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Des fouilles archéologiques au sud de Terre-Neuve

Deux professeurs et quatre étudiants de l’Université Laval ont travaillé cet été sur le chantier franco-québécois de l’anse à Henry, à Saint-Pierre-et-Miquelon

Par : Yvon Larose
L’aire de fouilles des archéologues à l’anse à Henry, avec l’île du Grand Colombier au loin. On aperçoit une tente blanche à proximité qui servait d’abri et où était entreposé l’équipement.
L’aire de fouilles des archéologues à l’anse à Henry, avec l’île du Grand Colombier au loin. On aperçoit une tente blanche à proximité qui servait d’abri et où était entreposé l’équipement.

Marie-Ève St-Pierre et Guillaume Turcotte sont inscrits tous deux à la maîtrise, l’une en sciences géographiques, l’autre en archéologie. Demain, 24 septembre, prendra fin pour eux une expérience unique qu’ils n’hésitent pas à qualifier de «belle aventure». Depuis la mi-août, en compagnie d’Éloïse St-Pierre, également à la maîtrise en archéologie, et d’Héloïg Barbel, doctorante en sciences géographiques, ils ont pris part à un chantier archéologique franco-québécois à l’anse à Henry, sur l’île Saint-Pierre, dans l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon, au sud de Terre-Neuve.

«Une belle aventure? Oui, certainement, affirme Marie-Ève St-Pierre. Ce fut une très belle expérience. Il s’agissait de ma première fouille. Ce n’est pas tout le monde qui peut participer à des fouilles archéologiques. Je pense avoir rendu toutes mes amies jalouses! J’ai aimé fouiller. Par contre, je me suis rendu compte que mon intérêt appartenait vraiment à la géographie physique.»

Guillaume Turcotte a aussi beaucoup aimé son expérience. «Il s'agissait de mon premier chantier archéologique, outre le chantier-école de l’Université Laval, explique-t-il. C’est ce que je veux faire depuis longtemps, travailler sur le terrain, à l’extérieur, en plein air. C’est le fun à vivre. L’expérience a définitivement renforcé mon intérêt pour l’archéologie. Cela a confirmé ce que je veux faire dans la vie.

Une équipe internationale

Les quatre étudiants faisaient partie d’une équipe internationale composée de six Québécois et de trois Français. La codirection québécoise était assurée par le professeur émérite d’archéologie à l’Université Laval, Réginald Auger. Du côté français, l’archéologue Grégor Marchand, professeur à l’Université de Rennes, assurait la codirection du chantier. Ses compatriotes Maxime Pallarès, archéologue lithicien, ainsi que Maureen Le Doaré, géographe, étaient également sur place. Pour sa part, Najat Bhiry, géomorphologue et professeure au Département de géographie de l’Université Laval, a passé 10 jours en septembre à l’anse à Henry. Mentionnons aussi la présence épisodique de Cédric Borthaire, référent archéologie pour l’UNESCO.

Le chantier archéologique vise, d’une part, à alimenter le dossier de candidature de l’archipel au patrimoine mondial de l’UNESCO et, d’autre part, à sauver un site exceptionnel et très riche menacé par l’érosion. Situé dans un environnement subarctique balayé par les vents de l’Atlantique Nord, l’endroit fut fréquenté dans la préhistoire par des pré-inuits et, plus tard, par des autochtones. Une forte érosion côtière ampute le site de plusieurs dizaines de centimètres par an. L’île voisine du Grand Colombier offre un panorama saisissant. Entre les deux îles, un bras de mer est fréquenté par des mammifères marins, baleines, dauphins, phoques. L’exceptionnalité du site concerne aussi les résultats des fouilles. Ainsi, l’an dernier, l’équipe franco-québécoise a mis au jour environ 1200 éclats de pierre taillée. Ces artefacts se trouvaient dans une couche d’ancienne tourbe à 30 centimètres environ sous la surface du sol. Cette année, la récolte s’est élevée à environ 3800 éclats sur une superficie de 24 mètres carrés.

