
Le doctorant Damien Mathis le 4 mai à Montréal durant la finale nationale du concours Ma thèse en 180 secondes de l'Association francophone pour le savoir – ACFAS.
— Hombeline Dumas
«J'ai beaucoup aimé mon expérience, explique le lauréat du 1er prix du jury ainsi que du Prix du public. C'était ma seconde participation au concours. En 2016, je m'étais arrêté au niveau de ma faculté. J'avais fait de petites erreurs. J'avais aussi oublié quelques phrases et terminé ma présentation en 150 secondes, ce qui est pénalisé.»
Cette fois-ci, le participant était mieux préparé. Il a beaucoup répété. Jusque dans les dernières minutes avant de monter sur scène. «J'ai été très content, dit-il, parce que c'est sorti exactement comme je le voulais.»
Ce concours permet à des doctorants de présenter leur sujet de recherche au grand public, en termes simples et en seulement trois minutes.
Damien Mathis qualifie ce concours d'«exercice difficile». «Il faut écrire un texte, travailler son intonation et son élocution, indique-t-il. Il faut gérer toute cette pression qui vient avec le fait de monter sur scène devant un auditoire. Il faut ne pas oublier, parce que c'est du "par coeur". Le moindre trou de mémoire peut déconcentrer d'un coup, faire perdre tout le fil. On a quand même peur, quand on monte sur scène, de ne pas réussir.»
Un sans-faute a permis à l'étudiant de rafler deux prix. Les juges ont été sensibles à l'originalité de son sujet de recherche et à sa grande capacité à le vulgariser. Une diction impeccable, un débit régulier, des intonations bien placées et quelques touches d'humour lui ont permis d'engranger des points supplémentaires.
Sa présentation portait sur l'économie d'énergie dans le chauffage des bâtiments. «Ma thèse propose de réduire ce besoin en énergie, expliquait Damien Mathis au début de son exposé. Pour ce faire, j'aimerais placer dans les murs de nos bâtiments des sortes de batteries thermiques qui stockent l'énergie du soleil.» Les batteries telles qu'imaginées par l'étudiant sont constituées de composés chimiques qui emmagasinent beaucoup d'énergie lorsqu'ils se liquéfient sous l'action de la chaleur aux alentours de 20 degrés Celsius. Ces matériaux dits à changement de phase sont des acides gras, des substances naturellement présentes dans certains végétaux. «Le principe est assez simple, poursuit-il. Il s'agit de prendre un panneau en bois, de le creuser et d'y placer un sachet hermétique contenant ces acides gras. Le phénomène de fonte se produit le jour. La nuit, la baisse de température de la pièce entraîne la solidification du composé, ce qui restitue l'énergie au bâtiment.» Selon lui, un tel panneau de 2 centimètres d'épaisseur peut emmagasiner autant de chaleur qu'un mur en brique de 20 centimètres d'épaisseur.
Damien Mathis a toujours eu de l'intérêt pour l'art oratoire. Ce qui l'a décidé à prendre part au concours la première fois? «Je regardais sur Internet les anciens gagnants et j'étais impressionné par la qualité de leur présentation, répond-il. Je me suis dit qu'il s'agissait d'un exercice utile pour me permettre d'améliorer mes capacités de communicateur.»
Le doctorant a testé sa présentation devant des amis. Il l'a également fait devant un miroir. «Le miroir, souligne-t-il, m'a permis de voir ma gestuelle et m'a aidé sur quelques points.»
Français d'origine, le gagnant du concours en 2017 a plusieurs cordes à son arc. La construction écoresponsable en bois le passionne. Musicien à ses heures, il joue du ukulélé. Il a aussi la fibre entrepreneuriale. «L'an dernier, rappelle-t-il, j'ai lancé une entreprise de vente de t-shirts en coton biologique. J’achète les t-shirts déjà tissés et je choisis les motifs qui sont imprimés par un sous-traitant avec de l'encre à base d'eau.» Même la politique l'attire. «Je rêve de changements», dit-il.
La quatrième finale internationale du concours Ma thèse en 180 secondes se tiendra à Liège, en Belgique, le 28 septembre. Damien Mathis y sera. «Je compte bien tout donner pour avoir la première place», affirme-t-il.