26 mars 2026
Ma thèse en 180 secondes et Three Minute Thesis: bloquer la mort cellulaire causée par le VIH, révéler la valeur cachée des sous-produits des fruits
Abouzar Ghasemi, inscrit au doctorat en sciences des aliments – microbiologie alimentaire, remporte le premier prix de la finale locale anglophone et la doctorante en microbiologie-immunologie Élise Thiboutot décroche celui de la finale locale francophone

Abouzar Ghasemi, 1er prix au concours Three Minute Thesis, et Élise Thiboutot, 1er prix au concours Ma thèse en 180 secondes
— Université Laval – Yan Doublet
«Imaginez un orchestre symphonique. Chaque musicien joue une partition différente, mais ensemble, ils créent une harmonie. Notre système immunitaire fonctionne de la même façon. […] Maintenant, imaginons un virus qui cible spécifiquement notre chef d'orchestre. L'orchestre se désorganise, les musiciens jouent moins bien, la cacophonie s'installe. C'est exactement ce que fait le VIH, le virus responsable du sida – et il agit sournoisement.»
C'est par ces mots que la doctorante en microbiologie-immunologie Élise Thiboutot a débuté sa présentation lors de la finale locale 2026 du concours de vulgarisation francophone Ma thèse en 180 secondes. L'événement était organisé par la Faculté des études supérieures et postdoctorales de l'Université Laval. Il s'est déroulé devant 65 personnes présentes et 80 personnes en ligne en début de présentation, le lundi 23 mars au pavillon La Laurentienne.
L'activité a réuni 14 finalistes sélectionnés au sein de leurs facultés respectives. Neuf ont fait leur présentation en français et cinq en anglais. Ces personnes devaient présenter leur projet de recherche doctoral de façon claire, concise et convaincante en un maximum de trois minutes. À la fin de l'exercice, le jury a déclaré Élise Thiboutot grande gagnante francophone pour son exposé «VIH et vaccins: un chef d'orchestre à bout de souffle». Abouzar Ghasemi, inscrit au doctorat en sciences des aliments – microbiologie alimentaire, est le grand gagnant anglophone pour sa présentation intitulée «Microorganisms as Tools to Unlock the Hidden Value of Fruit By-products». L'étudiante représentera l'Université Laval lors de la finale nationale de Ma thèse en 180 secondes, qui se tiendra le mercredi 13 mai 2026 à Trois-Rivières dans le cadre du 93e Congrès de l'Acfas. L'étudiant représentera l'Université Laval à la finale de la Northeastern Association of Graduate Schools, qui sera présentée en virtuel et aura lieu le 22 avril à l'Université Concordia, à Montréal.
Comme une alarme qui ne s'arrête jamais
Dans la présentation d'Élise Thiboutot, le rôle de chef d'orchestre est joué par le lymphocyte T CD4. Celui-ci donne le tempo, coordonne les autres musiciens et assure une réponse efficace contre les microbes. Il joue aussi un rôle essentiel pour que nos vaccins fonctionnent. Or, même contrôlé par la science, le VIH reste caché et continue d'importuner sournoisement. «Ce virus, explique-t-elle, parvient à garder le système immunitaire dans un état d'alerte constant, comme une alarme qui ne s'arrête jamais. Avec le temps, cet état d'alerte épuise l'orchestre. Les signaux du chef deviennent flous, voire absents. La réponse immunitaire se désorganise et les réponses vaccinales s'affaiblissent. Sous l'effet du stress, le chef d'orchestre meurt par une forme de suicide cellulaire. Mon projet vise à empêcher cette mort prématurée grâce à une molécule qui bloque ce mécanisme de mort cellulaire.»
De la création à la prestation
Pour la doctorante, participer au concours Ma thèse en 180 secondes était tout naturel «car, dit-elle, j'adore expliquer, raconter et captiver. Cette envie de rendre la science accessible m'amène d'ailleurs à m'impliquer au quotidien dans plusieurs initiatives de vulgarisation, notamment auprès des élèves du secondaire.» Son étape préférée a été la conception du texte. «C'était l'occasion parfaite de rallier mon amour des sciences et mon ancienne passion pour l'écriture. J'ai toujours aimé illustrer mes idées par des métaphores, et le concours est l'occasion idéale de le faire!»
Son texte, l'étudiante l'a récité un nombre incalculable de fois: devant le miroir, en faisant de la course à pied, avec de la musique, devant des amis et même durant un appel avec sa famille. Elle a aussi écouté plusieurs prestations des années précédentes, d'ici comme d'ailleurs. «Dans certains pays, souligne-t-elle, le concours frôle presque le théâtre! Cela m'a permis de me détacher du cadre très scientifique auquel on est souvent habitué.» La journée du concours, elle n'a même pas récité son texte. Elle a bu beaucoup d'eau, discuté et marché, beaucoup marché!
Réduire le gaspillage alimentaire
Le projet de recherche d'Abouzar Ghasemi consiste à trouver une solution pratique pour réduire le gaspillage alimentaire. «Chaque année, soutient-il, lors de la transformation des fruits pour fabriquer des jus, des confitures ou des sauces, une grande quantité de sous-produits est générée. Au lieu de laisser ces déchets nuire à notre environnement, notre projet vise à les transformer en suppléments nutritifs riches.»
La première étape de cette transformation consiste en un dépistage systématique des microbes naturellement présents dans ces matériaux afin de repérer les plus prometteurs pour un processus de transformation naturelle appelé fermentation. «Ce dépistage, poursuit le doctorant, c'est en quelque sorte un entretien d'embauche pour microbes: nous sélectionnons les bons candidats pour travailler comme chefs microscopiques.» Ensuite, l'équipe de recherche détermine les conditions optimales pour l'activité de ces microorganismes afin de produire des suppléments nutritifs bien équilibrés. La dernière étape consiste à simuler le système digestif en laboratoire pour observer comment les suppléments interagissent avec la communauté bactérienne.
«Sur le plan de la santé, explique-t-il, la fermentation peut améliorer la valeur nutritionnelle des sous-produits fruitiers grâce à l'action des microorganismes qui produisent et libèrent une grande variété de composés naturels bénéfiques.»
Des termes techniques à simplifier, un stress à gérer
Durant sa préparation au concours, Abouzar Ghasemi a répété son texte devant quelques personnes, dont son directeur de thèse. «J'ai apporté de nombreux ajustements, améliorations et même des modifications complètes à mes phrases, rappelle-t-il. Dès qu'un élément était trop scientifique, qu'il s'agisse de termes techniques ou de noms d'organisations comme l'OMS [Organisation mondiale de la santé], je le simplifiais ou le reformulais de manière limpide pour le grand public.»
À mesure que la présentation approchait, l'étudiant sentait le stress monter. Pour le gérer, il s'est d'abord concentré sur sa respiration, en la contrôlant profondément. Il s'est aussi répété: «Je suis là parce que j'ai décidé d'être là, donc j'ai une raison d'être ici. Maintenant, concentre-toi sur toi-même et profite au maximum de ce moment.»
Quels conseils donnerait-il à un futur candidat à cette compétition? «Tout d'abord, répond-il, lisez attentivement les instructions du concours afin de bien comprendre comment le jury vous évaluera et quels critères sont les plus importants. Ensuite, votre talent consistera à susciter l'enthousiasme chez une personne qui pourrait douter du caractère captivant et percutant des sciences.»
Il est possible de visionner l'enregistrement des finales francophone et anglophone ci-dessous. La présentation d'Élise Thiboutot débute à la 45e minute et celle d'Abouzar Ghasemi, à la 100e.
























