ULaval Nouvelles
Arts

Pour un été tout en littérature

Les vacances estivales étant propices à la lecture, voici 10 œuvres et autant d'univers pour voyager, apprendre, réfléchir

Par : Matthieu Dessureault

ULaval nouvelles propose 10 livres à feuilleter cet été. Ces œuvres, publiées au cours des derniers mois, ont en commun d'être signées par des auteurs issus de l'Université Laval.

Boire la mer les yeux ouverts (Éditions Sémaphore), par Jean-Benoit Cloutier-Boucher

Titulaire d'un baccalauréat en études littéraires et finissant au certificat en révision professionnelle, Jean-Benoit Cloutier-Boucher est un grand passionné de l'écriture et de la langue française. On le devine en lisant son premier livre, Boire la mer les yeux ouverts, récit poétique où abondent les phrases bien tournées.

Au-delà de la qualité littéraire, ce roman montre la force des liens maternels malgré l'adversité. Jean-Benoit Cloutier-Boucher offre une suite de tableaux dans lesquels il raconte les derniers instants de sa mère, atteinte de sclérose en plaques. Si le ton donne parfois l'impression de lire un journal (très) intime, le propos, lui, est universel, l'auteur abordant avec éloquence des thèmes comme la maladie, l'isolement, le deuil, la perte de l'innocence et la nostalgie.

Ce projet d'écriture, à la fois triste et lumineux, a bénéficié de l'accompagnement de Sylvie Nicolas, poétesse et chargée de cours en création littéraire, dans le cadre du programme Première Ovation – Arts littéraires.


« Ton corps valétudinaire s'envolait au-dessus de la pitié scabreuse et nous permettait de gober les figures dansantes de nos instants maintenant comptés. »
Extrait

La princesse du rythme (Boréal), par Catherine Genest

Elle a chanté avec les plus grands noms de la musique, Charles Trenet, Louis Armstrong, Charles Aznavour et tant d'autres. Elle s'est produite sur les scènes les plus mythiques. Et pourtant, peu de gens connaissent Guylaine Guy, une Québécoise née à Montréal en 1929.

Se glisser dans la peau de Guylaine Guy pour raconter son histoire, c'est le pari entrepris par Catherine Genest pour La princesse du rythme. À travers les yeux de la chanteuse, qui souffre aujourd'hui d'Alzheimer, on revit tous les grands moments de sa vie, découvrant une femme hors du commun qui a su faire sa place dans le monde du music-hall de l'après-guerre. Une industrie alors dominée par les hommes.

Journaliste culturelle ayant fait des études en histoire de l'art (et lointaine parente de Guylaine Guy), Catherine Genest a ce talent pour raconter une histoire. Son roman biographique, écrit au «je», est basé sur une recherche de longue haleine dans les archives. Elle a aussi rencontré la principale intéressée chez elle, en France, en plus de personnalités qui l'ont côtoyée durant sa carrière.


« Cette histoire que je conterai ne repose sur aucun mensonge. Je me suis efforcée de sceller l'essentiel dans l'urgence, avant que ma maladie m'y arrache à tout jamais, et parce qu'une de mes nièces ou cousines, je ne saurais plus très bien dire, une lointaine parente à tout le moins, est venue à ma rencontre depuis le Canada pour me ramener à celle que j'ai pu être. »
Extrait

Nous ne sommes pas des fées (Mémoire d'encrier), par Louise Dupré et Ouanessa Younsi

Quand deux poétesses d'exception croisent leurs mots, ça ne peut que donner une œuvre riche et porteuse. Voilà ce qui s'est passé avec Ouanessa Younsi et Louise Dupré, qui cosignent Nous ne sommes pas des fées. Les premier et dernier poèmes de ce recueil ont été écrits à quatre mains. Entre les deux, les poèmes des pages paires sont de Louise Dupré, tandis que ceux des pages impaires sont de Ouanessa Younsi.

