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De l'or dans les mines abandonnées

Une étude démontre le potentiel géothermique de l’ancienne mine de cuivre de Murdochville

Par : Jean Hamann
Même vidées de leurs ressources minérales, les mines abandonnées du Québec renferment un trésor qui n’attend qu’à être exploité: l’énergie géothermique. «Ce n’est pas du pétrole, mais la chaleur de la Terre est une source d’énergie fiable, renouvelable et continue, qui ne produit pas de gaz à effet de serre et qui peut représenter des économies de chauffage substantielles», fait valoir Jasmin Raymond, spécialiste de cette filière énergétique.

L’étudiant-chercheur du Département de géologie et de génie géologique connaît le sujet en profondeur. Avant d’entreprendre ses études de maîtrise sur le potentiel géothermique de l’ancienne mine de cuivre de Murdochville, il travaillait pour une entreprise qui exploitait l’énergie géothermique des volcans du Salvador pour produire de l’électricité. À son retour au Québec, il constate que, si les volcans sont rares, les mines souterraines abandonnées, elles, sont légions;  il y en aurait 165 qui constituent autant de filons géothermiques. «Lorsque j’ai appris que les responsables de Murdochville voulaient relancer l’économie de leur ville en misant sur les énergies renouvelables, je les ai contactés pour leur présenter mon projet», raconte-t-il.

Sous la supervision du professeur René Therrien, l’étudiant-chercheur a examiné la possibilité de convertir les anciennes installations de la mine, fermée en 1999, en énorme puits géothermique grâce auquel on chaufferait les bâtiments du parc industriel de Murdochville. En effet, les 4 millions de mètres cubes d’eau qui se sont accumulés dans les anciens couloirs de la mine absorbent l’énergie qui provient des couches profondes de la Terre. «Près de la surface, l’eau est à une température de 4 à 5 degrés Celsius, mais dans les galeries situées à 600 mètres de profondeur, on a enregistré des températures de 9 degrés Celsius. En moyenne, l’eau que nous avons pompée atteint presque 7 degrés Celsius.» Même si pareille eau est glaciale au toucher, elle renferme de l’énergie qui peut être extraite à l’aide de pompes à chaleur.

Selon les calculs de l’étudiant, un système géothermique branché sur un puits constitué par les couloirs de l’ancienne mine générerait une puissance maximale de 735 kilowatts, ce qui permettrait de chauffer une superficie totale de plancher de 14 000 mètres carrés, soit l’équivalent du pavillon Félix-Antoine Savard, l’une des deux tours sur le campus. Le plus important: la facture de chauffage serait environ trois fois plus faible qu’avec un système au mazout, a-t-il calculé. Selon ses projections, un tel système s’autofinancerait en un peu plus de six ans. Pareille réduction de la facture de chauffage pourrait séduire d’éventuels investisseurs intéressés à s’établir en Gaspésie, espère le comité de relance de Murdochville.

Rêverie d’ingénieur que tout ça? Il semble que non. D’une part, les autorités de Murdochville ont mandaté une firme pour étudier la faisabilité du projet en vue de son éventuelle réalisation. Pendant ce temps, l’Association québécoise pour la maîtrise de l’énergie et l’Agence pour l’efficacité énergétique ont récompensé Jasmin Raymond en lui décernant le prix du meilleur projet étudiant de 2e ou 3e cycle lors du gala Énergia 2006 qui a eu lieu le 8 novembre. Enfin, le 4 décembre à Montréal, l’étudiant-chercheur a été invité à présenter les grandes lignes de son mémoire aux participants du Forum sur les occasions d’affaires reliées à la stratégie énergétique du Québec 2006-2015.

Les conclusions de son étude ne se limitent pas à Murdochville, croit-il. «L’énergie géothermique pourrait profiter aux industries, mais aussi au secteur résidentiel des villes situées à proximité de mines abandonnées. Il suffirait d’installer un pipeline qui distribuerait l’eau aux résidences, à la façon d’un réseau d’aqueduc.» Maintenant inscrit au doctorat, Jasmin Raymond  prouve qu’il a de la suite dans les idées: il étudie le potentiel géothermique des amas de roches déposées à proximité des mines à ciel ouvert en Abitibi, «tout en gardant un oeil sur ce qui se passe à Murdochville», avoue-t-il toutefois.

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