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Aspirine pour bébé

Le vénérable médicament pourrait être salutaire pour certaines femmes enceintes, mais encore faut-il savoir lesquelles

La prise quotidienne d'aspirine pendant les 16 premières semaines de grossesse réduit de 60% les risques de prééclampsie. Cette efficacité est encore plus élevée pour les formes sévères de cette maladie.
La prééclampsie est un problème d'hypertension de grossesse qui augmente le risque de prématurité et qui entraîne chaque année la mort d'environ 76 000 femmes et 500 000 enfants dans le monde. Par bonheur, le risque de prééclampsie peut être réduit de 60% par la prise quotidienne d'aspirine pendant les 16 premières semaines de grossesse. Toutefois, en raison des propriétés anti-plaquettaires de ce médicament, il n'est pas question d'en recommander à toutes les femmes enceintes. Y a-t-il moyen de reconnaître dès le début de la grossesse celles pour qui la prise d'aspirine apporterait plus de bienfaits que de risques?

C'est la question à laquelle se sont attaqués des chercheurs de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval. Cette équipe, dirigée par le professeur Emmanuel Bujold, a étudié les liens entre différentes formes d'hypertension de grossesse et les caractéristiques de 4 683 femmes qui étaient enceintes pour une première fois.

Les conclusions des chercheurs, qui viennent de paraître dans le Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine, suggèrent que le fait que la mère soit obèse – indice de masse corporelle (IMC) d'au moins 30 – augmente de 2,6 fois le risque d'hypertension de grossesse, de 2,4 fois le risque de prééclampsie et de 2,7 fois le risque de prééclampsie survenant avant la 37e semaine de grossesse. «Cette dernière forme d'hypertension est la plus sévère et elle force l'accouchement prématuré du bébé. C'est aussi celle pour laquelle l'aspirine est la plus efficace», souligne Emmanuel Bujold.

Les chercheurs ont aussi montré que le risque d'hypertension de grossesse augmente en fonction directe de l'indice de masse corporelle, ce qui permet d'établir avec plus de précision le risque de chaque femme. Présentement, la Société des obstétriciens et des gynécologues du Canada, tout comme son pendant américain, recommande la prise quotidienne d'aspirine à toutes les femmes qui ont un IMC d'au moins 30 et qui entament une première grossesse.

Cette approche binaire a deux conséquences néfastes, analyse le professeur Bujold. D'une part, les femmes qui ont plusieurs facteurs de risque de prééclampsie, mais dont l'IMC est de 29, ne reçoivent pas d'aspirine, alors qu'il faudrait peut-être leur en prescrire. D'autre part, on prescrit de l'aspirine à des femmes qui n'en ont pas besoin. «Dans notre échantillon, 14% des femmes étaient obèses, mais seulement le quart ont fait de l'hypertension de grossesse. La valeur prédictive de la variable obèse/non obèse est faible», constate-t-il.

Les travaux menés au cours des dernières années par le professeur Bujold et ses collaborateurs ont conduit à l'élaboration d'un outil dont la valeur prédictive est d'au moins 70%. «Il intègre plusieurs facteurs de risque qui sont facilement mesurables, de sorte qu'il peut être utilisé partout, même dans les pays en développement. Notre outil est gratuit et l'aspirine ne coûte à peu près rien, précise le chercheur. Dans les pays qui ont plus de ressources, on pourrait ajouter quelques biomarqueurs de prééclampsie et la valeur prédictive dépasserait 80%.»

Son équipe termine présentement les analyses d'une recherche qui visait à valider l'outil auprès de 12 000 femmes de Québec. La publication des résultats aura lieu sous peu. Si tout va bien, l'outil sera offert en clinique dès cet automne à plus de 5 000 femmes enceintes de la région de Québec.

Les auteurs de l'étude parue dans le Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine sont Cédric Gasse, Amélie Boutin, Suzanne Demers, Nils Chaillet et Emmanuel Bujold.

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