Diplômée d'un doctorat en médecine et d'une maîtrise en philosophie, Ouanessa Younsi est médecin psychiatre, en plus de sa pratique d'écriture. Sa poésie, qui s'intéresse aux zones de vulnérabilité de l'être humain, est en symbiose avec celle de Louise Dupré. D'un côté, une poétesse de la relève, née d'une mère québécoise et d'un père algérien; de l'autre, un monument de la littérature, marqué par le bouillonnement de la Révolution tranquille. Nous ne sommes pas des fées met en dialogue ces deux générations autour des thèmes de la vie, la mort, la maternité, l'amitié, l'enfance, l'écriture.


« Des années nous séparent, nous ne mourrons pas en même temps, or des mots nous composent et nous lient. Nous avons un passé, il gît derrière nous comme ces villes que nous avons quittées. Et nous avons un futur: nous pouvons l'écrire. »
Extrait

Voir disparaître (L'instant même), par Thomas Carrier-Lafleur

Après s'être intéressé à l'œuvre de Marcel Proust pour sa thèse de doctorat, ce qui lui a valu d'être nommé étudiant-chercheur étoile par le Fonds de recherche du Québec – Société et culture, Thomas Carrier-Lafleur publie un nouvel ouvrage, cette fois sur le cinéma de Sébastien Pilote.

Dans cet essai, il analyse les thèmes, les enjeux et les procédés de mise en scène récurrents dans les longs métrages Le vendeur, Le démantèlement, La disparition des lucioles et Maria Chapdelaine. Ce travail lui permet de mettre en évidence les points de continuité dans l'œuvre du cinéaste, dont la démarche et la pensée tirent leur source dans le célèbre roman de Louis Hémon, Maria Chapdelaine.

Ce projet d'essai, abondamment documenté, a bénéficié de l'apport de plusieurs organisations de recherche, dont Médias 19, un site dirigé par Guillaume Pinson, doyen de la Faculté des lettres et des sciences humaines et ancien directeur de thèse de Thomas Carrier-Lafleur. L'auteur a aussi basé son analyse sur des entrevues que Pilote a données aux médias depuis le début de sa carrière, ainsi que différentes versions de scénarios de films et notes préparatoires de tournage, auxquelles il a eu accès.


« Érigeant la disparition – l'acte, pénible ou jubilatoire, de voir disparaitre – comme valeur première de son œuvre, Pilote va ainsi construire tous ses films autour d'un sacrifice, d'une fin du monde et de l'éclatement de l'image. »
Extrait

Un bien nécessaire. Éloge de la traduction littéraire (Boréal), par Lori Saint-Martin

Écrivaine et docteure en littérature québécoise, Lori Saint-Martin a traduit un nombre impressionnant de romans et de poèmes, ce qui lui a valu plusieurs récompenses, dont quatre Prix littéraires du Gouverneur général. Dans Un bien nécessaire. Éloge de la traduction littéraire, elle rend hommage à cette pratique méconnue qu'elle décrit comme une «rencontre éprouvante, émouvante, exigeante, passionnée et féconde» entre deux univers.

Cet essai, qui relève parfois du récit poétique et de l'autoportrait, aborde différentes dimensions de la traduction littéraire. Lori Saint-Martin s'attaque aux préjugés et fausses croyances sur le métier. Elle partage ses réflexions sur les conditions dans lesquelles s'exerce la traduction et la manière dont ce travail est perçu par les spécialistes et le grand public. Elle se prononce aussi sur la question de la traduction des auteurs issus de la diversité.

Un bien nécessaire rappelle que derrière les mots de tous ces auteurs étrangers que l'on se plaît à découvrir, il y a des gens passionnés et consciencieux qui travaillent dans l'ombre pour faire tomber la barrière de la langue. Pour ceux qui veulent pousser plus loin la réflexion sur le sujet, Lori Saint-Martin a publié un autre essai qui vient d'être réédité chez Boréal, Pour qui je me prends, dans lequel elle aborde son rapport à l'identité dans la littérature.


