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La reproduction assistée, dernier espoir du rhinocéros blanc du Nord

L'expertise de Marc-André Sirard en reproduction animale est mise à contribution pour sauver un rhinocéros africain de l'extinction

Par : Jean Hamann
Les chercheurs utilisent le rhinocéros blanc du Sud, que l'on voit ici en milieu naturel, pour peaufiner les techniques qui serviront à la reproduction assistée du rhinocéros blanc du Nord.
Les chercheurs utilisent le rhinocéros blanc du Sud, que l'on voit ici en milieu naturel, pour peaufiner les techniques qui serviront à la reproduction assistée du rhinocéros blanc du Nord.

L'avenir du rhinocéros blanc du Nord est sombre. Le commerce illégal de ses cornes a décimé ses populations au point où il ne reste maintenant que deux spécimens de cette sous-espèce sur notre planète. Il s'agit de deux femelles qui vivent dans une réserve naturelle du Kenya, sous la surveillance de gardes armés qui assurent leur protection 24 heures sur 24. Depuis la mort du dernier mâle en 2018, cette sous-espèce est sous respirateur artificiel.

Les derniers espoirs pour sauver ce rhinocéros des griffes de l'extinction reposent sur la reproduction assistée. On parle ici de prélever des ovules, de les féconder in vitro avec des échantillons de semence provenant de spécimens mâles aujourd'hui décédés et de procéder à l'implantation des embryons dans des femelles d'une autre sous-espèce, le rhinocéros blanc du Sud.

«Qu'il s'agisse d'un rhinocéros, d'une vache, d'un cheval ou d'un humain, les techniques de reproduction assistée sont les mêmes, souligne Marc-André Sirard, du Département des sciences animales de l'Université Laval. Par contre, ces techniques ne sont pas encore au point chez le rhinocéros blanc.»

Comme les ovules du rhinocéros blanc du Nord sont rares et précieux et qu'il n'est pas question de les utiliser pour réaliser des expériences, des chercheurs de la San Diego Zoo Wildlife Alliance ont eu l'idée de perfectionner les techniques essentielles à la reproduction de cette sous-espèce en menant des expériences sur le rhinocéros blanc du Sud. Ce proche parent compte quelque 20 000 spécimens en nature et il se reproduit en captivité.

Le commerce illégal des cornes du rhinocéros blanc du Nord a décimé ses populations naturelles. Il ne reste que deux spécimens de cette sous-espèce sur notre planète et ce sont deux femelles.

Ces chercheurs ont demandé à Marc-André Sirard de se joindre à leur équipe afin de profiter de son expertise en reproduction animale assistée qui repose sur quatre décennies de recherche. Le professeur Sirard était membre de l'équipe qui a produit le premier veau éprouvette au monde et de celle qui a produit le premier porc éprouvette canadien. Son expertise en génomique des ovaires bovins est également un atout pour les chercheurs de San Diego: 43% des gènes exprimés dans les ovaires de la vache le sont aussi dans ceux du rhinocéros blanc.

Avec l'équipe de San Diego, le professeur Sirard tente d'améliorer l'efficacité de toutes les étapes du processus de reproduction assistée:  la stimulation ovarienne, l'aspiration, la maturation et la sélection des ovules, la fécondation et l'implantation des embryons. Pour ce faire, ils utilisent des rhinocéros blancs du Sud gardés au zoo de San Diego. Les premiers résultats de leurs travaux viennent de paraître dans la revue Reproduction, Fertility and Development et deux autres articles sont en préparation.


« Cette espèce est un symbole. Des erreurs ont été commises dans le passé à son endroit et nous tentons maintenant de les réparer. Cette culpabilité a le mérite de servir de levier pour faire avancer la science. »
Marc-André Sirard

Les travaux progressent, mais les deux femelles gardées au Kenya prennent de l'âge et le temps presse. Y a-t-il espoir que les recherches conduisent aux premiers rhinocéros blancs éprouvettes pendant qu'il est encore temps? «Je le crois, répond Marc-André Sirard. Si nous n'y arrivons pas, il y a une autre possibilité: produire des embryons par reprogrammation génétique de cellules somatiques.»

Quelle que soit l'issue de ces travaux, il est peu probable que l'on parvienne à reconstituer des populations sauvages florissantes de rhinocéros blanc du Nord. Tous ces efforts en valent-ils la peine? «Cette espèce est un symbole, croit le professeur Sirard. Des erreurs ont été commises dans le passé à son endroit et nous tentons maintenant de les réparer. Cette culpabilité a le mérite de servir de levier pour faire avancer la science.»

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