22 mai 2026
Le GPT-CDA, un robot conversationnel qui épaule les étudiantes et étudiants dans les cours de mathématiques et de statistique
Le Centre de dépannage et d’apprentissage en mathématiques et statistique innove dans le soutien aux études en développant une solution d’intelligence artificielle

Le chargé d'enseignement Aurélien Nicosia est responsable du Centre de dépannage et d'apprentissage en mathématiques et statistique. Depuis quelques sessions, ce centre a vu sa clientèle baisser d'environ 75%, surtout en raison de l'usage très répandu de ChatGPT dans la communauté étudiante. C'est ce fait qui est à l'origine de l'innovation pédagogique CDA-GPT.
— Olivier Laflamme
Dans les dernières années, l'achalandage étudiant a grandement baissé au Centre de dépannage et d'apprentissage (CDA), un service d'aide individuelle gratuit qui soutient les personnes inscrites à une vingtaine de cours de mathématiques et de statistique à la Faculté des sciences et de génie. Bon an mal an, ce centre qui existe depuis plus de 20 ans recevait 3000 à 3500 visites par session. À l'automne 2025, moins de 800 visites ont été enregistrées. Pourtant, les étudiantes et étudiants n'ont pas délaissé les cours de mathématiques. Que s'est-il donc passé?
«Les étudiants arrivaient de plus en plus au CDA en nous disant: "ChatGPT m'a donné cette réponse, mais je ne comprends pas pourquoi". On s'est rendu compte que si les étudiants fréquentaient moins le centre d'aide, c'est parce qu'ils avaient un accès facile aux solutions à la maison grâce à l'intelligence artificielle», révèle Marie-Catherine Mercier, étudiante au doctorat en didactique des mathématiques et auxiliaire d'enseignement au CDA depuis 2022.
Face à ce nouveau réflexe très répandu dans la communauté étudiante de se tourner vers son téléphone lorsqu'une difficulté survient, l'équipe du CDA a choisi de s'adapter à la nouvelle technologie plutôt que de la voir comme une menace. Marie-Catherine Mercier et Aurélien Nicosia, responsable du CDA et chargé d'enseignement, ont donc créé GPT-CDA, un GPT pédagogique adapté au contenu des cours de mathématique et de statistique enseignés à l'Université Laval.
Accompagner plutôt que donner des réponses
Qu'est-ce qui distingue le service d'assistance intelligent GPT-CDA de ChatGPT? D'abord, GPT-CDA est entraîné à partir des contenus des cours offerts à l'Université Laval. «ChatGPT utilise parfois des notations et un vocabulaire différents de ceux utilisés par le corps enseignant du Département de mathématiques et de statistique, ce qui peut semer la confusion chez les étudiants», explique Aurélien Nicosia.
Ensuite, GPT-CDA préconise l'apprentissage actif. «Contrairement à ChatGPT, il ne donne pas une solution à recopier. Il amène l'étudiant à réfléchir et à travailler pour arriver à la solution», soutient Marie-Catherine Mercier, qui ajoute que la pédagogie utilisée est également inclusive. «Il varie, dit-elle, les modes de présentation de la matière en employant parfois des analogies, parfois des figures et d'autres fois des graphiques. Ainsi, on peut s'adresser à tous les étudiants, quel que soit leur niveau de compétences ou la façon dont ils assimilent le mieux la matière.»
Enfin, GPT-CDA s'assure de garder le contact humain dans la procédure. «L'idée, ce n'est pas de mettre la clé dans la porte du CDA. Au contraire, on veut que le GPT ne soit qu'un soutien supplémentaire. Si un étudiant repose la même question ou qu'il semble ne pas comprendre certains éléments, l'outil lui conseille de parler à un auxiliaire d'enseignement du CDA. On tient vraiment à garder le lien entre l'humain et l'IA», affirme Aurélien Nicosia.
D'ailleurs, pour favoriser ce contact humain et tester l'outil dans un environnement contrôlé, le robot conversationnel développé par le CDA a d'abord été proposé uniquement en présentiel. «On a demandé aux étudiants de venir utiliser GPT-CDA sur les quatre tablettes intelligentes disponibles dans nos locaux», raconte Marie-Catherine Mercier, qui a par la suite fait une étude qualitative sur l'expérience usager auprès de 19 personnes qui ont essayé l'outil. Les étudiantes et étudiants ont apprécié le fait que le GPT soit un bon pédagogue et qu'il soit adapté à la matière vue en classe, indique-t-elle. Par contre, ils ont soulevé un point important: ils préfèreraient nettement pouvoir l'utiliser à la maison.
À la session d'hiver 2026, un projet-pilote d'utilisation du GPT-CDA a donc été lancé dans deux cours. «Et là, bien évidemment, le nombre d'utilisations a complètement explosé», s'exclame Aurélien Nicosia, qui travaille actuellement sur la deuxième phase du projet.
Un accès à distance élargi
L'ambition est bien sûr d'offrir l'utilisation à distance de GPT-CDA pour l'ensemble des cours dans lesquels le CDA agit comme appui, tout en maintenant le service d'aide personnalisé en présentiel.
«La première année, Marie-Catherine et moi avons testé un prototype qu'on a développé entièrement seuls à partir des outils d'OpenIA facilement accessibles. C'était correct pour faire nos preuves. Mais, maintenant, pour la deuxième phase, on travaille en collaboration avec l'équipe d'informatique de la Faculté pour développer un outil à plus grande échelle. À plus long terme, le projet pourrait même être étendu à d'autres disciplines», révèle le responsable du CDA.
Si cette utilisation de l'IA enchante la conceptrice et le concepteur à l'origine du GPT-CDA, ces derniers insistent tout de même sur la nécessité de ne pas donner cette technologie aux étudiantes et étudiants sans un accompagnement. Il ne faudrait pas qu'à long terme, elle crée, comme ChatGPT l'a fait, une forme de dépendance, où l'outil devient une béquille plutôt qu'un levier d'apprentissage.
Ce projet d'intégration de l'IA dans l'enseignement a fait l'objet d'une présentation lors de la 5e Journée de l'enseignement, tenue en avril.
En savoir plus sur le Centre de dépannage et d'apprentissage en mathématiques et statistique

























