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La reine mouchetée

L’équipe du biologiste Louis Bernatchez aide l’omble de fontaine à reprendre son trône dans certains lacs du parc de la Mauricie

À l’origine, les 130 lacs situés sur le territoire du parc national de la Mauricie abritaient cinq espèces de poissons, dont la reine de ces eaux, la truite mouchetée (omble de fontaine). Aujourd’hui, on y trouve 19 espèces et la truite mouchetée ne fréquente plus que 54 de ces lacs. «Le flottage de billots, la perturbation des habitats et l’introduction d’espèces de poissons utilisées comme appâts vivants ont contribué au déclin de l’omble de fontaine dans certains lacs», explique Louis Bernatchez, professeur au Département de biologie.
  
En 2005, les autorités du parc ont lancé le projet «Du billot au canot» dans le but de restaurer les conditions écologiques qui prévalaient initialement dans une douzaine de lacs de ce territoire. On prévoit démolir des barrages pour ramener le niveau de l’eau à sa hauteur d’antan, enlever le bois mort qui jonche les fonds, éliminer les espèces de poissons introduites et y réintroduire des truites mouchetées. Comment choisir les Adams et Èves qui repeupleront ces lacs? Parcs Canada a fait appel à l’équipe du professeur Bernatchez pour l’aider dans ce projet. «Nous avons élaboré le plan de reproduction de l’omble de fontaine pour cinq lacs», précise le spécialiste de la génétique du poisson.
   
Puisque le but poursuivi par Parcs Canada est de recréer le plus fidèlement possible la situation naturelle d’antan, les géniteurs proviennent du lac même qui fait l’objet d’une intervention. Lorsqu’il n’y a plus omble qui vive dans le lac, comme c’était le cas au lac Tessier qui a fait l’objet de la première intervention en 2005, les biologistes prélèvent les géniteurs dans le lac le plus près de façon à maximiser la ressemblance génétique avec la population éteinte. Grâce aux œufs et à la semence de ces géniteurs, les biologistes ont effectué 70 croisements dont la progéniture a été élevée en pisciculture. En 2006, 15 000 jeunes ont été libérés dans les eaux du lac Tessier. «Nous avons jugé que c’était le nombre requis compte tenu de la mortalité naturelle et de la nécessité de maintenir un certain degré de diversité génétique», explique Louis Bernatchez. À la surprise des biologistes, les jeunes d’un an se sont reproduits, alors qu’on n’espérait un premier frai que la deuxième ou la troisième année seulement. «Les poissons ont grossi de 500 à 600 g dans un an, ce qui est exceptionnel», ajoute le professeur.
   
Jusqu’à présent, les observations portent à croire que la cure de jouvence du lac Tessier se déroule bien. Quatre autres lacs feront l’objet d’une renaturalisation cette année. «Nous connaissons le génotype des poissons que nous introduisons dans les lacs et nous avons l’intention de “génotyper” les poissons qui vont un jour constituer leurs populations. Sur le plan théorique, c’est une situation idéale pour étudier certains aspects de la biologie de ces poissons en fonction de leur génotype», souligne le professeur Bernatchez.

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