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Le microbiote associé à certains effets santé du bleuet

Les polyphénols du bleuet réduiraient la prise de poids par l'intermédiaire du microbiote intestinal

On savait que les bleuets aidaient à prévenir l'obésité et la résistance à l'insuline et on soupçonnait que cet effet protecteur provenait de leur contenu en polyphénols. Des chercheurs de l'Université Laval viennent d'écrire une nouvelle page de cette fascinante histoire en démontrant que ces polyphénols exerceraient leur action, en partie du moins, en modifiant le microbiote intestinal. C'est ce qu'ils rapportent dans une étude qui vient de paraître dans la revue American Journal of Physiology – Endocrinology and Metabolism.

Pour faire cette démonstration, les chercheurs ont soumis des souris à cinq diètes différentes pendant 12 semaines. Les deux premiers groupes recevaient de la moulée équilibrée ou de la moulée riche en sucres et en gras. Les trois autres recevaient de la moulée riche en sucres et en gras additionnée d'extraits de bleuets, d'anthocyanosides ou de proanthocyanidines, deux familles de polyphénols présents dans le bleuet.

Comme prévu, les souris soumises à une diète riche en sucres et en gras ont pris davantage de poids que celles nourries avec une moulée équilibrée. Par contre, les souris du groupe proanthocyanidines ont pris 25% moins de poids que celles soumises exclusivement à un régime riche en sucres et en gras.

«La consommation calorique était la même dans ces deux groupes, mais les souris qui ont reçu des proanthocyanidines étaient plus actives physiquement. Nous croyons que ces polyphénols favorisent certaines bactéries intestinales qui produisent des signaux agissant sur des régions du cerveau impliquées dans l'activité locomotrice», explique le responsable de l'étude, André Marette, professeur à la Faculté de médecine et chercheur au Centre de recherche de l'Institut universitaire en cardiologie et en pneumologie de Québec et à l'Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF).

Transplantation de microbiote

Pour démontrer que l'effet sur la prise de poids était lié au microbiote intestinal, les chercheurs ont utilisé les fèces produites par des souris de chacun des cinq groupes et ils les ont «transplantées» chez des souris axènes, c'est-à-dire dépourvues de germes. «Nous mettons les fèces de souris donneuses en suspension dans une solution qui est ensuite servie aux souris receveuses», explique le professeur Marette. Résultat? Les souris à qui les chercheurs ont transplanté le microbiote de souris du groupe proanthocyanidines ont elles aussi pris moins de poids.


« Le microbiote s'impose comme un «organe» central impliqué dans toutes les maladies chroniques sociétales qui ont l'inflammation comme dénominateur commun. »
André Marette

En ce qui concerne la résistance à l'insuline, les chercheurs ont noté une amélioration dans les deux groupes de souris dont la moulée contenait des polyphénols. La transplantation du microbiote intestinal de ces souris chez des souris axènes a produit le même effet chez ces dernières.

«Les polyphénols du bleuet que nous avons testés réduisent la prise de poids et améliorent la résistance à l'insuline chez des souris soumises à un régime alimentaire de mauvaise qualité. Au moins une partie de ces effets bénéfiques est associée au microbiote intestinal», résume André Marette.

Aussi chez l'humain?

Les mêmes mécanismes pourraient-ils exister chez l'humain? «Oui, tout à fait, répond le chercheur. Des études cliniques effectuées à l'INAF ont montré que des polyphénols de fruits comme la canneberge et la fraise diminuent l'inflammation et améliorent la sensibilité à l'insuline. Nous avons des protocoles cliniques en cours avec plusieurs fruits afin de déterminer le rôle du microbiote dans ces effets bénéfiques.»

Les études qui suggèrent que le microbiote intestinal intervient dans de nombreux mécanismes physiologiques et dans leur dérèglement se multiplient, constate André Marette. La cause de cette effervescence? «Le microbiote s'impose comme un “organe” central impliqué dans toutes les maladies chroniques sociétales qui ont l'inflammation comme dénominateur commun.»

Les autres auteurs de l'étude parue dans l'American Journal of Physiology – Endocrinology and Metabolism sont Ariane Morissette, Camille Kropp, Jean-Philippe Songpadith, Rafael Junges Moreira, Janice Costa, Roger Mariné-Casadó, Geneviève Pilon, Philippe St-Pierre et Vanessa Houde, de la Faculté de médecine, et Thibault Varin, Stéphanie Dudonné, Lemia Boutekrabt, Emile Levy, Denis Roy, Yves Desjardins et Frédéric Raymond, de l'INAF.

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