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De la lecture pour Noël

Amateurs de romans, de poésie, d’essais, d’ouvrages historiques ou de livres d’art, voici 10 publications récentes pour passer le temps des Fêtes en bonne compagnie

Par : Matthieu Dessureault

Plusieurs auteurs issus de l’Université Laval offrent de nouveaux titres à l’approche de Noël. Voici une sélection de livres signés par des étudiants, des enseignants ou des diplômés.

Jean Leloup. Le principe de la mygale (L’instant même), de Nadia Murray

Artiste coloré et imprévisible, encensé à la fois par le public, la critique et l’industrie, Jean Leloup a été peu étudié en contexte universitaire. Voilà ce qui a incité Nadia Murray à réaliser un mémoire de maîtrise sur son œuvre. Sa recherche, encadrée par le professeur en littérature François Dumont, est maintenant disponible sous forme d’essai chez L’instant même.

L’auteure s’est intéressée aux différentes identités artistiques de Jean Leloup depuis le début de sa carrière. Le titre du livre fait d’ailleurs référence au film La mygale jaune, dans lequel il «assassinait» son personnage de scène pour redevenir Jean Leclerc, son nom de naissance. On se souviendra qu’il a aussi été John the Wolf, Johnny Guitar, Roi Ponpon et Massoud Al-Rachid, entre autres pseudonymes.

À partir des textes, de la musique et du visuel des pochettes, Nadia Murray a analysé chacun des albums en y accolant un qualificatif: «imposteur» pour Menteur, «insolent» pour L’amour est sans pitié, «polymorphe» pour Le dôme, «décadent» pour Les fourmis et ainsi de suite. En résulte un regard original sur l’œuvre de Leloup qui permet de saisir toute la complexité de sa démarche au fil des ans. Le livre, qui pullule d’extraits d’entrevues et de références en littérature scientifique, plaira autant aux fans de l’artiste qu’aux lecteurs intéressés par l’étude de la musique populaire. À lire avec, en fond sonore, les albums en ordre chronologique.


« La mygale est une araignée qui mue incessamment: un peu à la manière de cet insecte, l’identité artistique de Leloup s’est développée au rythme incessant des mutations. »
Extrait du livre

La mort d’un commis de dépanneur (Lévesque Éditeur), de Jean-François Aubé

Le dépanneur, c’est le lieu par excellence pour observer la faune urbaine. Certains y entrent en vitesse pour acheter une pinte de lait, d’autres y viennent pour combler une envie de sucré ou simplement pour socialiser. Dans son premier roman, Jean-François Aubé exploite le potentiel narratif de ce microcosme éclectique.

Ayant décidé de changer de vie à cause d’une dette qu’il est incapable de rembourser, un jeune homme commence un nouvel emploi dans un dépanneur d’un quartier populaire. Avec humour, il décrit l’ambiance et le décor vétuste du commerce. Puis, il apprend à connaître ces habitués qui l’entourent. Le récit, parfois touchant, met en lumière des enjeux sociaux comme la solitude, l’alcoolisme et le jeu compulsif.

Jean-François Aubé a étudié en philosophie, en histoire et en cinéma. Il a publié un recueil de nouvelles, Les yeux de la Nation, et plusieurs textes dans diverses revues, dont XYZ. La revue de la nouvelle. Il travaille aussi dans le milieu du cinéma comme réalisateur et scénariste.


« C’est quand même un drôle de métier, commis de dépanneur. Vous passez la moitié de votre temps à regarder des gens qui ne savent pas ce qu’ils veulent. […] Cette possibilité de choisir entre de la cochonnerie et de la cochonnerie ouvre une petite liberté dérisoire et mesquine, une brèche dans laquelle s’engouffre leur ennui. »
Extrait du livre

Fais de beaux rêves (Boréal), de Virginie Chaloux-Gendron

Virginie Chaloux-Gendron livre un premier roman sur le thème de la maternité. Dans une suite de courts chapitres, une jeune femme revient sur la naissance et les premiers moments de vie de son fils. Entre sa grossesse non planifiée, sa relation qui bat de l’aile avec son amoureux et son désir de poursuivre ses études littéraires à l’Université Laval, elle imagine le pire: la mort subite de son enfant.

