Chroniques

Trois questions à Jean-Claude Dufour

Pendant plusieurs mois, la Commission sur l’avenir de l’agriculture et de l’agroalimentaire a sillonné le Québec. Au menu des discussions, l’examen  de l’efficacité des interventions publiques, l’environnement, la santé, l’occupation du territoire. Le rapport des commissaires comprenant un diagnostic, mais surtout des stratégies pour l’agriculture de demain, doit sortir en janvier prochain. Jean-Claude Dufour, professeur au Département d’économie agroalimentaire, a participé à ces travaux de consultation en présentant notamment un mémoire au nom de l’Alliance de la transformation alimentaire,  l’ALTA.

Q Dans votre intervention, vous avez souligné la fragilité financière et la faible productivité des transformateurs agroalimentaires au Québec depuis quelques années. Quelles en sont les causes?

R Les transformateurs québécois se trouvent pris en étau entre le monopole des fournisseurs et la concentration des distributeurs. D’un côté, il leur faut passer par des agences de vente pour avoir accès à des productions contingentées, comme les œufs, la volaille, le lait, et de l’autre, ils se heurtent à trois grossistes qui contrôlent la distribution de détail. Pour avoir accès aux tablettes des magasins, les transformateurs doivent offrir des produits performants, à bon prix, et assumer aussi la promotion, la publicité, les frais de circulaire. Il faut savoir qu’au Québec  70 % des entreprises du secteur sont des PME. Elles entrent en compétition avec des multinationales comme Coca-Cola, Kraft, General Food qui, en Ontario, ont développé leur propre marque de produits.

Q Que peuvent faire les transformateurs dans ces conditions?

R Deux possibilités s’ouvrent aux entreprises. Embarquer dans la mouvance de la mondialisation et lancer des partenariats financiers sur le modèle de l’industrie informatique pour fabriquer les produits ailleurs, en Chine par exemple. Ou encore collaborer avec les gouvernements afin d’accéder à l’innovation et avec les producteurs pour assouplir les mécanismes d’approvisionnement. On pourrait imaginer un partenariat, par exemple, entre l’Union des producteurs agricoles et les transformateurs afin de développer des marques nationales fortes et avoir ainsi accès à des marchés à l’étranger. Cela peut se faire dans le lait, dans le porc ou autre. Actuellement, le système  repose sur l’affrontement, il faudrait enfin passer à la collaboration pour faire face à la mondialisation. Déjà,  20 % des produits en épicerie viennent de l’étranger, il ne faut pas faire l’autruche.

Q Quelles sont les attentes des consommateurs?

R Les marchés s’orientent de plus en plus vers des produits multiethniques,  mais je ne suis pas sûr que la production québécoise soit prête à y répondre. Des murs d’épicerie sont désormais consacrés à des menus complets congelés, et je ne suis pas certain encore là que l’industrie d’ici puisse répondre à ce nouveau besoin. Pas plus qu’en matière de traçabilité des aliments ou d’identification des OGM. J’ai du mal à comprendre aussi comment on va répondre à l’engouement pour le biologique lorsqu’on sait que près de 95 % de ce marché vient actuellement de l’étranger. Des pays comme les États-Unis et la France ont déjà orienté leur production dans cette direction. Ici, disons que l’adaptation des producteurs est beaucoup plus lente.

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