
Julien Roy est étudiant à la maîtrise en biologie végétale et ancien responsable du jardin VIA Agroécologie, situé sur le campus.
— Université Laval, Yan Doublet
Jardiner peut avoir l'air intimidant quand on pense aux grands potagers, aux outils et aux calendriers de semis. Pourtant, il n'en faut pas tant, rassure Julien Roy, étudiant à la maîtrise à la Faculté des sciences de l'agriculture et de l'alimentation et ancien responsable du jardin VIA Agroécologie, qui réunit une dizaine de membres étudiants. Il suffit d'un sac de terreau, de quelques semences, d'un peu de fertilisant et d'un coin un minimum ensoleillé. Le reste s'apprend en chemin et les plantes pardonnent beaucoup d'erreurs, dit-il.
«Les personnes qui ont de mauvaises expériences avec les plantes n'ont pas le pouce moins vert que les autres», estime l'étudiant jardinier. Selon lui, il leur manque seulement quelques notions clés.
Voici ses conseils pour toute personne qui souhaite se lancer sans se ruiner ni se décourager.
1. Commencer petit, mais commencer
L'erreur est de viser trop large dès la première année, prévient Julien Roy. Cinq pots bien entretenus produiront plus que vingt pots négligés. Le meilleur point de départ est de choisir ses plantes selon son niveau d'énergie, trois ou quatre espèces qui nous attirent vraiment, et garder le reste pour l'an prochain.
2. S'adapter à son environnement
Avant de penser quoi planter, il faut regarder où l'on jardine, conseille l'étudiant jardinier. En pleine terre, sur un balcon bien exposé ou sur le bord d'une fenêtre? La majorité des plantes comestibles demandent au moins six heures d'ensoleillement direct par jour. Si l'on n'a pas accès à un balcon, une fenêtre orientée au sud convient pour quelques candidats comme les légumes-feuilles (la laitue, la roquette, le bok choy ou l'épinard).
3. Trouver les bons pots
Le contenant n'a pas besoin d'être chic, un pot de yogourt, un seau ou un bac de rangement conviennent, illustre Julien Roy, à condition de percer des trous dans le fond. «Le drainage est non négociable: une plante pardonne un peu de sécheresse, mais elle tolère mal de vivre les racines dans une soupe.» Pour choisir la taille du contenant, il faut compter une capacité de 1 à 2 litres minimum pour les fines herbes et les laitues. Pour les piments, les concombres, les courgettes et autres, il faut prévoir minimalement la taille d'un grand seau.
4. Choisir du terreau, pas de la terre
Première erreur fréquente: opter pour de la «terre noire» ou de la «terre à jardin» qui se compacte et draine mal, ce n'est pas fait pour les pots. Il vaut mieux choisir un terreau d'empotage, ou un substrat horticole, à la jardinerie ou à la quincaillerie.
5. Opter pour les semences, imbattable côté budget
Un sachet contient souvent des dizaines, voire des centaines de graines, contre un seul plant en jardinerie pour le même prix. «Certaines bibliothèques du réseau de la Ville de Québec ont d'ailleurs une grainothèque où l'on peut emprunter des semences», ajoute Julien Roy. Le mois de mai est parfait pour les espèces faciles à semer directement à l'extérieur comme les légumes-feuilles, les légumes racines, les haricots, les concombres, les courgettes et plusieurs fines herbes annuelles, énumère l'étudiant.

Démarrer ses semis permet de réduire les coûts, mais ça demande de la planification. Par exemple, le jardin étudiant commence ses semis à l'intérieur à partir de mars. Pour les novices, acheter des plants en jardinerie reste l’option la plus simple et la plus fiable, indique Julien Roy.
— Julien Roy
6. Fertiliser, ce que tout le monde oublie
L'eau du robinet ne nourrit pas les plants et ne suffit pas. Julien Roy parle de «l'erreur silencieuse du débutant»: la plante stagne et les feuilles pâlissent, sans raison apparente. Un plant en pot, dit-il, dépend de ce qu'on lui donne parce qu'il n'a pas accès au sol et à ses nutriments. En pleine terre ou sur le balcon, le fumier de poule en granule incorporé au terreau est populaire. Autrement, les fertilisants liquides ou en poudre soluble sont moins odorants pour les plantes intérieures.
7. Arroser est important et pas si compliqué
L'autre «tueur de plantes», surtout chez les néophytes, est la gestion de l'arrosage. Elle dépend de plusieurs facteurs comme la taille du pot, le développement racinaire, la température extérieure et le type de terreau. C'est pourquoi arroser à fréquence fixe, une fois par semaine par exemple, est rarement une bonne idée, selon l'étudiant. Son meilleur conseil est de soupeser pour juger le contenu en eau ou d’enfoncer un doigt dans le terreau: si c’est humide, on peut attendre. «Les plantes montrent quand elles ont soif. Elles redeviendront jolies après un arrosage», indique Julien Roy.

Le plant de tomate de gauche est bien arrosé, alors que celui de droite manque d'eau. L'angle des feuilles est le signe le plus visible. Un flétrissement de cette ampleur n'est pas grave, indique Julien Roy, et un bon arrosage suffit pour que le plant récupère. Il recommande de mouiller l'ensemble du terreau pour que tout le système racinaire ait accès à l'eau.
— Julien Roy
8. Acclimater, une étape importante
Si on démarre des plants à l'intérieur avant de les sortir sur le balcon, il faut les acclimater pour éviter qu'ils brûlent au soleil. Il faut privilégier quelques jours à l'ombre, à la mi-ombre, puis au soleil. Pour les espèces frileuses comme les tomates, les piments et le basilic, il vaut mieux attendre les nuits douces du début juin à Québec avant de les sortir. La famille des choux, les laitues et les épinards tolèrent quant à eux très bien les nuits fraîches de mai.
9. Mettre des fleurs
Les fleurs sont fonctionnelles: elles attirent les pollinisateurs, supportent la biodiversité et certaines sont comestibles. En bonus, ajoute l'étudiant jardinier, elles peuvent embellir un milieu de vie. Il recommande les calendules et les tagètes parce qu'elles permettent de récolter facilement les semences d'année en année et peuvent être semées en mai. Il conseille aussi les zinnias, qui résistent bien à la chaleur d'un balcon exposé.
10. Planifier en cas d'absence
Pour les absences prolongées, on peut arroser en profondeur, déplacer les pots hors du soleil plus intense, regrouper les plantes pour créer un petit microclimat plus humide, installer un bac à réserve d'eau, mettre un paillis en surface pour retenir l'humidité ou demander à une personne de passer. «Si la survie du persil et des épinards est improbable, simplement les récolter!», suggère Julien Roy.
Pour lui, jardiner est l'un des rares passe-temps qui récompensent en nourriture. «Il y a quelque chose de cliché dans la “fierté de manger quelque chose qu'on a fait pousser”, mais ça goûte vraiment différent», plaide-t-il. Et le premier jardin n'a pas à être impressionnant, soutient l'étudiant, il doit seulement donner envie de recommencer. Pour les personnes qui cherchent de l'inspiration, Julien Roy suggère une visite au Jardin universitaire Roger-Van den Hende. « Il y a des centaines d'espèces étiquetées et des aménagements variés, incluant un potager. On y retrouve aussi des gens qui s'y connaissent et qui adorent parler de plantes!»
Propos recueillis par Audrey-Maude Vézina

