En abordant une telle tragédie, Virginie Chaloux-Gendron met des mots sur une hantise qui habite bon nombre de parents. En partie autobiographique, ce roman découle d’un travail réalisé dans le cadre d’un cours à l’Université. L’auteure a aussi publié le recueil de poésie Cerises de terre aux Éditions du Noroît en 2019.


« Chaque jour, tu recules un peu plus dans ma mémoire. C’est à peine perceptible et, pourtant, c’est à l’œuvre. Je tends les bras. Tout m’échappe. Chaque jour emporte un détail, abaisse l’horizon. »
Extrait du livre

Nature morte au couteau (Le Quartanier), d’Anne-Marie Desmeules

Après avoir commis l’irréparable, une femme quitte la ville dévastée pour s’enfoncer dans la forêt. Dans sa fuite, elle doit lutter contre le froid, la faim, la promiscuité et les pilleurs. Avec Nature morte au couteau, Anne-Marie Desmeules met en scène un monde inquiétant aux allures postapocalyptiques. Sa plume, qui foisonne de figures de style et d’images oniriques, démontre sa grande maîtrise de la langue.

L’auteure est doctorante en études littéraires. En plus de ce roman, elle a publié chez l’Hexagone le recueil Le tendon et l’os, qui a remporté le Prix littéraire du Gouverneur général et le Prix des libraires en poésie, et Cette personne très laide qui s’endort dans mes bras. On lui doit aussi plusieurs spectacles littéraires.


« Nous nous sommes engouffrés dans un mètre d’eau glacée, dans le paysage désolé de la tourbière. La sarracénie, bouches pointées vers les nuages, attendait sa pitance tandis que nous luttions pour émerger de la fosse. »
Extrait du livre

Sanités (Moult Éditions), de Carol-Ann Belzil-Normand

Chargée de cours à l’École de design et doctorante en littérature et arts de la scène et de l’écran, Carol-Ann Belzil-Normand est avant tout une artiste de l’image. Elle a réalisé plusieurs œuvres visuelles et courts métrages, en plus de donner le cours Production en animation, consacré aux techniques de manipulation de l’image numérique.

L’artiste s’est tournée vers la poésie après avoir constaté que de nombreux auteurs diffusent du contenu d’intérêt sur Instagram. Sanités est son premier recueil. L’histoire est celle d’une «fille plate qui veut écrire tout ce qu’elle pense et songe à faire. Tout devient potentiellement un prétexte pour fractionner le réel.»

Carol-Ann Belzil-Normand offre une suite de textes brefs qui nous plongent dans les pensées de sa protagoniste. Outre l’écriture, il faut souligner la qualité de la facture graphique du livre. Comme elle le fait sur Instagram, l’auteure prend un plaisir évident à jouer avec la disposition des mots et la typographie.


« contempler les vitrines de magasin / espérer une meilleure carte de points / genre grosse et malléable / pouvoir la brûler et la respirer »
Extrait du livre

Les Biscuits Leclerc. Une histoire de cœur et de pépites (Septentrion), de Catherine Ferland

Il s’agit d’un fleuron québécois, mais que sait-on vraiment sur les Biscuits Leclerc? De la naissance de l’entreprise dans la pièce exiguë d’une maison familiale du quartier Saint-Roch à son expansion sur le marché nord-américain, Catherine Ferland présente la trajectoire fascinante de la biscuiterie.

L’auteure, qui est titulaire d’un doctorat en histoire, a effectué un travail de moine pour retracer 115 ans d’histoire. Abondamment illustré avec des photos d’archives, des publicités et des recettes d’antan, son livre plaira aux amateurs d’histoire gourmande, certes, mais aussi à quiconque s’intéresse aux grands événements ayant secoué le Québec. Il y est question, entre autres, des guerres mondiales, des crises économiques, de l’industrialisation et des avancées technologiques. Des bouleversements pour lesquels les générations successives de la famille Leclerc ont redoublé d’ingéniosité et de persévérance pour faire de leur bébé un joueur majeur de la scène agroalimentaire.

