Société

Une superpuissance en convalescence

Selon Yan Cimon, l’économie américaine a évité le pire, mais elle est encore loin d’avoir recouvré la santé

Par : Yvon Larose
Il reste à voir si le plan de relance du gouvernement américain aura un effet durable sur l'économie, notamment du côté des constructeurs automobiles.
Il reste à voir si le plan de relance du gouvernement américain aura un effet durable sur l'économie, notamment du côté des constructeurs automobiles.
Le 29 octobre, le Département américain du commerce a annoncé que le produit intérieur brut avait progressé de 3,5 % en rythme annuel au troisième trimestre. Pour la première fois depuis le deuxième trimestre de 2008, cet indicateur économique se retrouvait en territoire positif. «C’est une bonne nouvelle, affirme Yan Cimon, professeur de stratégie au Département de management. Mais il faut comprendre que ce résultat est de beaucoup imputable aux dépenses colossales consenties par l’administration Obama pour relancer l’économie. Une certaine partie de cette hausse vient de la prime pour envoyer à la casse les véhicules usagés et les remplacer par des véhicules neufs. Il reste à voir si le plan de relance du gouvernement aura un effet de stimulation durable sur l’économie.»

Le lundi 2 novembre, le professeur Cimon participait, au pavillon Charles-De Koninck, à une table ronde des Hautes études internationales sur le bilan de l’administration Obama. Rappelons que le président américain est entré en fonction en janvier dernier. Une de ses décisions les plus importantes a été d’autoriser l’emprunt de 787 G$ pour stimuler une économie mise à mal par une crise financière majeure suivie d’une grave récession, la pire depuis celle des années 1930. «Ce qu’on peut dire, explique Yan Cimon, est que le pire a été évité. Le plan de sauvetage du système financier de 700 G$ de l’administration Bush et le plan de relance de l’administration Obama ont empêché les États-Unis de tomber dans le gouffre. Mais l’économie américaine n’est pas nécessairement très loin du gouffre encore.»

Le chômage inquiète
Le système financier américain est maintenant stabilisé et la sortie de récession se confirme de plus en plus. «Mais le taux de chômage approche des 10 % et il va certainement ralentir la reprise économique dans une certaine mesure, indique le professeur Cimon. On craint maintenant une sortie de crise sans création d’emplois.» Selon lui, un autre aspect qui va aussi ralentir la reprise est l’endettement des consommateurs. Dans ce pays, les dépenses de consommation représentent plus de 70 % de l’activité économique. «Les ménages américains sont encore très endettés et ils ont une propension très forte à épargner et à rembourser leurs dettes, souligne-t-il. Moins d’argent retourne donc dans l’économie.»

Les 1 500 G$ injectés par les administrations Bush et Obama dans le système financier et dans l’économie sont venus alourdir une dette publique déjà considérable. Au 28 octobre, la dette totale atteignait 11 893 milliards de dollars. «La dette n’est pas à la veille de se résorber, affirme Yan Cimon. Barack Obama cherche à la fois un peu plus de rigueur budgétaire et à mettre de l’ordre dans l’économie. Mais je serais surpris qu’il réussisse, dans les prochaines années, à contrôler les déficits et la croissance de la dette.»

Le 14 septembre, le président Obama a mis en garde les financiers de Wall Street qu’il ne tolérerait pas un retour aux pratiques qui ont contribué à ébranler le système financier mondial. Il veut, entre autres, moderniser le système de régulation des institutions financières. «Le système financier américain a besoin d’une réglementation forte et de balises, soutient le professeur Cimon. Mais le gouvernement ne doit pas céder à la tentation de la surréglementation. Il faut laisser aux acteurs financiers la liberté de décider. À trop réformer le système, on risque de le fragiliser.» Selon lui, il ne fait aucun doute que l’économie américaine, flexible et extrêmement dynamique, va retrouver sa puissance d’antan.

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