« Traduire, c'est se jeter à l'eau, c'est entrer dans une œuvre et en tirer un autre qui est aussi la même. Jeter son corps dans la brèche entre deux univers culturels. Entrer profondément dans l'esprit de l'œuvre, qui peut être aux antipodes de sa propre manière de voir le monde. »
Extrait

Pour que cela se taise (Somme toute), par Anne Peyrouse

Violence, masculinité toxique, mort, anxiété, deuil: ce sont des thèmes difficiles qu'Anne Peyrouse explore dans Pour que cela se taise. Dans cette autobiographie entrecoupée de poèmes, elle se livre sans pudeur sur sa relation pénible avec son père. Dans la chambre d'hôpital où il s'apprête à mourir, elle se remémore de durs moments. Pour que cela se taise est un récit coup de poing sur les blessures de l'enfance, mais aussi sur le pouvoir libérateur des mots.

Chargée d'enseignement en création littéraire, Anne Peyrouse est une auteure prolifique. Elle a publié plusieurs recueils de poèmes et nouvelles, un roman et des anthologies sur le slam et la poésie. Elle est directrice littéraire aux éditions Hamac et codirectrice du Mois de la poésie.


« Le père a su placer des massacres en moi qui grugeaient équilibre et sérénité. Ces massacres susurraient amèrement: «Regarde, les oiseaux se posent et explosent.» Et je partais en vrille. M'écraser. »
Extrait

Voyages en Afghani (Mémoire d'encrier), par Guillaume Lavallée

En janvier 2017, on s'en souvient tous, un jeune homme a ouvert le feu au Centre culturel islamique de Québec, faisant 6 morts et plusieurs blessés. Ce terrible drame a été le déclencheur de Voyages en Afghani, un livre que Guillaume Lavallée aurait voulu lire à l'époque de sa jeunesse pour comprendre le monde musulman.

À l'aide de nombreux documents d'archives, ce journaliste au Moyen-Orient a creusé l'histoire de l'islam et plus particulièrement celle du philosophe Djemal ed-Din al-Aghani (1838-1897). Plusieurs mystères entourent cet homme que l'auteur considère comme «l'un des penseurs les plus influents du 19e siècle, si on sort son gros orteil de l'Occident». À la fois récit de voyage, essai et polar, Voyages en Afghani relate le parcours de Djemal ed-Din en Iran, en Inde, en Égypte, en Syrie, en Turquie, en Afghanistan, à Paris. À travers les pérégrinations et l'évolution des pensées de ce réformiste, Guillaume Lavallée aborde les conflits, les débats et les événements géopolitiques qui ont secoué le monde musulman.

Guillaume Lavallée est chef de bureau de l'Agence France-Presse à Jérusalem. Il a fait un baccalauréat en philosophie, une maîtrise en philosophie politique sur le monde arabe et un diplôme d'études supérieures spécialisées en journalisme international, en plus d'un doctorat en philosophie musulmane à l'Université McGill. Voyages en Afghani est son second livre chez Mémoire d'encrier après Dans le ventre du Soudan, finaliste au prestigieux prix Albert-Londres en presse écrite.


« Lire Djemal ed-Din, c'est voyager dans la boîte crânienne du monde musulman qui se regarde dans le miroir de l'Europe, c'est retourner à la racine de nos débats contemporains sur l'islam et la modernité, et suivre dans son sillon une modernité islamique qui venait elle-même de se mettre en marche. »
Extrait

Henry Daniel Thielcke. La vie d'un peintre royal méconnu (Presses de l'Université Laval), par Patrick White

La vie du peintre Henry Daniel Thielcke a de quoi surprendre. Né à Buckingham Palace en 1788, il a grandi au sein de la famille royale avant de s'exiler pour des raisons obscures en Écosse, au Canada puis aux États-Unis. À Québec, où il a vécu de 1832 à 1854, il fut un allié des Papineau, Garneau et autres notables de l'époque. Il entretenait aussi des liens avec les Hurons de Wendake. Son ennemi juré: le peintre Antoine Plamondon, un catholique qui n'hésitait pas à critiquer le travail de ce confrère protestant bardé de diplômes et du sceau royal.

