que le cours a adouci des prises de position très rigides chez des collègues. Il a aussi admis que le cours avait parfois divisé les étudiantes et étudiants, certains étant réfractaires à l'enseignement de l'IAG en design.
Selon Jahel Côté, ce n'est pas parce que l'IAG n'est pas parfaite qu'il faut l'écarter. Au contraire, selon lui, il importe de développer un large éventail de compétences chez les étudiantes et étudiants. «L'idée derrière le cours, assure-t-il, ce n'est pas que les designers abandonnent la matérialité. D'ailleurs, le cours arrive relativement tard dans le cursus. On tient à ce que les étudiants de première année se concentrent d'abord sur les outils plus traditionnels et le dessin à la main.»
Le nouveau cours transversal
Si le cours obligatoire en design de produits s'intéresse concrètement à l'utilisation d'outils d'IAG dans des projets de design, le cours Enjeux et usages de l'IA générative en design, accessible aux étudiantes et étudiants des diverses disciplines de la FAAAD, se concentrera davantage sur les enjeux éthiques et sur la réalité des milieux professionnels où les équipes sont de plus en plus hybrides et interdisciplinaires.
«Il y aura une dimension professionnalisante dans ce cours. Par exemple, les étudiants réfléchiront à comment gérer les enjeux légaux de la propriété intellectuelle ou comment vendre des idées à un client. On ne sera pas dans la simple conception d'objets, quoique cet aspect sera tout de même présent. Les étudiants feront équipe avec des collègues issus d'autres contextes disciplinaires, habitués de travailler avec des processus différents et des outils différents. Ils devront développer des compétences collaboratives pour repenser la création à l'aune de l'intelligence artificielle et de l'interdisciplinarité», conclut Claudia Després.
Ce projet d'intégration de l'IA dans l'enseignement a fait l'objet d'une présentation lors de la 5e Journée de l'enseignement, tenue en avril.
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