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La vasectomie pourrait créer des conditions propices à l'inflammation

Une étude suggère que l'accumulation de spermatozoïdes dans l'épididyme des hommes vasectomisés placerait cet organe en état d'alerte chronique

Par : Jean Hamann
Cette coupe transversale de l'épididyme d'un sujet vasectomisé montre, à droite, en bleu, un grand nombre de spermatozoïdes. À gauche, en rouge, on observe des leucocytes CD45+ en abondance. Ces cellules du système immunitaire sont rares dans l'épididyme des sujets non vasectomisés.
Cette coupe transversale de l'épididyme d'un sujet vasectomisé montre, à droite, en bleu, un grand nombre de spermatozoïdes. À gauche, en rouge, on observe des leucocytes CD45+ en abondance. Ces cellules du système immunitaire sont rares dans l'épididyme des sujets non vasectomisés.

L'accumulation de spermatozoïdes qui survient à la suite d'une vasectomie pourrait créer un environnement propice à l'inflammation de l'épididyme, suggère une étude publiée par une équipe de l'Université Laval dans la revue Andrology. Ce phénomène pourrait être en cause dans les douleurs chroniques au scrotum observées chez environ 10% des hommes vasectomisés, avance la responsable de l'étude, Sylvie Breton, de la Faculté de médecine et du Centre de recherche du CHU de Québec – Université Laval.

L'équipe de recherche a réalisé une analyse comparative de l'épididyme de 4 hommes vasectomisés et de 11 hommes non vasectomisés. Ces personnes avaient consenti à faire don de leurs organes et de leurs tissus à des fins de recherche advenant leur décès. Rappelons que l'épididyme est une structure, accolée sur le testicule, dans laquelle les spermatozoïdes achèvent leur maturation et acquièrent leur pouvoir fécondant.

«L'épididyme est un long tube – il mesure environ 7 mètres de longueur lorsqu'il est déplié – qui conduit au canal déférent, précise la professeure Breton. La vasectomie consiste à empêcher le passage des spermatozoïdes dans l'éjaculat. Pour ce faire, on sectionne et on bloque le canal déférent. Après l'intervention, les spermatozoïdes continuent d'être produits, mais ils s'accumulent dans l'épididyme. On ne sait pas exactement comment ils sont éliminés par la suite.»

En comparant l'épididyme des 15 donneurs, les chercheurs ont constaté que, chez les hommes vasectomisés, il y avait:

  • Une surexpression du gène lié à un marqueur inflammatoire, la protéine P2Y14. «Dans d'autres organes du corps, cette protéine est associée à une réponse inflammatoire à la suite de dommages cellulaires», précise la professeure Breton.
  • Une migration des protéines P2Y14 à partir de l'intérieur des cellules, où elles sont inactives, vers la membrane, où elles peuvent jouer leur rôle de senseur de stress cellulaire et participer à la production de molécules qui déclenchent le recrutement de cellules immunitaires.
  • Une hausse marquée d'un type de cellules immunitaires, les leucocytes CD45+, dans l'épididyme. «Nous avons observé pour la première fois chez l'humain que ces cellules phagocytaient les spermatozoïdes», souligne la chercheuse.
Les cellules sphériques que l'on voit sur cette image sont des leucocytes CD45+. Ces cellules du système immunitaire abondent lorsqu'il y a inflammation. La cellule CD45+ située en haut à droite a phagocyté 11 spermatozoïdes.

Les chercheurs n'ont pas vu de signes d'inflammation aiguë ni de dommages cellulaires chez les hommes vasectomisés, mais les cellules de l'épididyme semblaient en état d'alerte chronique. «L'accumulation de spermatozoïdes causée par la vasectomie semble créer un environnement local propice à l'inflammation. Les cellules de l'épididyme pourraient avoir une réponse inflammatoire exacerbée advenant un choc ou une blessure aux testicules», résume Sylvie Breton.


« Nous ne voulons surtout pas que notre étude soit vue comme une mise en garde par rapport à la vasectomie. »
Sylvie Breton

Que faut-il retenir de ces résultats? «Nous ne voulons surtout pas que notre étude soit vue comme une mise en garde par rapport à la vasectomie, insiste la professeure Breton. Nous croyons que la protéine P2Y14 pourrait être une cible intéressante pour la mise au point de nouveaux traitements pour mieux soigner les hommes qui sont aux prises avec des problèmes d'inflammation de l'épididyme ou des douleurs scrotales chroniques.»

L'étude publiée dans Andrology est signée par Larissa Berloffa Belardin, Christine Légaré, Robert Sullivan, Clémence Belleannée et Sylvie Breton.

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