Dans Henry Daniel Thielcke. La vie d'un peintre royal méconnu, Patrick White relate le parcours de cet artiste dont il existait jusqu'ici peu de traces. À travers la vie et l'œuvre de Thielcke, il dresse le portrait d'une époque marquée par la monarchie britannique, l'ultramontanisme, la rébellion des Patriotes et l'Acte d'Union de 1840.

Patrick White a réalisé une enquête de longue haleine pour récolter la matière de son livre. Ce travail a débuté dans la foulée des recherches du professeur en histoire de l'art David Karel et de son ancienne étudiante, Annie Fraser, tous deux décédés. L'auteur décrit cet essai comme un «devoir de mémoire» envers ces chercheurs de l'Université Laval qui ont passé une partie de leur vie à étudier le mystère de Thielcke.


« L'ensemble de la carrière de Thielcke […] montre presque 80 œuvres qui font de lui une référence pour les portraits et les gravures au XIXe siècle, tant au Royaume-Uni, qu'au Canada et aux États-Unis. »
Extrait

Enlève la nuit (Boréal), par Monique Proulx

Markus Kohen, 20 ans, a quitté sa communauté natale ultraconservatrice pour retrouver sa liberté. Candide et rempli de bonnes intentions, il erre sans le sou dans cette ville dont il ne connaît ni la langue ni les coutumes. Avec Enlève la nuit, Monique Proulx redonne vie au personnage croisé dans Ce qu'il reste de moi, un roman paru en 2015.

Markus a tout à apprendre de la vie en société. Son but: apporter de la lumière aux moins nantis, leur «enlever la nuit». Derrière les réflexions et les observations de ce personnage, Monique Proulx offre un portrait frappant de la ville où se côtoient misère, pauvreté et autres problèmes sociaux.

Titulaire d'un baccalauréat en littérature et en théâtre, l'auteure compte à son actif plusieurs romans, nouvelles et scénarios de film. Rappelons que son roman Homme invisible à la fenêtre a reçu le Prix des libraires du Québec et le prix Québec-Paris, en plus d'être adapté par le cinéaste Jean Beaudin sous le titre Souvenirs intimes. L'adaptation de Le sexe des étoiles a par ailleurs été en lice aux Oscars et aux Golden Globe Awards.


« Je n'étais pas au-dessus d'eux, ni en dessous, il n'y avait ni monstres horribles ni anges de bienveillance. Tous de la même espèce, taillée dans la même matière, et traversée au fond d'un même remous de faim pour autre chose, de faim pour l'immensité. »
Extrait

Le schisme identitaire (Boréal), par Étienne-Alexandre Beauregard

Étudiant au baccalauréat intégré en philosophie et science politique, Étienne-Alexandre Beauregard collabore régulièrement à différents médias, en plus de tenir un blogue sur l'actualité politique.

Dans Le schisme identitaire, son premier essai, il s'intéresse aux grands enjeux du Québec à l'ère de la question identitaire. Pour lui, le Québec est plongé dans une guerre culturelle où s'opposent deux visions, deux imaginaires irréconciliables, qui luttent pour définir la nation, son histoire et son avenir. Citant de nombreux penseurs, dont l'Italien Antonio Gramsci, il analyse ce clivage entre nationalisme et multiculturalisme.

Peu importe les opinions politiques du lecteur, Le schisme identitaire lui offrira matière à réflexion sur la complexe et délicate question de l'identité nationale.


« La guerre culturelle est la question de notre temps, une ligne de fracture si profonde qu'elle scinde le Québec en deux et imprègne désormais presque tous les événements politiques qui surgissent dans l'actualité. »
Extrait

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