Un site occupé à plusieurs reprises

«Il y a eu plusieurs occupations sur le site de l’anse à Henry, indique Guillaume Turcotte. La plus ancienne retrouvée cette année est la culture pré-inuite. Nous avons retrouvé particulièrement la phase Groswater de cette culture, qui était présente en Arctique entre 800 et 100 av. J.-C. Le site que nous avons fouillé représente environ la limite sud de leur territoire. Les pré-inuits Groswater ne sont pas vraiment les ancêtres des Inuits. Il s'agit plutôt d'un autre peuple qui a occupé environ le même territoire par le passé.»

Dans un autre sondage, les fouilleurs ont retrouvé des occupations autochtones plus récentes. Selon l’étudiant, il est encore trop tôt pour déterminer avec certitude à quelle culture ces occupations appartenaient. «Il s’agirait, dit-il, de deux groupes différents parmi les trois suivants: complexe Cow Head (0 à 800 de notre ère), complexe Beaches (400 à 1100) et complexe Little Passage (1100 à 1500). Il s’agit des ancêtres de la nation autochtone des Béothuks.»

«Même si nous n’en avons pas retrouvé de preuves formelles, poursuit-il, l’hypothèse la plus probable est que tous ces peuples, des chasseurs-cueilleurs, aient occupé le site de façon temporaire pour chasser les animaux présents saisonnièrement comme le phoque, la baleine, les oiseaux.»

Les artefacts retrouvés feront l’objet d’une analyse tracéologique ultérieure afin de déterminer leur usage. «Beaucoup des éclats de pierre taillée étaient vraisemblablement des pointes de projectile, flèche ou harpon, avec leur forme effilée et des encoches à la base, souligne-t-il. Certains plus arrondis ont pu servir de couteaux ou de grattoirs. L’analyse en laboratoire en dira plus long.»

Des dépôts qui remonteraient jusqu’à la dernière glaciation

Le portrait géoarchéologique du site s’est poursuivi cette année sous la direction de la professeure Bhiry. Sept petits sondages d’un mètre par un mètre ont été effectués.

«Nous avons réussi à trouver des dépôts qui remonteraient jusqu’à la dernière glaciation il y a entre 20 000 et 25 000 ans, explique Marie-Ève St-Pierre. C’est très surprenant que cela arrive en une seule coupe. On a une série de strates qui témoignent de l’histoire jusqu’à aujourd’hui. Nous pourrons alors reconstituer les paléoenvironnements autant avant, pendant qu'après l’occupation humaine.»

L’étudiante rappelle que l’évolution naturelle d’un sol prend des milliers d’années. «On a découvert deux paléosols, poursuit-elle. L’un d’eux est enfoui sous une tonne de sédiments. Ce dépôt hétérogène, découvert l’an dernier, est constitué de gravillons, de sable, de galets. Les fouilles ne se sont pas arrêtées là. Cet été, nous avons creusé encore plus profond et nous avons découvert un autre niveau de tourbe, une découverte très intrigante. Qu’est-ce qui a causé ça? On se rend compte que le climat s’est probablement réchauffé et refroidi plusieurs fois. On va reconstituer les événements pour savoir ce qui s’est passé. Cela fera partie de mon mémoire de maîtrise et permettra de documenter tout ce qui est relatif à la période glaciaire à l’archipel.»

Les fouilles se sont terminées aux alentours du 15 septembre et le volet laboratoire se terminera le 24. Le laboratoire est situé au Musée de l’Arche, à quelques kilomètres de l’anse à Henry, dans la municipalité de Saint-Pierre.

«Nous logeons dans une maison à Saint-Pierre, raconte Marie-Ève St-Pierre. Matin et soir, un capitaine nous conduisait et nous ramenait du site dans son bateau pneumatique Zodiac. On sentait bien les vagues. Un matin, une grosse vague est entrée dans le bateau en passant par-dessus tout le monde. Nous avons passé la journée tout mouillés! Quelques-uns ont attrapé le rhume. Cela fait partie des risques à travailler sur le terrain.»

Un des nombreux artefacts en pierre taillée découverts cet été sur le chantier archéologique. Une majorité d’entre eux remontent à la culture pré-inuite, particulièrement à la phase Groswater présente en Arctique entre 800 et 100 av. J.-C.
Une partie de l’équipe franco-québécoise. De gauche à droite: Maxime Pallarès, Héloïg Barbel, Éloïse St-Pierre, Marie-Ève St-Pierre, Guillaume Turcotte et Maureen Le Doaré.

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