
Selon François Anctil, professeur au Département de génie civil et de génie des eaux, c'est le printemps très tardif et la soudaineté de la fonte qui sont les grands responsables des inondations cette année.
— Marc Robitaille
Comment expliquer que le Québec ait connu tant d'inondations sur un si grand territoire en avril?
C'est un épisode exceptionnel non par l'ampleur des crues, mais par leur généralisation. De la Malbaie, jusqu'à Gatineau, en passant par l'Estrie et Trois-Rivières, tout le monde a été touché à peu près en même temps. Les autres années, la fonte ne se produit pas simultanément partout. Quand elle commence, le couvert de glace qui recouvre les rivières doit être brisé par la crue. Parfois, ce couvert obstrue la rivière, empêchant l'eau de s'écouler ce qui crée un embâcle, puis une inondation. Ce phénomène touche surtout les rivières qui coulent du sud vers le nord, car l'eau dégelée arrive à l'autre bout où le couvert de la glace n'a pas encore fondu et la rivière déborde. C'est ce qu'on voit avec la rivière Chaudière. Un phénomène bien différent des cours d'eau sur la rive nord du Saint-Laurent qui coulent du nord vers le sud où l'eau dégèle plus progressivement. La caractéristique, cette année, c'est que, jusqu'à la fin mars, le printemps n'arrivait pas, et que rien n'avait fondu. Puis, soudain, des températures élevées de 10 degrés pendant quelques jours, un soleil de plomb et de la pluie ont provoqué la fonte sur une très courte période, et libéré une énorme quantité d'eau. Les embâcles de glace n'expliquent donc pas toutes les inondations. Il s'agit surtout de la concentration de l'eau de fonte sur une courte période. On a stocké de la neige pendant cinq mois et on la libère en deux semaines.
Certains responsables de municipalités concernées par les inondations ont évoqué une conséquence des changements climatiques. Qu'en pensez-vous?
J'ai de la difficulté à rattacher ce phénomène de fonte très rapide à des changements climatiques. Il s'agit plutôt d'une malchance, d'une succession d'événements qui ont favorisé ces crues-là. Les relevés du Centre d'expertise hydrique effectués quotidiennement sur une centaine de rivières illustrent l'ampleur de la fonte. En l'espace de deux semaines, on a assisté partout à une montée très rapide du débit des rivières pour la saison. Pourtant, le stock de neige n'avait rien d'exceptionnel, contrairement à l'hiver 2008, où on l'appréhendait des inondations. Or, cette année-là, les 5 mètres de neige ont fondu tranquillement et la plupart des rivières n'ont pas débordé. Cette année, la vitesse de la fonte combinée à de fortes précipitations a provoqué la transformation de la neige en eau très rapidement. Il faut dire que, lorsque les températures se sont élevées, nous étions au printemps et que la neige a fondu plus rapidement qu'elle ne le fait début mars. Les journées sont plus longues en avril, ce qui contribue à accélérer le réchauffement de la masse de neige qui arrive à maturité plus vite.
Quels moyens pourrait-on mettre en place pour éviter les désagréments de telles inondations?
Le premier moyen reste la prévision des événements. On dispose de tous les modèles mathématiques pour anticiper ce qui va se passer et s'y préparer. Je suis très surpris de voir qu'en 2014 les gens soient aussi étonnés de l'arrivée d'une telle crue. En combinant les prévisions météorologiques avec les modèles hydrologiques qui simulent les écoulements et la fonte, nous sommes capables de prévoir les événements quelques jours avant qu'ils ne se produisent. Il existe des outils de ce genre mis en place par le gouvernement du Québec sur quelques rivières où se trouvent des barrages publics. Ce système de prévision a été installé après le déluge au Saguenay. Le Québec est une des provinces canadiennes qui dispose d'outils pour la prévision de débit et de crue parmi les plus avancés au pays. On pourrait en installer sur davantage de rivières en ajoutant des spécialistes pour analyser les données sur les débits, par exemple. Cela permettrait de déclencher des alertes trois jours, ou même cinq jours avant que les inondations ne se produisent. Avec de telles informations, les pouvoirs publics se prépareraient mieux, et décideraient des évacuations à prévoir ou des bâtiments à protéger.


























