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«Paris est libre!»

De Charles VII à Charles de Gaulle, l’entrée dans la capitale française a marqué les débuts d’une nouvelle ère de réconciliation

Par : Renée Larochelle
Libération de Paris: Charles de Gaulle descend les Champs-Élysées le 26 août 1944.
Libération de Paris: Charles de Gaulle descend les Champs-Élysées le 26 août 1944.
La veille du 25 août 1944, au soir de la Libération de Paris lors de la Seconde Guerre mondiale, le général Charles de Gaulle prépare son entrée dans la capitale. «J’ai moi-même, par avance, fixé ce que je dois faire dans la capitale libérée, écrit-il dans ses mémoires. Cela consiste à rassembler les âmes en un seul élan national, mais aussi à faire paraître tout de suite la figure et l’autorité de l’État.» On connaît la suite: le général de Gaulle descendra triomphalement les Champs-Élysées, acclamé par une foule en délire estimée à deux millions de personnes. «Comme d’autres personnages marquants de l’histoire de France l’ont fait avant lui au terme d’une période de conflit, de Gaulle fait de l’entrée dans Paris une occasion unique de mobiliser les forces vives de l’État, de les unir dans une même communion nationale facilitant la réconciliation», explique Michel De Waele, professeur et directeur du Département d’histoire dans un article pour lequel il a mérité le prix Koren décerné par la Society for French Historical Studies récompensant le meilleur article portant sur l’histoire de France, publié en 2009 dans une revue nord-américaine ou européenne par un chercheur nord-américain. Intitulé «Paris est libre! L’entrée comme événement réconciliateur de Charles VII à Charles de Gaulle», l’article a paru en janvier dans la revue French History
 
Sous le signe du pardon
Aux fins de sa recherche, Michel De Waele s’est penché sur l’entrée dans Paris de Charles VII le 12 novembre 1437 au terme de la confrontation entre les Armagnacs et les Bourguignons, celle d’Henri IV du 22 mars 1594 survenue à la fin des guerres de Religion, celles du duc d’Artois le 12 avril 1814 et de Louis XVIII le 3 mai suivant lors de la Restauration et enfin, sur la descente de Charles de Gaulle, le 26 août 1944. «L’événement met pour la première fois en contact le dirigeant avec la population et les autorités locales, souligne Michel De Waele. En effet, tous ces personnages avaient ceci de particulier que les Parisiens ne les connaissaient que peu, voire en avaient une image déformée par la propagande de leurs adversaires. C’est le cas du général de Gaulle, présenté par Philippe Pétain comme un ennemi de la France.»
   
L’entrée réconciliatrice ne permet pas toujours de planifier la cérémonie dans ses moindres détails, de souligner Michel De Waele. Lors de l’entrée d’Henri IV par exemple, les Parisiens ne peuvent pas préparer l’entrée du souverain dans leur ville parce qu’ils ne sont informés de sa venue quelques heures seulement avant son arrivée. En revanche, Charles VII profitera d’une entrée somptueuse, les édiles municipaux ayant mis près de 20 mois à préparer la cérémonie d’une logistique compliquée, avec remise des clefs de la ville au souverain et parcours majestueux ponctué de tableaux célébrant la grandeur du royaume avec, pour point d’orgue, la messe à la cathédrale Notre-Dame, le tout sous le regard admiratif de la foule qu’on imagine silencieuse et recueillie. L’entrée réconciliatrice se traduit également par des gestes d’unité entre les différents partis, garants d’un avenir meilleur. C’est en effet sous le signe du pardon royal octroyé à l’ancien ennemi que Charles VII, Henri IV et Louis XVIII placent leur retour à Paris.     

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