
Émanuelle Robitaille, participante à l'émission La Voix présentée à TVA.
— ProductionsJ
Concours de chant à grand déploiement diffusé depuis janvier à TVA, La Voix comporte une étape où les participants passent des auditions à l’aveugle. Les concurrents doivent convaincre les juges, qui leur montrent le dos, de se retourner vers eux, avec comme seul moyen de persuasion leur talent. On a vu certains concurrents rester en plan, hurlant leur rage de ne pas être choisis. D’autres ont été accueillis favorablement à peine quelques secondes après avoir commencé leur prestation. C’est le cas d’Émanuelle Robitaille, 27 ans, doctorante en psychologie et chanteuse à ses heures.
«Le stress qu’on vit dans ces moments-là, c’est terrible, observe la jeune femme. Par contre, je me sentais très en confiance avec cette chanson de James Brown, un coup de cœur musical où j’ai pu faire valoir ma voix.» Le jazz, le gospel, le soul et le blues sont d’ailleurs les genres musicaux qui font vibrer les cordes sensibles de cette personne au charme fou.
Mais qu’est-ce qui peut bien inciter cette étudiante accomplie à participer à un concours télévisé où les chanteurs sont éliminés les uns après les autres?
Du plus loin qu’elle se souvienne, elle a toujours considéré la musique comme une partie importante de son univers. Née avec une tumeur cancéreuse à la moelle épinière, la petite Émanuelle pleure beaucoup lors des séances de radiologie visant à éradiquer son cancer. Pour la calmer et l’aider à s’endormir, sa mère lui chante inlassablement des comptines. La petite fille triomphe de la maladie, mais elle demeure en fauteuil roulant, baptisé «Nathalie» en hommage à la jeune Nathalie Simard qu’elle admire alors au plus haut point. Avec la petite enregistreuse qu’on lui a offerte en cadeau, elle s’invente un monde, se met dans la peau des chanteuses qu’elle admire. Traînant son baladeur partout où elle va, fredonnant des airs de Lara Fabian ou des Spice Girls, Émanuelle a la voix dans les voiles.
Le déclic se produit un certain midi au début de l’adolescence. Attablée au restaurant avec des copains, la voilà qui fredonne une chanson jouant en sourdine. Ses amis la complimentent. «C’est à partir de ce moment que je me suis mise à travailler ma voix, explique-t-elle. Et ce désir ne m’a plus lâchée depuis.» À l’époque, Mariah Carey, Whitney Houston, Marjo et Offenbach comptent parmi ses artistes préférés. Au secondaire, elle remporte la finale secondaire en spectacle pour son école. En 2003, ne reculant devant rien, elle s’inscrit à l’émission Star Académie et réussit à passer les auditions avec une chanson de Christina Aguilera, autre chanteuse à voix. Sa candidature ne sera pas retenue, mais Émanuelle aura eu la piqûre.
«Je voulais passer un test, me mettre en danger», soutient-elle pour expliquer son choix. Sans dire qu’une force invisible la pousse vers des horizons inconnus, Émanuelle n’aime ni le confort ni l’indifférence, elle qui vit justement la différence au quotidien.
C’est peut-être cette sensation d’être différente des autres et de pouvoir comprendre les maux des autres qui l’a incitée à choisir la psychologie. «Dans mon cercle d’amis, j’étais celle qui recevait les confidences. Encore aujourd’hui… Et puis, j’ai toujours été fascinée par les mécanismes de la pensée et par la façon dont notre cerveau fonctionne. Comment on se protège de ce qui peut nous blesser.»
Après avoir effectué un certificat en travail social et un baccalauréat en psychologie, celle qui se définit comme une «hyperactive du cerveau» a entrepris son doctorat il y a bientôt trois ans. Sur 250 étudiants au baccalauréat, une quarantaine sont admis à poursuivre leurs études dans ce programme très contingenté. «C’est une grande fierté pour moi que d’avoir été acceptée», dit la jeune femme, dont la thèse porte sur le jeu pathologique chez les jeunes à risque.
Mais la doctorante en psychologie ne peut négliger la petite voix intérieure qui la pousse vers la scène. «D’un côté, je veux aider les autres. D’un autre côté, la musique m’a toujours accompagnée. Je ne l’ai jamais considérée comme une façon réaliste de gagner ma vie, mais je me sens très heureuse en ce moment», confie-t-elle. Interrogée sur un éventuel saut dans la chanson, la dame répond très franchement. «Pour l’instant, je suis inscrite à temps plein à l’Université et je souhaite être psychologue un jour. Mais si des portes s’ouvrent et que les gens sont là pour m’écouter, je serai là pour chanter.»
L’émission La Voix est présentée tous les dimanches, lundis et mercredis à 19h30, sur la chaîne TVA.


























