Chroniques

Trois questions à Guy St-Michel

Sur l'héritage politique et spirituel de Ghandi

Le 30 janvier 1948, Gandhi tombait sous les balles d’un extrémiste hindou qui reprochait à cet adepte de la non-violence ses liens avec les musulmans. En 1998, le Cercle Gandhi naissait à l’Université Laval, à l’occasion du cinquantième anniversaire de cet assassinat, afin de rassembler les étudiants et les employés désirant échanger en toute liberté sur la spiritualité ou la religion. Un des fondateurs, Guy St-Michel, directeur adjoint du Bureau d’accueil et d’animation, analyse l’héritage politique et spirituel d’un leader qui marqué le dernier siècle.

Q Gandhi a-t-il vraiment réussi l’indépendance de l’Inde?

R  Il est parvenu à libérer le pays de l’Empire britannique, pour en faire un État développé. Ottawa a l’air d’un petit campement lorsqu’on se trouve sur la grande artère de New Delhi bordée de grands édifices gouvernementaux. Un des rêves de Gandhi, celui d’unifier l’Inde, a aussi été accompli, surtout grâce à Nehru, qui lui a succédé et qui connaissait bien sa pensée. Il a convaincu les maharajahs de donner ou de vendre leur territoire, et les États princiers ont disparu. Aujourd’hui, l’Inde a atteint un certain niveau démocratique qui peut servir de modèle à bien des pays dans le monde. Reste cependant la question non réglée de la partition du Pakistan, qui a poussé à la militarisation. Gandhi l’a vécue comme un immense échec à la fin de sa vie.

Q  Gandhi a-t-il finalement gagné son combat pour supprimer les castes?

R  Je ne pense pas qu’il voulait les abolir. Il luttait plutôt pour la suppression de l’intouchabilité. Environ un quart de la population indienne était mise à l’écart au nom de principes philosophico-religieux. Pour Gandhi, les intouchables étaient des enfants de Dieu. En les appelant ainsi, il changeait le regard de la population sur eux, l'invitait à les considérer comme des frères, eux que l’on traitait comme de la boue. Aujourd’hui, les conditions de vie des intouchables se sont considérablement améliorées. Désormais, ils ont accès à des emplois dans l’armée, dans la fonction publique, dans le commerce, des fonctions qu’ils ne pouvaient exercer auparavant.

Q Son action aura-t-elle modifié l’Inde en profondeur?

R  Gandhi n’était pas un politicien, il n’appartenait pas à une formation politique proprement dite. Il n’était pas non plus un brahmane, chargé de transmettre les enseignements de sa religion. Par contre, son engagement a considérablement contribué à la transformation sociopolitique de son peuple, de son pays. Il a puisé dans sa religion hindouiste une motivation pour développer sa pensée, son analyse, sa force aussi. La non-violence qu’il prônait plonge ses racines dans la tradition de l’Inde, notamment dans la religion des jaïns, apparue à la même époque que le bouddhisme. D’après moi, le génie de Gandhi, c’est d’avoir utilisé cette force constructrice, la non-violence, non seulement pour le salut d’un individu, mais pour permettre à une collectivité de reconstruire son vivre-ensemble.  De son ascèse personnelle et spirituelle, il a fait une ascèse collective pour changer son peuple, changer son pays. Par ailleurs, il invitait les gens qui le suivaient à revenir à leurs sources religieuses, quelles qu’elles fussent. À une époque où le dialogue interreligieux n’existait pas, c’est fascinant de voir comment cet homme-là a pu faire comprendre aux gens que les réalités religieuses dont ils se réclament doivent avoir une incidence dans leur vie de tous les jours.


Propos recueillis par Pascale Guéricolas

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