Notre-Dame du Grand-Guignol (Hashtag), de Sébastien Émond

Poète non binaire, Sébastien Émond nous plonge dans la réalité d’une personne transgenre avec Notre-Dame du Grand-Guignol. Des thèmes comme la sexualité et le rapport au corps sont explorés. Ce recueil a été écrit alors que Sébastien Émond s’interrogeait sur son éventuelle transition médicale. Sans détour et avec des mots parfois crus, l’artiste aborde ce sujet de moins en moins tabou.

Sébastien Émond a étudié en cinéma et en littérature, ce qui transparait dans son écriture, rythmée et riche en images. Notre-Dame du Grand-Guignol est son deuxième recueil après #monâme. L’artiste s’implique aussi dans diverses activités littéraires avec le Collectif RAMEN, en plus d’avoir été finaliste au Prix de poésie Radio-Canada et d’avoir fait une résidence d’écriture d’un an au Crachoir de Flaubert.


« même fœtale / tu gardes la claustrophobie des maisons de poupée et des sexes en bataille / dans le sous-sol des sous-sols / petite / si petite dans l’ombre / de ta blessure »
Extrait du livre

Ci-gît Margot (L’instant même), de Marielle Giguère

À deux reprises, Marielle Giguère a cru qu’elle allait avoir un nouvel enfant. À deux reprises, sa grossesse s’est terminée de façon abrupte. Dans Ci-gît Margot, une fiction inspirée de ce qu’elle a vécu, elle raconte le choc, la colère, le deuil. Celle qui a étudié en littérature à l’Université Laval et à l’Université McGill nous entraine dans une histoire pour le moins bouleversante.

Certains passages sont troublants, entre autres le premier chapitre dans lequel la narratrice relate une amniocentèse qui tourne au désastre. Son histoire est entrecoupée d’autres récits qui mettent en lumière la dureté des accouchements d’autrefois. La poésie des mots contrebalance la lourdeur du sujet et rend hommage à la puissance des femmes qui décident de donner la vie, ces «super-héroïnes élastiques».

Ci-gît Margot est le deuxième roman de Marielle Giguère après Deux semaines encore, paru en 2019.


« Je tiens Margot dans mes mains une dernière fois, je murmure des «je t’aime». J’essaie de dire au revoir, sans savoir que je mettrai des mois à essayer de le lui dire, à si peu y parvenir. »
Extrait du livre

La crise d’Octobre 1970 au Québec, entre la raison et la manipulation (Presses de l’Université Laval), de Bernard Dagenais

Il y a 50 ans, le Front de libération du Québec enlevait le diplomate britannique James Richard Cross, menant aux événements que l’on connaît. Est-il possible que la crise d’Octobre ait été instrumentée pour servir des fins politiques? Bernard Dagenais, professeur au Département d’information et de communication, pose la question dans cet ouvrage où il revient sur cette période turbulente de l’histoire du Québec.

La crise d’Octobre 1970 au Québec. Entre la raison et la manipulation. offre des clés pour mieux comprendre les enjeux et le contexte sociopolitique de l’époque. Outre une chronologie détaillée des événements, il y est question, entre autres, du rôle des médias, de la participation du clergé et de l’instabilité économique ayant suivi l’enlèvement du diplomate. Le tout se conclut avec les leçons que nous devons tirer de cette crise.

Québec, une promenade dans la vieille ville (Les Éditions du Fleuve), d’Edwin Bourget

La carrière universitaire d’Edwin Bourget est impressionnante. Professeur émérite de la Faculté des sciences et de génie, il a notamment été vice-recteur à la recherche et à la création et a réalisé quelque 150 publications scientifiques. Ce que plusieurs ignorent, c’est qu’il est aussi un artiste accompli.

Voilà qu’il lance sa propre maison d’édition pour faire paraître Québec, une promenade dans la vieille ville. Cet ouvrage rassemble 124 dessins et aquarelles des plus beaux sites historiques de Québec. Chaque illustration est accompagnée d’une description en français et en anglais.

D’une page à l’autre, on peut voir le Château Frontenac, la Citadelle, le Musée des beaux-arts, le Grand théâtre et plusieurs autres bâtiments emblématiques. Une façon originale de faire du tourisme dans sa propre ville alors qu’un certain virus nous oblige à remettre à plus tard les projets de voyage.

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